‹ Essai d'une instruction sur le passage des rivières et la construction des ponts militaires à l'usage des troupes de toutes armesChapitre 18 sur 48 · DES DÉTACHEMENS · texte numérisé non relu

DES DÉTACHEMENS

Lorsque le pont a plus de 155 mètres, il faut pour le replier doubler la seconde section du deuxième détachement, renforcer le troisième , doubler le cinquième , augmenter le nombre des sections des sixièmes et septième.

Lorsque le courant est très-rapide, on renforce la quatrième section du quatrième détachement, ainsi que les sections du septième.

Le nombre d’hommes et de détachemens, et leur répartition en sections donné par les tableaux tant pour construire que pour replier le pont par bateaux successifs, est celui indiqué par la théorie sur les ponts afin de construire et de replier le pont dans le plus bref délai, ce qui ne s’oppose nullement qu’on le fasse avec un plus petit nombre d’hommes mais en y mettant plus de temps. Il est permis de douter que beaucoup de personnes se trouvent jamais dans le môme embarrasque ce sergent de pontonniers qui, à la tête d’un détachement de vingt hommes , ne sut comment s’y prendre pour exécuter l’ordre qu’on lui avait donné de replier le pont jeté en 1 823 sür la coupure du Trocadéro, et qui vint en toute hâte demander le nombre d’hommes voulu par la théorie.

Construction par portières d’un pont de bateanx d'équipage de campagne.

Le succès d’un passage de rivière dépend souvent en campagne du stratagème employé pour tromper l’ennemi sur le véritable point de passage et aussi de la célérité avec laquelle on parvient à tendre les ponts lorsqu’on veut passer sous le feudeson canon. La mobilité de l’équipage de pont de bateaux de campagne permet de le transporter facilement d’un point à un autre de la rivière j mais la construction d’ un pont par

ESSAI d’une instruction

bateaux successifs demande, même avec des hommes parfais temenl instruits, au moins une heure par cent mètres de longueur de pont ; ce laps de temps, dans beaucoup de circonstances, serait trop long et pourrait compromettre la réussite du passage. On a du chercher un mode plus rapide et pour ainsi dire instantané de tendre les ponts , de là les ponts jetés par portières, etpar couversion. Les ponts peuvent se préparer à l’avance à l’abri des feux de l’ennemi, être conduit ensuite à l’emplacement désigné pour le passage et en peu de minutes être placés en travers de la rivière.

Les portières offrent encore l’avantage de pouvoir jeter un grand nombre de troupes sur la rive eunemie, avant qu’on ne s’en serve pour former le pont

L’indépendance des portières donne la facilité de replier le pont en peu de temps et de le soustraire ainsi aux chocs des corps flotta ns et à l’effet des machines incendiaires que l’ennemi pourrait envoyer pour détruire le pont; tandis qu’un pont par bateaux successifs, où toutes les parties sont invariablement liées les unes aux autres, est sans cesse exposé à être rompu par les corps flotlans abandonnés au courant et qu’on n’aurait pu détourner à temps.

Un construit des portières de deux, detroiset quelqucfoisde quatre bateaux, maiscommeces portières seraient très-difficiles à manœuvrer sur un courant rapide, on n’emploie ordinairement que des portières de trois bateaux pour la construction d’un pont par portières avec l’équipage de campagne. Il faut uu sous-officier et douze hommes pour construire une portière de trois bateaux (fig- 5).

Le premier bateau étant amarré solidement à la rive, tant à l’avant qu'à l’arrière , on amène le second bateau bord à bord et à hauteur du premier; on croise les amarres fixées aux poupées intérieures dusecond bateau, en portant l’amarre

SUR LE PASSAGE DES RIVIÈRES. iH

de l’avant-bec à l’arrière-bec, et celle de l’arrière-bec à l’avant-bec du premier bateau. Ces amarres prennent alors le nom de croisières. Les croisières maintiennent et empêchent le second bateau de dériver quand on le pousse au large.

On apporte les cinq poutrelles de la première travée, ou pousse le second bateau au large jusqu’à ce que l’extrémité de derrière des poutrelles soit à 0. 15 en deçà du plat-bord intérieur du premier bateau ; elles doivent dépasser le platbord extérieur dtf second bateau de la même quantité. Les poutrelles de cette travée correspondent au-dessus des crochets de pontage du premier bateau , ét sont en amont des crochets du second. On brèle les poutrelles sur le premier bateau , on couvre de madriers jusqu’à 0.32 du second ; l’on cloue le premier madrier qui doit arraser le bout des poutrelles •, on amène le second bateau, on le pousse au large, à l’aide des poutrelles de la seconde travée et des croisières, de la même manière que le second. Les poutrelles de cette travée sont en aval des crochets du second bateau, ou elles sont accouplées avec les premières, et elles correspondent au-dessus' des crochets du troisième bateau. On brèle les poutrelles sur le second et sür lë troisième bateau , l’on achève de couvrir toute la portière dë madriers et l’on cloue le dernier madrier qui arrase le bout des poutrelles. On place et on brèle les poutrelles de guindage; mais au lieu du brelage ordinaire, on embrasse, entre le second et le troisième madrier de chaque extrémité de la portiète, et de chaque côté du pont , la poutrelle extrême du tablier et la poutrelle de guindage dans un collier nommé collier de guindage ( fïg . 6) qu’on ferme èt qu’on serre avec des coins*, on introduit auparavant dans les deux colliers de chaque côté de la même extrémité de la portière un faux guindage. Le faux guindage e?t un bout de pou- TOME I. (2e UV.) 12

ESSAI D’UNE INSTRUCTION

trelle de 2m.50 de longueur sur 0.12 d’équarrissage; c’esl par les faux guindages et les colliers qu’on réunit les unes aux autres, les portières d’un pont.

Lorsqu’on construit plusieurs portières , si l’on place les poutrelles de la première travée des portières impaires en amont des crochets du second bateau, toutes les poutrelles correspondantes des portières paires seront en aval des crochets du second bateau. L’inverse aura lieu quand les poutrelles des portières impaires seront différemment placées.

L’officier chargé de faire jeter un pont par portières, fera ranger le matériel, à l’emplacement désigné pour la construction des portières , dans l’ordre suivant :

Lesbateaux par rang de deux et d’un bateau alternativement le long de la rive, et, tant que les localités le permettront , les poutrelles et les madriers empilés à hauteur du centredu dépôt des bateaux; le dépôt des mêmes objetsle plus près possible. Si l’on avait plus de dix portières à construire on formerait plusieurs dépôts de poutrelles et de madriers.

La manière d’établir le pont, différant selon que les portières ont été préparées en aval on en amont de l’endroit déterminé ponr le passage, nous allons indiquer comment l’on opère dans l’un ou l’autre cas.

Lorsque les portières auront été construites en aval, l'officier commandant les fera remontier à la ligne le long de la rive jusques près de la culée, il calculera le temps nécessaire pour faire ce trajet de manière à arriver à l’instant fixé pour exécuter le passage; les nacelles chargées de jeter les ancres et les bateaux de culée portant tout ce qui est nécessaire à la oonstruction des culées, précéderont les portières; on chargera sur les premières portières les ancres , cordages, et autres objets qu’on n’a pu mettre dans les nacelles,qui ne doivent por-

ter au plus que trois ancres et leurs cordages; tous ces objets en arrivant sont déposés au dépôt des menus objets.

L’on commence la construction du pont par l’établisse»' ment de la première culée ; on asseoit le corps-mort, et l’on porte le premier bateau comme on le ferait pour un pont par bateaux successifs , mais avec cette différence que l’on couvre la travée en entier de madriers et que l’on clone le dernier madrier qui doit arraser l’extrémité des poutrelles de culée; on place et on brèle les gnindages de même; on introduit comme aux portières, entre l’avant-dernier madrier et celui qui le précède, de chaque côté du tablier, un collier de guindage avec les coins et son faux guindage.

Aussitôt que le bateau de culée est ponté, on amène successivement à la ligne les portières. La portière qu’on amène étant arrivée à l'extrémité de la partie déjà assemblée du pont, reçoit son cordage d’ancre d'amont à l’aide duquel elle est remontée à côté et à hauteur de la dernière portière placée. On amarre le cordage d’ancre à la poupée intérieure du second bateau de la portière. Pour réunir une portière à celle qui précède ou au bateau de culée, on fixe, sans trop serrer les portières l’une contre l’autre, les amarres placées aux poupées intérieures a du premier bateau de la portière , aux poupées extérieures d du bateau de la culée ou du dernier bateau de la portière déjà placée ; on ouvre les colliers de guindage , on fait avancer le faux guindage bb , jusqu’à ce que son milieu corresponde à la jonction des portières , on referme le collier, l’on place et l’on serre à coups de masse les coins cc. î«*

Dans cettemanœuvre, il faut mouiller les ancres d’amont assez à temps pour que chaque portière reçoive son cordage d’ancre aussitôt quelle arrive à l’extrémité du pont. On mouille une ancre d*Mral par portière et l’on amarre son cordage à la

180 ESSAI d’une instruction

poupée intérieure de l’arrière du second bateau de chaque portière.

La seconde culée ne s’établit que lorsque la dernière portière est amenée au pont-, on fait asseoir le corps-mort de manière qu’il y ait une distance égale à la longueur des poutrelles de culée depuis le tablier de cette portière jusqu’au madrier mis de champ derrière le corps-mort.

La construction du pont, lorsque les portières ont été préparées en amont, ne peut s’exécuter qu’avec des bateliers exercés à cette manœuvre.

Avant de mettre les portières en mouvement , on place sur le nez de l’avant du second bateau de chaque portière , une ancre prête à être mouillée et dont le cordageest roulé dans le bateau, le bout libre en dessous. On ajoute, par mesure de précaution , une seconde ancre et denx cordages roulés avec soin sur le milieu du tablier.

L'ordre de construire le pont ayant été donné ; le bateau de la première culée chargé des matériaux nécessaires pour cette culée descend à toutes rames, aborde près de l’emplacement de la culée que l'on construit le pins promptement possible , ce. bateau est suivi des nacelles chargées de jeter les ancres d’aval ; les portières, naviguant l’arrière des bateaux en avant, descendent successivement à la rame et se mettent plus ou moins au large selon le rang qu’elles doivent occuper sous le pont ; la première gouverne pour aborder à la hauteur et près du bateau de la culée, les autres pour aborder à hauteur et près du dernier bateau de la portière qui précède.

Lorsque les portières ne sont plus qu’à 5o ou 60 mètres dupont elles mouillent leur ancres et se maintiennent sur le cordage de l’ancre jusqu’à ce que la portière qui précède soit en place; elles se laissent ensuite descendre avec précaution sur le cordage d’ancre, pour aborder à l’extrémité de la partie

déjà assemblée du pont •, on mouille les ancres d’aval au fur à mesure du placement des portières, et l’on construit la seconde culée aussitôt que la dernière portière est placée.

Cette manœuvre sur les courans rapides est extrêmement hardie et ne peut réussir qu’avec des bateliers très-adroits ; car il faut éviter avec soin que les portières ne viennent à se heurter et surtout qu’une portière ne soit entraînée par le courant et jetée sur la partie construite du pont , cet accident pourrait compromettre la manœuvre et faire manquer la construction du pont. L’on ne saurait donner trop d’attention au mouillage des ancres et il vaut mieux jeter l’ancre de la portière un peu loin du pont que trop près, quitte à alouger le cordage avec celui disponible s'il le faut ; car dans ce cas si l’ancre chassait au lieu de prendre dans le fond , on aurait encore le temps avant d’arriver sur le pont de jeter la seconde ancre et d’arrêter la portière. Ou se priverait de celte ressource l’on si mouillait trop tard la première ancre.

Lorsque les portières arrivent d’amont ou d’aval , chargées de troupes de débarquement, il faut aborder à la rive ennemie assez loin de l’cmplacementdu pont, afin de se réserver l’espace nécessaire pour amener les portières sous le pont sans être obligé de les faire remonter le long des rives après le passage, opération qui ferait perdre inutilement du temps.

L’indépendance des portières permet de faire une coupure au pout, soit pour interrompre tout à-coup la communication , soit pour livrer passage aux bateaux qui naviguent ou aux corps ilottans entraînés par le courant et qui menaceraient de rompre le pout.

L’opération d’ôter et de remettre une portière, ou eu terme de l’art d 'ouvrir et de fermer la portière, est des plus facile.

ESSAI l)’üM£ lJiSTBUCTlON

Supposons qu’ou veuille ouvrir la seconde portière et la placer en aval derrière la première. On amarre une ligne à la poupée intérieure du premier bateau de la seconde portière , et l’on porte le bout libre sur le tablier de la première on démarre les traversières de jonction , on chasse à coups de masse les coins qui serrent les colliers de guindage , on enlève les faux guindages. La portière notant plus liéè au pont , on la laisse descendre sur le cordage d’ancre d’ainont en tirant sur le cordage d’ancre d’aval , quand la portière est arrivée en aval du pont on gouverne pour donner à passer vers la première rive , et au moyen de la ligne on conduit la portière derrière et contre la première ; on tend les cordages d’ancre et on amarre les bateaux extrêmes de la seconde portière à ceux de la première.

Pour fermer la portière , on la laisse descendre un peu en filant sur le cordage d'ancre d'amont et sur la ligne , ou donne à passer comme pour gagner la seconde rive, puis l'on se remonte avec précaution sur la ligne et le cordage d'ancre ; lorsque la portière est près d’arriver dans la direction de la coupure, on la redresse et on la met en place à l'aide du cordage d’ ancre d’amont et en se retenant sur les bateaux voisins de la coupure; l’on remet les faux guindages et les traversières de soutien. ,

Toutes les fois qu’un pont construit par bateaux successifs doit rester quelque temps tendu, il est nécessaire pour ne point interrompre la navigation de mettre une portière à l’endroit du thalweg ; le placement de celte portière sous le pont ne donne lieu à aucune difficulté de construction ; on ponte en entier le bateau qui précède la portière, et l’on dispose son guindage et les colliers comme pour le premier bateau de la culéc d’un pont par portière; on amène la portière, on la réunit à ce bateau au moyen des faux guindages et des colliers ; l’on continue aprèsla portière la construction du pont par ba-

, Goosle

teaux successifs , mais le bateau qui suit la portière se relie à celle-ci comme le bateau qui la précède.

Les deux bateaux du pont entre lesquels se trouvent la portière sont fortement ancrés en amont et en aval. Cette mesure est indispensable parce que ces bateaux sont sujets a être touches par les corps fiottans qui passent dans la coupure quand la portière est Ouverte.

Objets composant un pont de bateaux d’équipage construit par portières.

DÉSIGNATION des objets.

Bateaux. ........

Poutrelles

Madriers . . .

h aux guindages

Ancres

Cordages d’ancre

Amarres

Commande de poutrelles Idem de guindages Idem de billots. . .

Billots

Colliers avec coins. . . .

Corps mort

Piquets de corps mort. .

Piquets d’amarrage. . .

Clous de 0“ 12

QUANTITÉ

Page 1