PREMIÈRE PARTIE Les Congrégations en Droit eanonique
Avant d'aborder le fond même de notre sujet, il nous sera permis de dire quelques mots des origines de la vie monastique. Nous verrons donc brièvement les unions des premiers cénobites, puis leurs groupements en monastères, les accroissements de ceux-ci et la décadence morale des moines de la seconde génération.
Ceci amène les réformes de plusieurs empereurs romains. Saint Benoît dans sa Règle cherche à obvier aux mêmes abus; aussi cette Règle, universellement approuvée, se répand-elle très vite dans tout le monde chrétien.
Après une brève allusion aux ordres militaires, nous jetterons un coup d’œil rapide sur l’évolution et les fortunes diverses des ordres depuis le vi* siècle jusqu’au Concile de Latran de 1215.
Quels matériaux utiliserons-nous ? En première ligne, les documents écclésiastiques, puis accessoirement les décisions du pouvoir laïque. Le second confirme les
premiers : il n'y a pas entre eux de conflits d’attributions.
L'Empire d'Orient fut le premier à voir surgir des associations religieuses, groupements librement formés entre anachorètes (1), poussés par le même désir de fuir une société corrompue et tyrannique. Mais des difficultés assez considérables se sont élevées sur les origines exactes de ces communautés et sur la date à laquelle il est nécessaire de remonter pour retrouver l’idée initiale qui présida aux rapprochements dont elles sont issues. Le P. Butteau, de la Congrégation de Saint Maur, résume dans son «Histoire de Saint Benoît » les systèmes qui ont été proposés : d’après les uns les premiers monastères se trouveraient dans l'Eglise d'Alexandrie avec l'institution de Saint Marc ; ou bien ils auraient été fondés par des chrétiens fuyant la persécution de Décius et des autres Empereurs. Mais le système le plus vraisemblable et qui a rallié les suffrages de la majorité des DD. c’est que les premières institutions de ce genre, qui répondaient à un véritable besoin (2), ont suivi de près les édits pacificateurs de Constantin (3). Ce serait à notre avis, une erreur de considérerles Apôtres, non
(1) Sur les premiers Solitaires, on trouve d'abondants renseignements dans les Pères de l'Eglise. Cassiex les divise en trois classes : les Cénobites, qui vivaient en commun sous un abbé ; les Hermites qui se retiraient dans un isolement complet ; les Sarabaïtes qui formaient à trois ou quatre une petite communauté. — S. BENOIT (Règ., cap. 1,) ajoute une quatrième catégorie : les Gyrovagues ou Moines errants qui abusaient de l'hospitalité des vrais religieux. — On peut voir aussi FLEURY, Institution au Droit ecclésiastique, édit. de 1711, t. I, chap. XXI, p. 188, et l’intéressante division en six classes de MaRTENE, De Antiquis Ecclesiæ Ritibus, t. III, Jiv. Il, chap. IT, p. 67.
(2) V. Yves DE CHARTRES, Epil. 192 et 256, et HERMANT, Hist. des Congrég. réq., chap. I, p. 12 et 13.
(3) HERMANT, cité, p. 7.
seulement comme les modèles et les précurseurs des moines mais comme leurs instituteurs (1) : il serait difficile de prouver que les premiers fidèles de l'Eglise de Jérusalem renonçaient aux mariages et à leurs hérilages. Ce qu'il y a de sùr c'est qu'il y eut des particuliers qui ont vécu dans la retraite en y pratiquant toutes les vertus de véritables solitaires (2) par exemple saint Paul Hermite. Tel est l'avis de Thomassin : €... Mais à dire la vérilé l'enchainement (ininterrompu depuis le début de l'Eglise, que l’on veut établir) est imaginaire, l'Histoire ne nous apprend rien de cette continuation, elle n’est appuyée que sur des conjectures. À quoi il faut ajouter que ces solitaires des premiers siècles n’ont point formé de disciples, n’ont point ouvert d'écoles, n'ont pu se distinguer par aucune sorte d’habits, n'ont point formé de corps différent du clergé et des laïques, ce qu'on ne peut opposer à saint Antoine et à ses imitateurs…. [l faudrait outre cela rencontrer une règle, une communauté, un habit particulier, un état distingué des autres, des exercices réglés et uniformes, des écoles, des colonies et c’est ce qu’on ne trouve point qu'après saint Antoine (3) ».
Saint Antoine (310) fut le fondateur du premier mo-
(1) ConTRA. V. BOLLAND, Examen libri Mariani Verhœven, t. I, p. 32. — V. aussi S. J. Carysosr. Hom. 17, ad popul. Antioch.
(2) V. Bouix, De Jure Regularium, Pars I, S. 4, cap, I, $ 2.
(3) THOMASsIN, De veter. el nov. Eccles. disciplin. (1679), t. I, chap. XLVI, $ 10-11. — V. aussi le P. Lorror, Abrégé de la discipline du P. Thomassin, 1702, et OBERHAUSER, Thomassinus abreviatus, Salzburg, 1777, in-4°.
Remarquons toutefois que nous trouvons l’opinion contraire soutenue dans l'Histoire des Ordres monastiques, extrails de tous les auteurs qui ont conservé à la postérité ce qu'il y a de plus curieux dans chaque ordre, Berlin, 1751; l'Histoire des ordres monastiques religieux et des Congrégations séculières, etc., Paris, Gosslin, édit.,
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nastère régulier. Ayant passé vingt ans dans la retraite, il réunit au mont Nitria, dans la Thébaïde,les anachorètes qui devaient former les Antoniani et s'étendre plus tard dans la Syrie et le reste de l'Egypte.
Autrement importante fut, quelques années plus tard, la création à Tabenne des monastères de saint Pacôme (1). Les ouvrages religieux (2), très abondants sur la vie de cet ermite, nous apprennent que sa famille, qui était païenne, le fit, dans sa jeunesse, soigneusement instruire dans les Lettres Egyptiennes, puis le destina au métier militaire. L’hospitalité qu’il reçut comme tel dans une maison chrétienne attira son attention sur la religion de gens aussi charitables et il se fit baptiser à Chinobosque. Il alla ensuite dans le désert visiter un solitaire nommé Palémon avec lequel il s’associa, ainsi qu'avec son frère Jean et il s'installa à Tabenne où il travaillait et répandait en aumônes les produits de son travail.
Des disciples toujours plus nombreux se groupaient autour de lui, cependant qu'il rassemblait à des heures régulières les bergers des environs pour leur lire l'Ecriture. Il mourut à la fin du rv° siècle; la date exacte de sa mort est incertaine (3).
Viennent ensuite les moines de saint Basile (4) qui se
(1) V. Vies des saints de Bollandus et de Papebroch et Vie de saint Pacime, par Holstein, Vatic. bibl., 1769.
(2) Histoire Ecclésiastique, Cologne, 1752, t. II, art. XII, $ 4, et FLeurY, Histoire Écclésiaslique, 1704, liv. I.
(3) HERMANT (Hist. des Relig.), la place en mai 350. — Trithème en 390, Sigebert en 406, etc.
(4) « Si saint Antoine a été le restaurateur de la vie cénobitique ; si saint Pacôme lui a donné une meilleure forme, c’est saint Basile qui lui a donné son entière perfection en obligeant par des vœux formels ceux qui sont engagés dans ce genre de vie. » HeLyor, Hisloire des Ordres monasliques, l"e partie, chap. XIII. — Cf. Burreau, Histoire des Moines d'Orient, p. 305 et 402.
sont multipliés dans l'Eglise grecque à partir de 363; celte époque est à retenir, parce que c’est d’elle que datent les premières communautés de femmes dont on soit sûr: le P. Thomassin, malgré le texte, d’ailleurs assez incertain de Tertullien, se refuse à faire remonter au n° ou au mm siècle l’origine des Congrégations de femmes et à en trouver d’absolument certaines avant celle que fonda la sœur de saint Basile sur les rives du Nil. Auparavant, il est probable que les vierges, même solennellement consacrées par l’évêque, vivaient sous le toit de leur famille ; ce n’est guère que vers la date que nous indiquons plus haut qu'elles paraissent avoir suivi la police et le gouvernement des religieux dont elles ont embrassé la règle ; elles en diffèrent toutefois au point de vue de la clôture et de la nécessité d'être gouvernées par des hommes (1).
Ces groupements encore rudimentaires sont intéressants à de nombreux points de vue. Au début, chaque monastère est une pelite république indépendante de la voisine ; l'évêque seul en approuvait le régime et en autorisait l'établissement dans son diocèse « Monachi non erigant monasteria sine auctoritate et licentia Episcopi » (2). Les religieux s’assemblaient tous les dimanches dans l’oratoire commun, où souvent le prêtre était un étranger. « Chaque monastère (réunion d'une trentaine de maisons) avait un abbé, chaque maison un supérieur ou prévôt et chaque dizaine de moines un doyen » (3). Plus tard, quand les religieux se réunirent
(1) De plus dans certaines maisons existe l'obligation de respecter un silence absolu. (Code Théodosien, XII, 1-63.)
(2) V. PasserNus, De Statu Hominum, quaest. 189, art. 10, ne 666, et THoMASssIN, ouvrage cité, I. III, cap. 27, $ 2.
(3) DuranD DE MAiLLanE, Diction. Can., v° « Moine ».
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en Congrégation sous l'autorité d'un supérieur général et dans une forme de gouvernement comme monarchique, il fallut recourir au pape pour l'approbation de la règle (1) par ce que, devant être observée dans tous les diocèses du royaume et même dans tous les Etats du monde chrétien, elle devenait ainsi un objet de discipline générale sur lequel l'Église seule, par la voix de son chef avait le droit de se prononcer. Il semble bien que les vœux de religion, dans la forme complète sous laquelle on les connut plus tard, étaient ignorés dans les monastères de saint Antoine et de ses successeurs ; on ne retrouve la trace d'aucune formule de profession ; il n’y avait probablement même pas de vœux parliculiers ; on s’engageait simplement à suivre la vie monastique et cet engagement n'avait pas pour objet déterminé une règle particulière; ceux qui le contractaient s'engageaient à suivre celle qui, au jugement de leurs supérieurs, élait la plus convenable. « Il pouvait même parfois bien se faire qu'il y eut plusieurs règles dans un même monastère (2) ». Saint Athanase (3), qui visita le monastère de saint Antoine, nous rapporte, el nous pouvons considérer Comme à peu près sûr, le fait que les premiers religieux portaient le vêtement du commun
(1) Au moyen Âge grande controverse sur le point de savoir si le Pape, comme l’affirmaient les ultramontains qui lui donnaient plus de pouvoirs qu'à l'Eglise en le plaçant au-dessus des Conciles généraux, si le Pape, dis-je, était iufaillible dans le jugement qu'il porte sur le mérite de ces règles de religion (comme dans ses décrets sur la foi), ou si, comme le prétendaient leurs adversaires, cette infaillibilité était impossible à soutenir ici comme contraire aux libertés de l'Eglise gallicane. V. note au chap. 264 du Songe du Vergier, liv. I, et D'HÉRICOURT, Loix Ecclés., chap. « du Pape ».
(2) MABILLON, Histoire des Bénédictins.
(3) Sur Athanase, v. ALBERT DE BROGLIE, L'Eglise et l'Empire romain au 1V° siècle.
des paysans et des bergers, une coule sur la tête, une saie et des manteaux en peaux de brebis (1) ; nombreux étaient ceux qui ne quittaient jamais leur cilice ; quant à la tonsure, «c’est une opinion courante qu’elle doit son origine au zèle des moines de notre époque qui se rasaient la tête pour se rendre plus méprisables aux hommes » (2).
Mais si la dignité de la vie dans les premiers monastères put servir d'exemple au milieu de la décadence des temps qui les avaient vus naître, les générations de moines suivantes n'étant plus soumises aussi étroitement à la règle austère de fondateurs de l’ordre laissèrent se relâcher les traditions généreuses et désintéressées qui avaient valu à saint Antoine les éloges de l’empereur Constantin. Dans les temps de Théodore et de Justinien trop de gens entraient en religion sans des motifs sérieux ; en effet, on lit au Code (3):
« Nombre de gens, par un esprit de paresse et de fainéantise, abandonnent les charges publiques et s'associent sous prélexte de religion aux communautés monastiques. Après.avoir mürement délibéré sur ces abus, nous voulons qu'on tire ces gens-là de leurs retraites et qu'on les ramène aux fonclions et aux charges envers la patrie » (4). Saint Grégoire de Naziance (5) se plaint, à la fin du vie siècle, des captations opérées par les moines et les clercs auprès des
(1) Cassie, Institution des Moines, liv. I, chap. HI, et FLEURY, Mœurs des Chrétiens, p. 320.
(2) DurAND DE MAILLANE, ouvrage cité, v° « Tonsure ».
(3) Livre X, t. XXXI.
(4) V. Dict. Hist. des cultes rel., par X..., religieux, publié à Liège en 1772, vo « Religieux ».
(5) Louis DE HÉricourT, Les Loix ecclésiastiques, 1721, IL° partie, CHEN AAC Eur
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filles et des veuves sans défense contre leurs agissements ou leurs manœuvres intéressées.
L'abus de semblables pratiques devint si criant que les empereurs Valentinien, Valens, Gratien firent une loi insérée depuis dans le code Théodosien, défendant aux clercs et moines d'accepter des donations entre vifs et testamentaires. Il était temps qu'apparut un homme capable de réunir toutes les bonnes volontés éparses en les pliant à une règle commune et universellement acceptée. Saint Benoît fut celui-là. Il fonda en 529 au Mont-Cassin, entre Rome et Naples le premier monastère de bénédictins ou moines noirs. Sa règle est plus douce que celle des orientaux : elle permet un peu de vin et deux sortes de mels outre le pain ; elle n'oblige pas à jeûner tous les jours; «c’est la première qui prescrive la forme de la profession et qui renferme dans elle les vœux de stabilité, pureté des mœurs et obéissance (1) » ; elle préconise surtout les travaux manuels et l’agriculture. On a prétendu qu'elle ne fut, du vivant de saint Benoît, appliquée qu'aux religieux de son ordre et qu’elle ne fut publiée qu’en 586 par l'abbé Simplicius. Mais il semble plus vrai de penser qu’elle fut connue dans tout l'Occident avant la mort de son auteur puisque celui-ci, en 543, envoya saint Maur avec quatre de ses disciples porter cette règle en tous lieux ainsi qu'un poids et un vase pour mieux observer ce qu'il prescrit de la quantité de pain et de vin (2) ».
(1) Voici la formule de cette profession :
«€ Ego promitto stabilitatem meam et conversionem morum meorum et obedientiam secundum regulam $S. Benedicti coram Deo et sanctis ejus, in hoc monasterio quod est constructum in honorem S. N., in præsentia hujus abbatis. »
V. MaRTENE, De Antiq. Eccles. Rit., t. IN, liv. Il, cap. Il, p. 86. V. aussi DURAND DE MAILLANE, ouvr. cité, ve « Profession ».
(2) Histoire des Ordres Mon., cité, t. I, $9.
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En 595, le pape saint Grégoire le Grand approuva sa règle dans un Concile tenu à Rome; elle ne tarda pas alors à être connue d’une manière universelle et à attirer à l’ordre de nombreux disciples ; dès le Concile de Constance, on comptait parmi les religieux 55.460 saints, 35 papes, 200 cardinaux, 1.164 archevêques et 3.012 évêques (1). Cette règle est réputée très douce ; saint Augustin l’appliqua (2) à tous les monastères qu'il fonda en Angleterre.
Ayant vu les monastères primitifs (3) dont les sui-
(1) Sur la compatibilité de la cléricature avec l’état monacal, v. THOMASsIN, De vet. et nov. discipl. Eccles., part. I, liv. I, cap. 47. rue ae ns eau Dre PCcles ATARI ECAap 2522222 27BP- Damiani Opera, t. III, op. XXVIIL, cap. 1 et 2, citant le décret de Boniface IV, d’après Gratien.
(2) MABiLLoN, Hisloire des Bénédictins.
(3) Les personnes désireuses de contrôler ou d’approfondir les intéressantes questions qui s’y rattachent pourront, en plus des ouvrages auxquels nous avons déjà renvoyé, consulter avec intérêt :
Saint GRÉGOIRE LE GRAND, Dialog., lib. Il, traduction française par dom Mège, Paris, 1690 ; les nombreux ouvrages religieux de SWEDENBORG. — Dom LuiGt Tosri, Della vita di S. Bened. — L’Abrégé de l'Histoire ecclésiastique contenant les événements considérables de chaque siècle, BONAV. RAGINE, Cologne, 1754, — Annales Ecclesiastici, auctore CÆSARE BaRoONIO, Anvers, 1670. — L'Abrégé chronologique de l'Histoire Ecclésiastique, DE MACQUER, Paris, 1752. — LAURENT DE LA BARRE, Historia chron. velerum patrum. — L'Histoire de l'Eglise, de l’abbé DE CHoisy. — Mgr BasNaGE, Histoire de l'Eglise depuis J.-C. jusqu'à maintenant — La traduction des œuvres de RENÉ CHopPpPIN, 5 vol., 1663.
Le Recueil de jurisprudence canonique et bénéficiale de Guy pu ROUSSEAU DE LAcOMBE, 1771, 1 vol.
Les Preuves des libertés de l'Eglise gallicane. Paris, 1651, 1 vol. et le Traité des droits et libertés de l'Eglise gallicane, 1731, 2 vol., tous deux vraisemblablement composés par des religieux. — Preuves des libertés de l'Eglise gallicane, PIERRE PirHou, 1751. — Les Libertés de l'Eglise gallicane, DURAND DE MAILLANE.
A côté de ces ouvrages, dont plusieurs sont considérables, on peut citer le travail moderne de dom Wozrter, La Vie monastique, Paris,
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vants ne furent que la copie ou le développement, nous devons dire quelques mots de deux ordres militaires créés un peu plus tard et qui jouèrent un grand rôle dans l’histoire religieuse.
Le plus connu est celui de Saint-Jean-de-Jérusalem (1) qui commença par un hôpital où l'on recevait les pèlerins. Il ne se compose pas d’un certain nombre de maisons, mais bien de membres épars dans toute la chrétienté ; son action fut très grande pendant les Croisades ; il se fit donner les biens des Templiers et des propriétés considérables que des « commendeurs » allaient gérer sur place. Dans chaque province, un grand Prieur détient la principale Commenderie. Le grand Maître (2) après la perte de la Terre Sainte (3) résida à Rhodes (1310), puis à Malte (1530); il était électif et à vie; son conseil était composé de grands officiers de l’ordre et des prieurs conventuels qui tous portent la grande croix. Dès le début (4) ils furent divisés en chevaliers, clercs ou chapelains et frères servants. Comme l’ordre ne se charge de l'entretien de chacun que dans l’auberge de sa nation à Malte, il était permis à ses membres en tous autres lieux de demander des pensions à leurs parents.
L'ordre de Saint-Lazare remonte vraisemblablement au xi° siècle. Les premiers chevaliers ne furent que
(1) Il fut fondé à la fin du xi° siècle, probablement vers l’an 1095.
(2) Ces différentes dignités peuvent être conférées en dehors de l’ordre sans donner d'autorité effective : c’est ainsi que le roi d'Italie et le duc d'Orléans sont baillis grand’croix de l’ordre et que le cardinal Rampolla est grand-prieur.
(3) Sur les débuts de l’ordre, v. une brochure récente, RASTOUL, Les Templiers (1158-1312), Paris, 1905.
(4) Bulle d’Anastase IV, en 1154.