Fin de cette période de l'histoire de Vobstétricie
Qu'il est consolant, de Jeter un coup d^œil sur le sort del'obstétricie, à l'approche de la fin du XVIII'' siècle, et sur ses progrès dans les diverses parties de l'Europe !
Ceux qu'elle accomplit, pendant ce siècle, ont été si extraordinaires, que non seulement l'état de cette branche avait été parfaitement préparé, mais amélioré encore au point que, pour continuer à progresser de nouveau, et arriver à une grande perfection, elle n'avait qu'à poursuivre sa voie. L'obstétricie avait brisé les liens qui l'avaient tenue enchaînée à la chirurgie, elle s'étaitconstituée comme une branche autonome. Les efforts des accoucheurs avaient réussi à faire disparaître les opérations meurtrières, à créer des méthodes meilleures, et à mériter la confiance du public. Par la coordination systématique de ses préceptes, l'obstétricie avait constitué un corps de doctrines véritablement scientifiques. Dans tous les états, on reconnaissait la haute importance d'une branche de l'art de guérir, qui, pour la conservation des citoyens, avait prouvé sa grande et bienfaisante influence.
Dans toutes les écoles, furent créées des chaires d'obtétricie ; une organisation mieux comprise des maternités, dont la nécessité avait fini par être généralement reconnue, permit d'améliorer l'instruction de tous. On ne peut disconvenir que le premier but avait été d'abord, de perfectionner le côté opératoire de l'art; celui-ci aussi, qui avait semblé d'abord le but essentiel de l'art, devait subir une modification profonde. Mais le plus beau côté de l'obstétricie restait encore dans l'ombre : celui qui, par un traitement plus doux, avait pour but d'éviter même l'intervention de l'art, en laissant aux lois de la nature un développement plus amp'e de leur puissance. Il manquait encore, à beaucoup d'accoucheurs, une conception claire de cette grande œuvre de la reproduction, que souvent ils étaient tentes de troubler par une
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intervention trop hâtive, et par une confiance trop grande dans la puissance de leur art. Il était réservé à l'avenir de poursuivre ce que quelques-uns avaient si bien commencé, et de donner à l'art une physionomie nouvelle. Bien que cette modification ne se soit pas faite subitement, comme par un coup de baguette, et qu'il ait fallu du temps, ici comme partout, pour obtenir une réforme et la faire adopter, l'histoire est autorisée à dater une nouvelle époque, du moment où s'annonça cette métamorphose, à en commencer une autre, qui est loin d'être close aujourd'hui, et dont la terminaison devra être réservée à nos successeurs.
L OBSTKTRICIE MODKRNE ET ACTUELLE, DEPUIS LA FIN DU XVIII '^ SIECLE (LUC. JOH. BOER), JUSQU\4U TEMPS PRESENT ( 1 845).
§ 201. — Difficulté d'écrire l'histoire moderne de l'obstétricie.
Plus l'histoire d'une branche de l'art se rapproche du temps présent, plus s'élargit l'horizon que l'œil doit parcourir, plus il devient difficile de trouver une base d'appréciation solide des faits et de leur points les plus saillants, beaucoup mieux jugés dans le lointain. Les matériaux s'amoncèlent, et avec leur nombre grandit la difficulté de les apprécier; il n'est pas toujours facile de distinguer le bon grain de l'ivraie et, cependant, c'est là le rôle de l'histoire. Le passé, au contraire, est devant nous lumineux et achevé ; ce qu'il a fait de bon ou de mauvais peut être jugé par nous, il est làimniuable, et tombe sous le jugement de l'histoire. Tout autre s'offre à nous le présent; il est en plein travail, cherchant à achever ce qu'il a commencé ; il ne peut être juge dans sa propre cause, où son dernier mot n'a même pas encore été dit sur ce qui a été fait, trouvé bon et utile. C'est à la postérité que doit être réservée la tâche de dire ce que nous avons fait au temps présent, et de l'apprécier au point de vue de l'histoire. Bien des choses, auxquelles nous avons attribuée une grande importance et une puissante influence, peuvent disparaître avec le temps, sans avoir exercé cette influence qu'on en avait espérée; d'autres, qui ont paru insignifiantes, ou qui n'ont pas attiré ratteniion, ont gagné, plus tard, une importanceétonnante. C'est avec uneccrtaine
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anxiété que l'auteur s'approche du temps présent; il connaît la difficulté de la tâche qui consiste à décrire les événements modernes et actuels de l'obstétricie ; ce n'est que la conscience de la loyauté, avec laquelle il poursuit un travail entrepris avec ardeur, qui lui donne le courage d'y appliquer toutes ses forces pour l'achever. Que la voix de la postérité s'élève pour rectifier ou amender; qu'elle dise où nous avons été dans l'erreur, ce que nous avons apprécié trop haut, ce que nous n'avons pas assez estimé. Tout ce qui s'est passé de notre temps ou peu avant nous, que nous avons cherché à exposer, doit être de nouveau soumis à son jugement.
§ 202. — État de l'obstétricie en Allemagne au début de cette période.
Depuis l'invention du forceps, les accoucheurs de tous les pays avaient travaillé avec ardeur au perfectionnement de leur art; des travaux distingués sur cet instrument avaient paru en France, en Allemagne et en Danemark; les accoucheurs allemands avait pris aussi une part active à ces travaux. C'est à l'école française que revenait la part la plus considérable de ces progrès. Les accoucheurs allemands avaient puisé les doctrines de Levret à la source même, ou chez leurs compatriotes qui s'étaient formés à son école. Parmi ceux-ci, ce fut Stein qui exerça l'influence la plus marquée sur ses compatriotes, et qui propagea, parmi ses élèves, les doctrines du maître français. Plus tard, les doctrines de Baudelocque se répandirent aussi en Allemagne par la traduction que fit Meckel de son livre, rendantses doctrines accessibles partout. Môme au XIX® siècle, le livre de Baudelocque fut le modèle des livres allemands; ses doctrines étaient regardées comme inattaquables, et on les répétait sans contrôle, en leur donnant tout au plus une autre forme. La partie opératoire de l'art était partout prépondérante. Comme ces hommes émincnts l'avaient portée à une grande perfection, on s'était abandonné à Pidéc que
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la perfection de Tobstétricie consistait dans J'habileté et le bonheur avec lesquels ces opérations étaient exécutées. On négligea, par ce motif, d'étudier les forces merveilleuses que la nature déploie pour l'accomplissement de son œuvre, dans les cas ordinaires, étude qui seule pouvait conduire à la voie du progrès. Cependant Baudelocque, et avant lui son maître Solayres, avaient appelé l'attention sur les lois suivies par la nature ; les anglais, et, parmi eux^ particulièrement Smellie, et Saxtorph en Danemark avaient beaucoup fait sous ce rapport, mais il fallait livrer encore bien des combats, pour obtenir la victoire qui devait assurer à Tobstétricie une base inébranlable et la confiance méritée des âges futurs. L'histoire a le devoir d'apprécier ici les travaux de deux hommes qui, par la direction opposée de leurs principes, étaient destinés à cette lutte, après laquelle l'obstétricie paraît sous une forme nouvelle et épurée. Tous deux ont des droits fondés à la reconnaissance de l'obstétricie. La mort, ou plutôt le progrès des temps ont mis fin au combat. Puissent-ils, là au delà des étoiles, près du domaine de Téternelle vérité, se tendre la main pour se réconcilier, avec la conviction d'avoir contribué aux progrès de Part dans la limite de leurs moyens, quoique la marche de l'un des deux n'ait pas été la véritable.
I 2o3. — Luc. Jean Bo'er.
L'essor que l'obstétricie avait pris à Vienne, au milieu du XVI 11'^ siècle, et qui s'est manisfesté particulièrement par l'établissement de la maternité, a été dépeint plus haut; les conditions extérieures, si favorables à l'obstétricie, faisaient concevoir l'espoir qu'il en résulterait pour elle une transformation de ses principes ; cet espoir fut réalisé, lorsqu'à la tête de l'obstétricie se trouva un homme qui, animé du plus grand zèle, parvint à l'engager dans la voie vraie et sûre. C'est avec une haute vénération, que l'histoire prononce le nom de Luc. Jean Boer, qui
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introduit d'abord dans le temple de Lucine à Vienne, après avoir pris une connaissance personnelle des principes et des modes opératoires des accoucheurs les plus célèbres de la France, de l'Angleterre, de l'Italie et de l'Allemagne, arriva à savoir ce qui, avant tout, était nécessaire à l'obstétricie. L'histoire remplit un de ses plus saints devoirs en donnant ici, sur les événements de sa vie, quelques détails qui ontinfiuésur son éducation et sa situation, avant d'exposer ses services dans le domaine de l'art, et en montrant que c'est avec justice que son avènement marque une époque nouvelle dans les annales de l'obstétricie. Cet homme, dont la vie a été attristée de tant de manières, qui a été si souvent méconnu, et frappépar deterribles coups du sort, a eu, à la fin de ses jours, la douce satisfaction de voir son œuvre, édifiée par tant de luttes, reconnue par tous, et couronnée par le plus beau succès.
§ 204. — Événements extérieurs de la vie de Bo'er.
Luc. Jean Boer, de son nom de famille Boogers, est né le 12 avril 175 I à Uffenheim, dans l'ancien margraviat Ansbach et Bayreuth (Bavière), où son père était fauconnier au service du margrave. Il reçut l'instruction préliminaire à Aub, où demeurait son aïeule, plus tard, il fréquental'écoledes Jésuites à Wurtzbourg, y étudia ses humanités, puis la philosophie, et obtint le grade de maître, à l'âge de 17 ans. Ses parents l'avaient d'abord destinée l'état ecclésiastique, mais les conseils du célèbre chirurgien de Wurtzbourg, Charles Gasp. de Siebold, qui avait appris à connaître ce jeune homme, le décidèrentà étudier la chirurgie. En 1767, il se livra avec ardeur à l'étude del'anatomie et de la chirurgie, soutenu de toute manière p)ar son protecteur Siebold, qui, en 1770, l'envoya à la campagne pour aider les médecins, pendant une épidémie meurtrière qui y avait éclaté, et où les soins médicaux commençaient à faire défaut. Sa manière simple de traiter eut du succès. A son retour à Wurtzbourg, il fut félicité
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par le prince évéque, alors Adam Frédéric de Seinsheim, qui lui offrit de lui accorder toute demande qu'il lui adresserait. Boer exprima à Sa Grandeur le désir qu''il avait d'aller à Vienne, pour suivre les leçons du célèbre de Haen. Ce désir fut accueilli, et on lui fournit la somme nécessaire à son voyage. Boer arriva à Vienne en octobre 1771, et poursuivisses études médicales avec une vive ardeur ; les séductions de la grande ville produisirent une interruption, si bien que le bruit en arriva aux oreilles de son protecteur, qui lui retira ses faveurs, ce qui le plongea dans la misère. L'enivrement se dissipa bientôt, et Boer reprit ses études. Il chercha des occupations, fit des corrections d'imprimerie, donna des répétitions, confectionna des thèses, et accepta de veiller des malades gravement atteints, ce qui lui permit de gagner quelque argent pour son entretien. En 1778, Boer apprit à connaître Rechberger, chirurgien de l'impératrice Marie Thérèse, qui l'engagea à étudier les accouchements, Boer goûta ce conseil, et étudia sous Lebmacher, à la maternité de l'hôpital civil, si bien que, le 26 janv. 1 780, il passa son examen. Il occupa pendant quelque temps les fonctions d'aide à l'hôpital St-Marc, où se trouvait aussi un service pour les femmes enceintes (voy. I 168), là il s'exerça à la pratique, jusqu'en 1784, époque à laquelle il obtint le poste de chirurgien à l'orphelinat nouvellement établi, en récompense du zèle qu'il avait déployé dans ses fonctions. L'empereur Joseph, dont le souvenir vivra toujours, aimait à visiter les grands établissements qu'il avait fondés, et eut ainsi l'occasion de voir Boer ; il forma le projet de le faire voyager, pour le mettre à même de perfectionner le plus possible son éducation et son instruction obstétricales, de même qu'il avait fait voyager d'autres jeunes gens pour l'étude de la médecine. Muni d'une somme suffisante, et des meilleurs recommandations, l'heureux médecin changea son nom de Boogers en celui de Boer, sur le conseil même de l'empereur, et, en novembre 1785, il arriva d'abord en Hollande, visita Bruxelles, puis Gand, où il fit la connaissance du célèbre accoucheur Jacobs. Boer arriva à Paris au commencement de 1786; sur l'ordre de l'in-
fortunée reine Marie-Antoinette, sœur de l'empereur Joseph, il visita la Maternité, d'où les hommes étaient sévèrement exclus. Il fréquenta les grands maîtres : Baudelocque, Lauverjat, Louis et autres, et resta pendant 1 5 mois dans la capitale, si importante au point de vue des accouchements. Parmi les choses curieuses, il vit, dans l'état le plus pitoyable la femme Souchot, sur laquelle Sigault et Leroy avaient pratiqué la symphyséotomie(voy. plus haut 1 179), ce qui lui parut d'autant plusintéressant,quequelques années auparavant (en i78o),ilavaitpublié des observations sur la femme opérée à Dusseldorf par GuÉRARD(voy. | 182). En quittant Paris, BoER se rendit en Angleterre, et d'abord à Londres, où il resta pendant une année, passant presque tout son temps au grand hôpital d'accouchements « Lying in hospital » pour s'exercer aux accouchements sous la direction de Leake ; il fit la connaissance de Denman, Osborn, Clarke, Lowder et autres, et fut initié à leurs doctrines. Il fit aussi la connaissance de W. Hunter, et se lia d'amitié avec lui; plus tard, il connut Aitken à Edimbourg, et Dease à Dublin ; la fréquentation des accoucheurs anglais et leur exemple lui donnèrent la conviction, qu^en obstétricie il y avait un principe supérieur, dont la recherche conduirait l'obstétricie plus loin qu'elle ne pourrait arriver partons les moyens inventés pour perfectionner l'accouchement artificiel. De Paris, il se rendit dans le sud de la France, et revint à Vienne en juillet 1788, en passant par l'Italie. A son retour, il fut nommé chirurgien de S. M. l'Empereur, et après 178g, professeur d'obstétricie pratique, chargé de la maison gratuite d'accouchements. Il eut à subir, peu de temps après, une cruelle épreuve, par suite de la terminaison malheureuse de l'accouchement de l'archiduchesse Elisabeth, femme de l'archiduc François, neveu de l'empereur. Après avoir, au moyen du forceps, accouché cette princesse d'une tille vivante, pratiqué la délivrance artihciellc, à cause d'une hémorrhagie, il la vit succomber (18 fév. 1790), à la suite de convulsions, quelques heures après l'accouchement. D'après les documents de Hussian, l'autopsie ne révéla aucun épanchement de sang, ni aucune lésion interne. « Le cerveau était gorgé
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de sang, dans les deux ventricules latéraux, et à la base du crâne, il y avait une collection notable de sérosité ; dans les deux plèvres, la gauche surtout, il existait un épanchement séreux ; l'utérus était parfaitement contracté, il ne s'y trouvait qu'un petit caillot du poids de 3 à 4 onces, mais la substance de l'utérus était complètement putréfiée. On sait avec quel empressement les ennemis de BoER exploitèrent ce malheur, afin de lui nuire aux yeux du public, et dans le monde scientifique. C'est sous les couleurs les plus haineuses qu'on représenta le fait, au public, pour en attribuer la faute à Boer; ni les paroles de l'empereur, ni le sentiment personnel de son innocence n'ont pu le consoler de ce malheur. Deux Jours après, succomba aussi son puissant protecteur ; ce n'est que dans le grand travail, que sa charge et son enseignement lui imposaient, qu'il trouva quelques consolations pour le reste de ses jours. C'est par ces mots qu'il a caractérisé le commencement de sa carrière : « J'ai débuté à un moment, où Tobstétricie n'existait pas encore y- ; pendant les trente-trois années de ses fonctions à l'école de Vienne, il a réussi à l'amener aune telle hauteur, et à une renommée si considérable, que de toutes part atHuaient en foule les élèves (dont plusieurs sont devenus des maîtres célèbres), qui ont propagé partout les doctrines de Boer. Il continua ses fonctions jusqu'à la fin d'octobre 1822, il avait demandé et obtenu sa retraite. Il conserva jusqu'à sa mort son entière activité pour la science, il donna ses soins aux éditions latines et allemandes de ses œuvres, la dernière de celles-ci parut en 1834; il mourut le 19 janvier i835. C'est en lettres d'or que ses œuvres sont inscrites dans les annales de l'obstétricie, elles brillent de plus en plus, grâce à leur sanction par le temps qui éprouve tout ; elles inspirent pour leur auteur la reconnaissance la plus profonde.
Obs. — Une biographie digne de Boer a été écrite par son élève et ami HussiAN.Voy. : * Luc. Joh. Boer's Leben und Wirken. Eiiie biographische Ski~:[c von R. F. Hussian mit Boer's Bildniss und einem fac-similé seiner Handschrift (B. L. J. Sa vie et ses a^uvres, esquisse de biographie par R. F. H., avec un por-
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trait et un fac-similé de son écriture). Voy. encore : H. F. Nae- GELE, dans son écrit : Die Lehre vom M. d. G. nebst Beitraegen :;^ur Geschichte desseîben {Le mécam&me de i'acc. avec suppléments sur son histoire). Mainz. i838, in-8°, oùTon trouve, p. 182 « quelques documents sur la jeunesse de B. recueillis par l'auteur de la bouche même de Boer, dans un voyage à Vienne en automne t833. Voy. le travail intéressant de son célèbre élève Jos. d''Outrepont, sur la caractéristique de Boer: « Erinneriingen ans den Studenteu^eiten, Worte der Pietàt, Worte dcr Wahrheit^ Woj^te des Danks « (Souvenir de la vie d'étudiant, paroles de piété filiale, paroles de vérité, paroles de reconnainaissance) dans : * Neiie Zeitschr. f. die Geb. A-., t. XII, Berl., 1842, in-8°, p. 32 1. Ce travail a été fait en réponse à celui de JoH. Fr. Osiander, le fils du principal adversaire de Boer, qui porte le titre de : Reiseerinnerungen (aus dem Jahre 1814) an Luc. JoH. Boer (Souvenirs de voyage de L. J. B.), qui avait paru dans le même journal, t. X, 1841, p. 1 15, où il dit : « je pourrai difficilement me soustraire au reproche de partialité ». J. Fr. Osiander avait publié en 1817 un écrit : « * Nachrichten von Wien iiber Gegenstaendeder Medi'^in, Chirurgie imd Geburtsh. » (Nouvelles de Vienne, sur quelques sujets de médecine, de chirurgie et d'obstétricie). Tub. , 1817, in-8°, oùl'on trouve, p. 186 des « Remarques sur les principes ieBoER et sa clinique publique d'accouchements ».
Osiander a cherché a mettre en relief « les ombres », d'Outrepont les « côtés lumineux » de Boer; on ne peut trop conseiller délire ce dernier travail, si bien fait, à celui qui veut avoir une idée exacte du maître de Vienne. Ch. Gaspard de Siebold, le premier protecteur de BoER, dont il est parlé plus haut, est l'aïeul de l'auteur de ce livre, le père de El. de Siebold que nous trouverons plus loin. (F.-J. H.)
§ 2o5. ^Principes d'obstétricie de Bo'ér.
Deux circonstances ont exercé une infiuence puissante sur la situation que Boer a occupée parmi les accoucheurs : la connaissance de l'obstétricie anglaise, qu'il lui a été donné d'acquérir sur place, et la direction d'un grand établissement d'accouchements, dont les circonstances Pont doté, dans lequel il a pu puiser une riche expérience, et recueillir de nombreuses observations. Les
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principes de Smellie s'étaient conservés chez les accoucheurs anglais, qui tous se reconnaissaient ses élèves, en opposition directe avec l'obstétricie française, laquelle, conformément aux doctrines de Levret, accordait à l'art une grande place. Bat:delocque avait cherché à lui donner une direction meilleure, mais les principes de son illustre prédécesseur avaient jeté en France de si profondes racines, qu'ils empêchaient les accoucheurs français d'admettre qu'il pût exister, en obsiétricie, quelque chose de plus élevé que l'art de terminer l'accouchement par la main ou les instruments. Boer avait trouvé, chez les anglais, une plus grande confiance en la nature, dans l'accouchement, et cette pensée devait faire sur lui une impression d'autant plus profonde, qu'il venait de quitter un pays où régnaient des idées tout opposées. Boer retourna dans sa patrie pénétré des principes de l'obstétricie anglaise, et la situation, que la faveur de son empereur lui avait accordée, lui donna amplement l'occasion de poursuivre la voie qu'il avait reconnue comme la seule qui fut sûre pour contribuer aux progrès de l'obstétricie. Dans l'établissement, qui lui était confié, il pouvait observer annuellement looo accouchements. Il mit une grande ardeur à en profiter pour fortifier ces idées qui, d'après lui, devaient conduire à la perfection de l'art, et qui lui semblaient d'une vérité incontestable. La grossesse et l'accouchement doivent être étudiés à l'état normal, si on veut avoir un point solide pour la pratique. C'est par ce motif, qu'il rejeta tout traitement préparatoire, consistant en saignées, bains, purgatifs, qui étaient alors administrés avec tant d'empressement. La pléthore des femmes enceintes fait partie de leur état physiologique, et n'a rien d'anormal. L'accouchement s'accomplit d'après des lois éternelles, et cette fonction ne doit être troublée par aucune intervention hâtive de l'art. Il est nécessaire que l'accoucheur connaisse l'état normal de cette fonction, afin que, si la nature en dévie, il puisse la ramener à la normalité, ou, si cela n'est pas possible, il puisse, par des moyens appropriés, terminer artificiellement l'accouchement. Boer chercha toujours à montrer, par sa parole et sa pratique, combien les moyens artificiels
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étaient appliqués à tort, et quel abus on en faisait généralement. Il montra que ni les présentations de la face, ni celles du siège ou des pieds n'avaient besoin d'une intervention artiticielle (1793). Il a décrit avec exactitude le mécanisme des accouchements par la face; il disait, dans son enseignement, que le menton tinit par s'engager sous l'arcade pubienne, le front et le crâne vers le périnée, sur lequel ils se dégagent, quelle qu'ait été la position de la face au début du travail. II s'élevait également avec énergie contre la transformation de la présentation du siège en présentation des pieds, généralement pratiquée à son époque, en faisant remarquer que, par le siège, l'orifice de Tutérus et le vagin sont fortement élargis et préparent une issue facile à la tête. Il blâma sévèrement la coutume d'extraire, par la version, le second enfant dans un accouchement gémellaire, comme cela était généralement posé en règle. Si le second enfant est dans une situation telle, que l'accouchement n'est pas empêché, on' doit abandonner son expulsion à la nature, ne pas même rompre prématurément les membranes. Boer avait une idée juste sur la manière dont la tête s'engage dans le bassin. Elle s'y présente dans le diamètre oblique. Ce n'est que, peu à peu, que la face arrive dans la concavité du sacrum. L'obliquité utérine de la matrice, tant redoutée depuis Deventer, est de peu d'importance pour Boer; la matrice, chez une femme enceinte, est toujours obligée de s'incliner d'un côté ou de l'autre, ce n'est qu'une prétendue science maladroite qui peut rendre cette situation dangereuse. Par contre, Boer reconnaît très bien la configuration anormale de la matrice, quand le fond de l'organe et le col se trouvent du même côté. Dans ces cas encore, les contractions, qui ont pour effet la dilatation de l'orifice, rectifient la forme de la matrice et donnent à cet organe la forme régulière favorable et nécessaire à l'expulsion du fœtus. Il esta peine besoin de dire que, dans ces conditions, l'emploi du forceps devait être considérablement restreint. Un coup d'œil Jeté sur les faits, observés à sa clinique, montre combien étaient rares, dans le service de Boer les applications du forceps; sur 958 accouchements, en 1789-90,
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il fut appliqué 5 fois ; l'année suivance, sept fois sur g53 accouchements, et encore sept fois sur ioi5 accouchements en 1791- 1792. La même proportion se retrouve les années suivantes, elle alla même en diminuant, si bien qu'en 18 16, sur i53o accouchements il ne fut appliqué que deux fois. Boer n'accorda pas moins toute son attention à cet instrument bienfaisant; il a décrit avec précision les règles de son application, qu'il voulait réserver aux accouchements par la tête, ditiiciles, pour la maintenir dans les bornes convenables (voy : Aufs. iiber schevere Kopfgeburten und den Gebraiich der Zange : ebendas. die Beschreibiing des von ihm gebrauchten Instruments (Sur les accouchements difficiles par la tête, et Temploi du forceps ; avec la description de l'instrument dont il fait usage). Pour l'opération césarienne, et la perforation, il suit absolument les principes anglais. Pour lui, la première opération n'est indiquée que quand le bassin est tellement étroit que la perforation ne peut plus être pratiquée. La vie de la mère doit être estimée à un plus haut prix que celle de l'enfant, et il ne faut pas sacrifier la vie de la première à celle du second, par une opération aussi dangereuse que l'opération césarienne. Les signes incertains de la vie de l'enfant dans le sein de la mère font pencher la balance du côté de la perforation. Sur 2926 accouchements de 1789 à 1792, la perforation a été pratiquée huit fois. Sur les 5i5o accouchements pendant les deux dernières années, 1820-1822, Boer l'a pratiquée 9 fois. Boer a accordé l'attention la plus sévère au traitement de l'état puerpéral. Dans toutes ses doctrines, on retrouve la même simplicité, la même tendance à suivre la voie indiquée parla nature. QuV)n examine encore ce qu'il dit de la lactation, du traitement des mamelles enflammées, de l'ictère des nouveaunés, où il s'élève contre la sotte manie d'accueillir, avec des purgatifs, l'enfant à son entrée dans le monde. Son écrit sur la putrescencc de la matrice est classique, ainsi que son traité sur la iièvre puerpérale, qu'il avait eu tant d'occasions d'observer à Vienne, et qui occupera le premier rang parmi les ouvrages analogues. Malheureusement son «remède antimonial », qu'il déli-
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vrait gratuitement; sur la signature des médecins ou des accoucheurs, n'a pas répondu aux espérances de l'inventeur. « Reste à savoir, dit un de ses biographes, s'il n'a pas fait avec ce remède comme les homœopathes, ne voulant donner aux malades, avec cetarcane, que l'espérance, qui toutefois est une bonne chose. » Dans son livre : « Abhandlungeji imd Versuchcn geburtshillflichen Inhalts :{ur Begi'ûndung einer natiirgemàsseii Entbindiings méthode y> (Mémoires et essais d'obstétricie comme fondement d'une méthode d'accouchement conforme à la nature), son langage est simple et sans prétention, il sentait l'importance de son travail, pour atteindre le but qu'il s'était proposé. a C'est pour la postérité que j'écris ce travail, dit-il dans la préface du dernier volume (1807), je l'ai composé peut-être à un mauvais moment, mais une chose insolite n'est-clle pas toujours inopportune? Une forme nouvelle est-elle jamais bien accueillie par la grande majorité? Cette circonstance fâcheuse ne change, au fond, rien aux choses, qui continuent à marcher paisiblement dans la voie ancienne de la simplicité et de la vérité, malgré tous les obstacles qu'elles rencontrent; cette oeuvre inspirée par une bonne pensée sera accueillie par une postérité impartiale, et arrivera à son plein développement et à sa perfection, mais ses fondements devaient d'abord être posés ici. » Ces brillantes et prophétiques paroles deBoER se sont pleinement réalisées. Ses nombreux élèves, et parmi eux les meilleurs, qui, en raison de leurs situations, ont exercé la plus puissante influence, ont propagé et continué les préceptes du maître, ils ont développé ceux qu'il n'avait fait qu'indiquer, et lui ont procuré l'assentiment de tous et une réparation qui a été, pour ses efforts si loyaux, la récompense la plus belle et la mieux méritée.
Obs. — Avant ses voyages, Boer avait publié deux petits mémoires sous son premier nom.
* Bemerkungen ilber die von B. Guérard an einer gebàrenden :-u DilsseldorJ gep/Iogene ausserordentliche Entbindung haiiptsdchlich die Sehambeintrennung betreffend, von Luk. Boogkrs, der W. W. Wundarznei und Entbindungs-Kunst. Magister. Wicn, 1780, in-8" (Réflexions sur un accouchement extraordi-
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naire pratiqué par B. Guérardù Dusseldorf, relatif spécialement à la séparation de la symphyse pub. par L. Boogkrs maître de chir. et ace. de l'Univ. de Vienne). * Abhandl. von demGebraiiche iind der UnenibeJwlichkeit des Hebels in der Enîbindiings- Kunst, von L. J. Boogers, Geburtshelfer des Wiener Findlingsund Waisenhauses ersten chirurg. Wien, i785,in-8° (De l'indispensable nécessité du levier en obstétricie, par L. J. Boogers accoucheur et premier chirurgien de la maison des enfants trouvés et orphelins à Vienne).
Son principal ouvrage est : la collection de ses mémoires qui parurent depuis 1791 à 1807. Un supplément écrit en 1824 parut en 1826.
' Abliandlungen iind Versuche gebiirishulflichen Inhalts (Mémoires et essais d'obstétricie) I th. Wien, 1791, II th., 1792, III th., 1793, 2« bd, I th., 1802, II th., 1804, III th., 1806, IV th., 1807, in-8° (au 2= vol. se trouve ajouté au titre : « Ziir Begrûndwig einer naturgemiissen Entbindiings-Kunst. und Behandlung der Sclupangeren, der Wuchnerinnen und neugeborenen Kinder, nach dcn au der offentlichcn Entbindungschule am Wiener allgemeinen Gebarhause gemachten Erfahrungen und gesammelten Beobac'ntungen (Fondements d'une obstétricie conforme à la nature, avec trait, des f. enceintes et accouchées, des enfants nouveau-nés, d'après les observations recueillies, à l'hôpital général de Vienne). D'après les paroles mômes de Boer, dans la préface de la dernière partie, tous ces mémoires forment ensemble une espèce de traité d'obstétricie nouvelle, ou du moins renferment les matériaux pour l'édifier.
Ces mémoires réunis parurent en latin en 1812 sous le titre : * L. .1. EoFAiU naturalis t7îedicinœ obstelriciœ libri septem, Wien, 18 1 2, in-8'^. Nouvelle édition : * Liber de arte obstetricia. Vienne, t83o, in-8''. En allemand (par l'auteur lui-même) Siebcn Biicher ïiber natiirliche Geburtshulfe (Sept livres sur l'accouchement normal). Wien, 1834, in-S" (av. pref. de l'auteur, qui porte la date : oct. i833).
Chaque mémoire est précédé d'une citation latine empruntée aux médecins ou aux poètes.
% 206. — Frederick Benjam. Osiander.
Fred. Benj. Osiander suivit une voie tout opposée, pour arriver à perfectionner l'art des accouchements; il était depuis 1792 professeur d'accouchements à Goeiiingen (mort en 1822). Il est
né à Zell près d'Aichelberg, dans le Wurtemberg (9 fév. 1759), a fait ses études à Tubingue, où il fut reçu docteur en 1 779, et peu après, il se fixa à Kirchheim au-dessous de Teck, pour y pratiquer la médecine. Les premières instructions en obstétricie lui furent données àTubingue (1778) par Siegwart, élève de Puzos à Paris, (voy. plus haut § 122) et par Fried le fils à Strasbourg (§ i52). Il poussa encore plus loin ses études à Strasbourg (1779), puis à Cassel, sous la direction de Stein (1781). Ce maitre lui donna des leçons particulières, lui fit prendre une part active aux accouchements de son service, et lui confia, dans sa pratique particulière, les applications du forceps et aussi les versions.
Osiander dit lui-même que c'est là qu'il apprit les « avantages que procure une application du forceps, habilement faite, à la mère aussi bien qu'à l'enfant et à l'accoucheur, et tout ce qu'on peut obtenir de cet instrument, quand il est bien manié ». Rentré à Kirchheim, Osiander se livra activement à la pratique des accouchements, convainquit ses concitoyens des avantages du forceps, pour faciliter les accouchements et les terminer rapidement, quand ils durent longtemps et épuisent les forces des parturientes. 11 étudia avec ardeur les livres des accoucheurs, surtout des anciens. Jusqu'en 1792, il avait pratiqué 168 accouchements, avait fait 78 extractions par les pieds, pour des présentations des pieds, à la suite de la version, ou pour changer les présentations du siè^e en présentations des pieds ; il avait appliqué le forceps 89 fois, et n'avait pratiqué'qu'une fois la perforation (pour la première et la dernière fois de sa vie). En 1792, Osiander répondit à l'appel qui lui fut fait par l'université de Goettingue, qui le nomma professeur d'accouchements et directeur de l'Institut obstétrical, commencé sous son prédécesseur Fischer, et, achevé depuis 1 79 1 . Il entra en fonctions le 9 du mois d'octobre 1792, et, dans l'après-midi de ce jour, à 3 heures, il fut appelé dans son service pour pratiquer une « application du forceps pour une présentation de la face, arrêtée sous l'arcade pubienne », accouchement qui fut terminé heureusement. C'est avec un grand zèle et une infatigable activité qu'OsiANDER accom-
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plit ses fonctions. La renommée de l'école obstétricale de Goettingue se répandit au loin, avec une grande rapidité, et attira en foule une Jeunesse avide de savoir. Osiander se posa en antagoniste de l'école de Vienne, et chercha à démontrer, par sa parole et ses actes, la puissance de l'art en obstétricie; sous ce rapport, l'école de Goettingue doit une grande reconnaissance à son zélé professeur; ceux qui sont devenus plus tard ses plus ardents adversaires, et qui avaient été ses élèves, ont dû avouer qu'ils devaient à leur ancien maître leur habileté dans le manuel opératoire. Les abus où devait conduire une obstétricie qui ne cherchait son salut que dans les opérations (art des accouchements), ne pouvaient rester cachés pendant longtemps. De toutes parts arrivaient des contradictions et des attaques violentes auxquelles Osiander répondit toujours. Le temps a prononcé son jugement sur cette manie d'opérer, qui était la pensée dominante de l'école, il s'est prononcé pour les idées meilleures de l'école de Vienne. Toutefois, il faut apprécier très haut l'œuvre d'OsiANDER. Il a droit à une grande reconnaissance pour les améliorations qu'il a apportées dans l'obstétricie opératoire, où son mérite est incontestable. Les nombreux ouvrages quMl a laissés, dans lesquels on constate une culture scientifique distinguée, assurent à son auteur une renommée durable dans les domaines où son activité s'est exercée. Il mourut le 25 mars 1822, après avoir occupé sa chaire pendant 29 ans et 6 mois.
Obs. — Pour la biographie d'OsiANDER, voyez son mémoire : *« Darslelhtng meiner Grundsàt^e der Entbindiiiigskimst : mit vorangehender Schilderung des Zustandes der Entbindiingskiinst in Teutschland kiir\ vor, wàhrend^ iind nach der Zeit^ als ich dièse Kunst studierte iind aiisilbte » (Exposé de mes principes d'obstétricie avec un tableau de l'état de l'obstétricie en Allemagne, peu avant, pendant et après le moment où j'ai étudié et pratiqué cet art), dans : « * Neuen Deukwïwdigheiten fw Aer\te iind Geburtshelfer, t. I, Rogenz. Goeti., 1796, in-8", p. i.Sur la nouvelle maternité et son organisation, voy. : Deiikw. f. die Heilk. Il Gebiirtsh., X. I, Goett., 1794. Détails complets. Voy. encore : * Memoria Frid. Benj. Osiandri, in concessii soc. reg. scientiar. die XV Jun. 1822, commendata ab Jo. Fr. Blumenbach. Goett., in-4".
§ 207. — Doctrines obstétricales de Fv. B. Osiander.
Partant du principe, que l'art véritable peut seul apporter avec sécurité un secours efficace dans les accouchements, que tous les actes de l'accoucheur doivent être dirigés par l'art fondé sur des connaissances scientifiques, que les secours de l'art ne doivent subir aucun retard, que la parturiente ne doit pas être abandonnée au hasard, la tâche du professeur, suivant Osiander, était de montrer de quelle manière on pouvait le mieux répondre à ces besoins, en améliorant et en perfectionnant d'une manière fondamentale les véritables méthodes d'accouchement. Il faut chercher dans les conditions extérieures, où il se trouvait, la cause de la direction spéciale de ses doctrines. A ses débuts, ils ne pouvait disposer de cette expérience si riche que Boer avait facilement pu acquérir à Vienne dans son grand établissement. La maternité deTubingue méritait àpeine ce nom. Les principesde Stein, cet élève célèbre de Li;vret, devaient aussi conduire Osiander dans la voie qu'il n^a plus abandonnée. Le hasard l'a fait débuter dans une petite localité, dans laquelle l'appel qui lui était adressé n'avait qu'un but : délivrer, le plus vite possible, la parturiente des tourments dont elle était affligée, et que les sagesfemmes ne pouvaient soulager. Répondre à cet appel a été considéré par lui comme le premier devoir. Osiander n'avait pas, dans ses premières années d'étude, appris à connaître la grande action de la nature dans l'accouchement, et lorsque, plus tard, il tut placé dans les conditions où il aurait pu apprendre ce qu'il avait négligé d''abord, le perfectionnement de l'intervention opératoire a dû l'éloigner tout naturellement de ces précieuses études. Il ne s'occupa qu'à perfectionner la médecine opératoire obstétricale, et, dans tous ses ouvrages, l'obstétricie porte toujours le nom c d'art des accouchements ». Il ne prit aucune part aux efforts de l'école de Vienne, pour la fondation de l'obstétricie basée sur l'observation de l'accouchement normal, et des forces
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si puissantes de la nature, bien loin de là, il combattait, avec le dédain et l'ironie, non seulement l'auteur de cette doctrine et ses adhérents, mais la doctrine elle-même, qu'il représentait à ses élèves comme dangereuse, et dans cette lutte il dépassa toutes les bornes. Mais dans la direction qu'il considérait comme la tâche de sa vie. il a rendu véritablement de grands services. L'amélioration des méthodes d'accouchement a été le beau fruit de sa longue activité, et, sur ce terrain, il a cueilli d'immortels lauriers qu'aucun de ses adversaires n'a pu lui ravir, pendant la longue lutte qu'ils ont soutenue contre lui. L'histoire, dans sa justice, ne peut lui refuser une reconnaissance méritée, elle doit repousser avec mépris les outrages qui, aujourd'hui encore, sont dirigés contre celui qui est mort depuis plus de vingt ans ! Osiander accorda la plus grande attention au forceps ; l'extension qu'il donnait à son emploi est attestée par la longueur de l'instrument, qu'il avait successivement modifié fi), longueur et solidité qui permettaient de saisir la tète très élevée.
(i) Il convient de jeter un coup d'œil sur le forceps d'OsL\NDER qu'il maniait avec tant d'habileté : voici le commencement du chapitre consacré à cet instrument (Handb, der Entb., II, 2, ch. VI, p. 52). (• Les mains artificielles pour l accouchement, inventées par moi. manus artificiales ad auxiliandum in partu : ou le forceps inventé par F. B. Osiander, forceps obstetricia F. B. Osianderi, est actuellement le meilleur instrument pour les accouchements, moyennant lequel seulement peut être accomplie l'extraction d'un enfant, sans lésion mortelle, et sans dommage pour la mère, dans des cas, ou l'accomplissement de l'œuvre ne peut se faire ordinairement sans lésions mortelles, quand les parties sont rétrécies».
Osiander avait employé d'abord le forceps de Johnson, puis le forceps de Levret, qu'il allongea, en augmentant la courbure pelvienne, il inventa un nouveau modèle en ijn/ qu'il décrivit dans : n Denkwïir digk. f. A. II. Geb., t. I, 2 Bogenz. GÔtt., 1799, in-8°,p. 282, et dont il donna la figure dans ce livre, reproduite par L. Kymmel, taf. I, fig. i 5 et 16, et dans l'atlas de SiEBOLD.tab. LX\'I, 2 fig. et dans VArmament, de Kilian, pi. XXIII, fig, 5, 6 (les deux modèles). Les cuillers ne sont pas fenêtrées, et très peu larges; les manches en acier sont munis de deux crochets placés au milieu de la longueur des manches et d'un labimètre. A REissde Strasb.,qui dans sa thèse, i8o5, critique l'absence de fenêtres, il dit : que ce jugement ne peut provenir que de la « tète superficielle d'un français ». La majorité des auteurs n'a pas suivi Osiander, car sur les 144 forceps décrits par Mulder et Kv.mmei. on ne trouve que 16 modèles de forceps non fenêtres. (F.-J. H.)
Les règles générales pour l'application de l'instrument, et celles qui sont relatives aux cas particuliers sont très précises; beaucoup de ces préceptes conservent toute leur valeur et sont tellement confondus dans les règles ordinaires, données pour cet instrument, qu'on a perdu le souvenir de celui qui en a été l'auteur. La confiance d'OsuxDER pour le forceps était telle, qu'il condamna absolument la perforation du crâne (qu'il n'a pratiquée qu'une seule fois dans sa vie); quand le bassin est rétréci, il faut faire tous ses efforts pour amener la tête vers le détroit supérieur, puis laisser agir lescontractions utérinespour l'y engager, et alors on peut être certain que, si on a de l'habileté dans l'application du forceps, on arrive à mettre l'enfant au monde, et probablement à lui conserver la vie. Si les contractions devaient ne pas engager la tête, il faudrait le faire au moyen du forceps à grande courbure, par certaines manœuvres, puis extraire la tête avec le forceps. « Jamais alors, dit-il, même quand la grande fontanelle est totalement ossifiée, il n'est nécessaire de faire la perforation; si la tête est grosse et solide, et si le détroit antéro-postérieur mesure moins de deux pouces et demi (6 centim,), il ne reste qu'à pratiquer l'opération césarienne ». Dans certains accouchements difficiles, il faisait quelquefois plus de cent tractions, il est mentionné un cas, où les tractions et des pressions ont été pratiquées ijS fois, et ces manœuvres sont continuées pendant des heures (ouv. c. parag. 41, 5, p. 100). « Les enfants, dit OsiANDER, étaient vivants et ne conservaient aucun préjudice de cette longue opération; dans les cas même, où la tête avait été saisie du front à l'occiput, et où il y avait eu des dépressions persistantes jusqu'à l'âge adulte, on n'a constaté aucun trouble des fonctions cérébrales, intelligence, mémoire, énergie vitale, etc. « (i). OsiANDER a accordé toute son attention à la version
(i) On comprend, dans ce mode d'application, je ne dirai pas l'utilité mais la nécessitéàu labimètre, adapté par Osiaxder à son forceps, pour maintenir l'écartement des cuillers au même degré, et empêcher la compression de la tête, que les ailettes, qui rapprochaient la traction du point de jonction, garantissaient jusqu'à un certain point. (F.-J. H.)
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suivie de l'extraction par les pieds, il en a enrichi le manuel opératoire de règles précieuses, il a cherché même à faire rentrer dans la pratique la version sur la tête, qui avait été complètement abandonnée. Osiander a décrit un procédé nouveau pour pratiquer Topération césarienne qui consiste à faire à la partie inférieure de la matrice une ouverture moins grande, et à extraire, à travers celle-ci, l'enfant avec plus de rapidité, ce qui est moins dangereux ; l'expérience lui avait appris que les lésions de la matrice sont moins dangereuses à la partie inférieure qu'à la région supérieure de cet organe et à la région médiane : les deux opérations pratiquées ainsi par lui, ont eu une issue malheureuse. La perforation, la symphyséotomie et l'accouchement prématuré artificiel sont regardés par lui comme des méthodes « inutiles et nuisibles, dont l'obstétricie peut se passer », ainsi que le dit le titre du ch. XIII, qui leur est consacré. Il est à peine besoin de dire, ici, que sa prédilection pour la parlie opératoire de Tart lui a fait inventer divers instruments : le forceps, dont il a été parlé plus haut, un levier spécial, un instrument pour dilater les parties, un autre pour rompre les membranes, un instrument tranchant pour ouvrir le vagin et l'utérus (hystérotome), un autre, pour inciser la matrice (métrotome), un instrument pour mesurer l'inclinaison du bassin, des balances pour peser les nouveau-nés, des instruments pour en mesurer la longueur, etc., qui tous témoignent de son esprit inventif et qui sont les témoins de ses principes. Osiander avait un esprit très cultivé, portant intérêt à tout travail scientifique ; un coup d'œil rapide sur ses nombreux écrits, qui n'ont pas trait seulement aux accouchements, le prouve surabondamment; sa grande érudition lui permettait d'orner ses écrits d'observations intéressantes et variées (il savait donner de l'intérêt aux choses insignifiantes en apparence), si bien que, dans leur lecture, on trouve à la fois intérêt et profit. Ses écrits révèlent une éducation classique très soignée, qui, dans ses discussions avec ses adversaires, lui donnait une prépondérance marquée. L'auteur de ce livre, que le sort a appelé à être le deuxième successeur d'OsiANDER, et
qui a trouvé, dans l'établissement qu'il avait habité autrefois, tant de choses qui rappellent les beaux côtés de l'ancien maître, lui adresse, de ces mêmes lieux, où a été écrite Vhistoire littéraire et pragmatique de l'obstétricie, le vœu « que ses cendres jouissent de la paix et du repos ».
Obs. I. — Pour que le lecteur puisse porter un jugement sur les principes d'OsiANDER, nous donnons ci-contre un tableau des accouchements qui onteu lieu sous sa direction dans la Maternité de Goettingue, que nous avons extrait du journal tenu par lui avec la plus grande exactitude. Cette communication aura pour le lecteur d'autant plus d'intérêt, qu'un travail d'ensemble, sur la pratique d'OsiANDER, manquait jusqu'ici aux annales de l'obstétricie, car l'auteur n'a publié que des travaux partiels, se rapportant à quelques années seulement, qui ont été publiés dans les « Denknnlrdiglwiten y> (memorabilia), et dans les Annales, ainsi que dans la publication des œuvres des savants de Goettingue. Ce n'est que vers la lin de sa vie, que la proportion des applications du forceps diminue un peu, vers le milieu, ce chiffre avait atteint une hauteur extraordinaire.
Les extractions par les pieds furent faites pour des présentations des pieds, ou des présentations du siège, converties en présentations des pieds. Parmi les versions, il y en a quelquesunes sur la tète; Osiander les a appelées dans les journaux « versio horizontalis ». L'opération césarienne fut faite deux fois sur des femmes vivantes, après que la version podalique avait été tentée sans succès ; les enfants extraits étaient morts, et les femmes succombèrent quelques jours après l'opération. Dans un cas (i8or), l'opération césarienne fut pratiquée sur une femme enceinte, après sa mort, on n'eut pas d'enfant vivant ; une fois, dans un cas de grossesse extra-utérine, on fit l'extraction d'un enfant en décomposition ; la mère succomba quelques semaines après l'opération. Le nombre des accouchements, annuels dans la Maternité de Goettingue est actuellement plus élevé que dans le tableau ci-joint, il s'élève de i lo à 120.
Obs. II. — Parmi les nombreux écrits d'OsiANDER, nous ne mentionnerons ici que ceux qui ont trait aux accouchements; pour les autres, nous renvoyons à Pouvrage : * Fr. Saalfeld's Geschichte der univ. Goetting. (Hist. de l'univ. de G.). Hannov., 1820, in-8°, p. 809, et, à * Oesterlv, Gesch d. univ G. von 1820- 1837 (H. de l'univ. deG.de 1820- 1837), o^ ^^ trouve la liste de tous les articles de journaux, et publications éphémères d'O.
* Beobachtungen, Abhandlungen und Nachrichien, ^pelche vorluglich Krankheiten der Frauen^immer und Kinder und die Ent^
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