‹ Essai d'une Définition de la Congrégation selon la Loi de 1901Chapitre 32 sur 54 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Variations des Critériums de la Congrégation depuis le XVII: Siècle jusqu’à la fin du XIX:

L'autorité séculière, désireuse de réglementer la question des communautés religieuses dans un sens favorable à leur développement ou, au contraire, pour l'entraver, voit tout d’abord se poser devant elle une question singulièrement délicate ; c'est au législateur, selon sa loyauté et selon son désir de faire une œuvre vraiment juridique, qu'il appartient d'y répondre avec netteté :

Devra-t-on, en réglant le sort des congrégations, s’en tenir aux définitions et aux critériums qu'en donnent les autorités religieuses ? Et si une autorité laïque s’en tient à cette première solution, c’est d'ordinaire avec l’idée qu'elle favorise au moins d’un manière indirecte le pouvoir ecclésiastique puisqu'elle part des principes et des définitions mêmes de celui-ci, quoique, à notre avis, il soit au contraire possible, même en admettant

une définition canonique, de combattre d’une manière radicale les institutions qu’elle comporte, et ceci nous le prouverons.

Doit-il, au contraire, négligeant le Status religiosus, voir les corporations orthodoxes, les institutions régulières non pas telles qu’elles sont dans la réalité des choses, telles qu’elles se révèlent dans leur fonctionnement intérieur ou dans leurs rapports avec le Siège Apostolique, mais bien dans leur aspect extérieur et telles qu’elles apparaissent vues «du dehors »? Avec cette conception, on cherchera seulement à discerner ce qui, au point de vue social, différencie ce qu'on appelle les « congrégations religieuses », des groupements de nature similaire et dont il nous semble précisément bien difficile de les distinguer sans se livrer à une recherche approfondie de leurs caractères intimes ; on cherchera à voir quelle peut être l'influence politique, la portée, l'utilité de ces corporations traditionnelles, en affectant d'ignorer l’ensemble des idées et des principes dans lesquels ces groupements puisent leur raison d’être et leur force.

Il va de soi que la première conception présente sur l’autre l'avantage d’être plus simple et plus exacte. Elle est plus simple, puisqu'elle accepte des définitions fermes et séculaires, appuyées sur des traditions historiques certaines que nous croyons avoir examinées assez longuement dans la première partie de ce travail. Cette définition est aussi plus exacte parce qu'elle puise ses éléments dans une analyse serrée de faits existants matériellement et indiscutablement et non dans des apparences tellement peu solides et tellement contingentes qu'il ne s’est jamais rencontré un législateur qui ait osé les dénombrer ou les classifier.

Dans cette seconde partie de notre travail, nous verrons les faits eux-mêmes apporter la confirmation

de l'appréciation que nous venons de donner sur les deux systèmes en présence : toutes les fois que le critérium politique (si on peut qualifier de critérium un tel système) a été substitué au critérium canonique, la notion de congrégation s’est trouvée essentiellement vague et troublée ; et, au contraire, dans les époques qui s'en tinrent pour distinguer la congrégation au critérium religieux exact que nous connaissons et qui est constitué en première ligne par les vœux, il n’y a aucune difficulté d'interprétation possible.

Nous avons déjà vu cette définition admise et sanctionnée pleinement par le pouvoir royal jusqu'au xvie siècle environ. Mais il faut sur ce terrain se garder complètement d’assimiler les deux derniers siècles de la vieille monarchie à ceux qui les ont précédés. Sous l'influence des théories soutenues traditionnellement par les légistes et les Parlements, la monarchie parvenue en possession de toute sa puissance et de moyens d'action considérables avec l’absolutisme, va réagir contre le mouvement monastique dont elle a encouragé les débuts. Et si, avec la Révolution, il nous est donné de voir un retour momentané aux saines traditions, ce rayon de lumière au milieu des ténèbres dans lesquelles nous sommes plongés sera malheureusement de courte durée ; après lui, nous nous enfoncerons de plus en plus profondément dans une obscure et inextricable confusion.

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