ESSAI l>’l)NE INSTRUCTION
qu'on put se procurer , et il eu fit construire un grand nombre d’autres.
Les navires destinés au pont furent accouplés deux à deux par leur arrière pour ne former tpi’ un seul corps de support d’une grande longueur afin de pouvoir établir une chaussée très large. On fixa les navires par des ancres et on les lia les uns aux autres par de fortes poutres sur lesquelles on construisit un chemin en dalles semblable à la voie appienne. Ou fil couler sur' ce pont des foutaiues d’eau douce, et l’on éleva de distance en distance de grandes salles où l'on porta des rafraîclfissemens. t
L'armée romaine était rangée en haie de chaque côté du pont lorsque Caligula le traversa. Après son passage il fit distribuer des gratifications aux &oldats. Le reste du jour et de la nuit sc passèrent en festins. Le pont entier, la flotte qui l’environnait, le demi-cercle que forme le rivage entre Bayes et Pouzzole, furent éclairés d’une multitude de flambeaux; leur lumière réfléchie par les eaux répandit tant d’éclat quelle égalait presque celle du jour.
Ce pont, après avoir été pendant deux jours seulement le théâtre des folies de Caligula fut démoli.
Poul jeté sur l’Escaut, en 1535, par les Espagnols.
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Les Espagnols assiégeaient Anvers en 1585 , et quoiqu’ils fussent maîtres des deux rives de l’Escaut qui baigne les murs de cette ville, ils ne pouvaient que très difficilement empêcher les Flamands de communiquer avec la Hollande et d’en recevoir de puissans secours.
Le prince Alexandre Farnèse qui commandait les Espa-
guuls , résolut pour mieux cerner la ville de fermer l'Escaut par un pont. 11 le fit jeter au dessous de la -ville d’Anvers entre le fort Stc. -Marie sur la rive gauche, et le fort St.- Philippe sur la rive droite. La largeur de l’Escaut en cet endroit était de 400 toises environ, et la plus grande profondeur de 10 toises à marée basse, et de 12 toises à marée haute.
Les ingénieurs Plato et Baroccio, chargés de la construction de ce pont, le Grent commencer eu même temps par les deux rives ; on l’établit sur pilotis, tant que le permit la profondeur de la rivière. On laissa alternativement entre les palées composées chacune de trois pilots espacés de cinq pieds , un intervalle de 11 et de 13 pieds. Dans la direction de chaque palée et à 20 pieds en amont et en aval , on planta une rangée d’autres pilots*, ces pilots faisant office de briseglaces étaient reliés à la palée, pour en augmenter la force nar des moises en écharpes. Dans le milieu de l’ouvcrtur de chaque travée et à 5 pieds du pont en amont et en aval , on mit encore d’autres pilots dont les têtes étaient à fleur d’eau; des poutres partant du haut des palées, aboutissaient à ces pilots; elles arc-boutaient ainsi ces palées , et les consolidaient. -•
La partie en pilotis qui partait du fond Stc-Marie avait environ 30 toises de longueur, et celle de la rive opposée 150 toises. Ces deux parties du pont étaient terminées chacune par un fortin de 40 pieds de largeur sur 52 pieds de longueur établi sur 12 pilots de 70 pieds de long.
L’ouverture de 220 toises environ qui restait entre les deux parties eu pilotis fut pontée avec trente-deux bateaux également espacés entre eux. On mit en traversière des chaînes et de forts câbles , chaque bateau était ancré en amont et en aval. Ces bateaux avaient soixaute-six pieds de
. ESSAI ü’cNfc 1NSTKÜCTION-
longueur sur douze de largeur. On. avait été obligé, pour amener une partie de ces bateaux de Gand à l’emplacement dn pont , de creuser un canal de Steecken à Caloo , afin d’éviter de les faire passer devant la ville d’Anvers.
Le tablier de ce pont avait douze pieds de largeur, il était formé de poutres allant d’un corps de support à l’autre , que l’on recouvrit de madriers» On éleva de chaque côté du tablier un parapet crénelé en planches de chêne de cinq pieds de hauteur.
Ou ne négligea aucune mesure de précaution pour mettre ce pont à l'abri des tentatives de l’ennemi. Les fortins furent armés de pièces d’artillerie , on mit dans chaque bateau de pont trente hommes de garde et deux pièces de canon ; l’on comptait en tout près de cent pièces d’artillerie de tout calibre tant dans les bateaux que .sur le pont.
On couvrit du côté de la ville , le pont , dans toute son étendue, de trente trois petits bàtimcns. Ces bàtimens étaient réunis trois par trois au moyeu de grands mâts et de poutrelles. Les onze parties ancrées en avant du pont présentaient à l’ennemi de longues poutres terminées par des pointes eu fer. Quarante navires armés étaient toujours prêts à repousser les sorties des Flamands , et à détourner de dessus le pont les brûlots qu’ils auraient eu dessein de lancer poulie détruire.
Nous donnerons , à l’article de la destruction des ponts , la description des machines incendiaires dont les Flamands se servirent contre ce pont.
Ponls da bateaux jetés par les Russes en 1157 et 1759 (i).
Les Russes , eu 1737-, jetèrent à Perevvoletsclina sur le Dnieper, dont la largeur était de 500 toises , un pont de 1 28 bateaux ; ils construisirent un autre pont de 95 toises de long sur le Bog à Ziczaeleya 5 en 1739 , ils parvinrent à jeter un pont sur le Dnieper , quoique cette rivière fût débordée et couvrît une étendue de deux licites de pays.
Pont <lo bateaux Jeté près de l'embouchure de l'Adour, par les Anglais en 1814 (2).
Le pont , jeté par les Anglais en 1814, au-desSous de Bayonne, près de l’embouchure de l’Adour, et qu’ils citent avec tant de vanité et de complaisance, et poijr ainsi dire, comme le nec plus ultra de l’art, a cependant été construit de la alcine manière que les ponts de Xcrxès sur l’IIellespout. Rapprochement. singulier qui diminue beaucoup le mérite historique du pont des Anglais y surtout si l’on lient
(1) Elirait du Manuel du pontonnier, par Hoyer.
(ij Voyez pour plurde détails, l'Essai sur les ponls militaires pftr le général Douglas , traduit par 11. Vaillant. -,
370 ESSAI l>’llNE INSTKUCTICN
compte dê la différence des époques et des difficultés bien autrement grandes que les Perses eurent à surmonter pour l'établissement de ponts composés de 360 et de 314 navires , tandis que les Anglais n'employèrent que 22 chasseraarées.
L’ Ad our , depuis Bayonne jusqu’à la mer, est encaissé entre deux digues en maçonnerie; dp côté de la rive gauche le sol sablonneux arrasait le sommet delà digue ; sur la rive droite le terrain naturel en arrière delà digue était de 4 mètres plus bas que le sommet de la maçonnerie , et la marée haute le recouvrait de 2 mètres d’eau.
La passe pour sortir de l’Adotir était en 1814 presque parallèle à la côte , et la barre mouvante qui obstrue l’entrée de la rivière , formait pour ainsi dire une traverse qui rompait les lames venant de la mer, ce qui diminuait par conséquent l’agitation des eaux dans la rivière et favorisait l’établissement du pont.
Les Anglais construisirent leur pont aux deux tiers environ de la longueur des digues en maçonnerie , en Comptant à partirde Bayonne. L’Adeur avait en cet endroit 2 47 mètres de largeur. Le pont fut composé de vingt-deux chasse-marées ou petits navires d’environ 15 mètres de longueur sur 4 à 5 de largeur. Ces bàtimens espacés' de milieu à milieu de 11 à 12 mètres, étaient ancrés en amont et en aval , et ils étaient reliés les uns aux autres par des traversières.
Au lieu de poutrelles du tablier on mit cinq câbles de 325 millimètres de tour, qu’on recouvrit de madriers de 4 mètres de longueur sur 24 centimètres de largeur et 8 d’épaisseur; les madriers étaient fixés de chaque côté du tablier sur les câbles extrêmes par deux cordages de 10 à. 12 millimétrés de diamètre qui passaient alternativement par dessus
et par dessous chaque madrier, de manière à embrasser le câble extrême entre chaque» jonction de madrier.
C’est dans le port de Socoa que l’on rassembla tous les matériaux nécessaires pour ce pont- On nivela les plats-bords et le pont de chaque navire , et Ton plaça dans le milieu de sa largeur un dormant ayant cinq entailles pour recevoir les câbles du tablier. Les madriers étaient répartis sur les chassemarées ; ceux de ces navires qui devaient se trouver au milieu du pont, portaient les câbles qui furent roulés de manière que leurs deux bouts puissent être portés en même temps vers les rives, .
Les cinq câbles du pont étâient solidement amarrés1 sur les deux rives j.sur la rive gauche à des palans et à des cabestans attachés à une espèce de plate-forme placée eu arrière de la digue , dans une fosse d’un mètre "de profondeur et recouverte de sacs à terre ; sur la cive droite à de fortes ancrés dont unedes pattes était dans le.sable , en arrière de la digue. Pour que ces ancres ne fussent par soulevées, on avait établi sur leurs verges un lit de poutrelles que l’on chargea de grosses pierres 5 on avait en outre attaché à Porganueau de chaque ancre un canon en fonte dn calibre de 18.
On eut l’attention de recouvrir de peaux fraîches les parties des câbles qui posaient sur la maçonnerie, pour les garantir des effets du frottement. Ou tendit les câbles au moyen des palans et des cabestans de la rive gauche.. On fit une rampe en pilotis pour raccorder le terrain en arrière de la digue de la rive droite avec le haut de la maçonnerie.
' Le tablier formait pap sa différence de hauteur avec les digues , des rampes très raides , surtout à marée basse , et que l’artillerie ne pouvait franchir qu’à l’aide d’un grand nombre de chevaux qui tiraient de terre.
Ce pont resta tendu peudant plus de deux mois, et ne souf-
272 ESSAI SDK LE PASSAGE DES BIVIÉRES.
frit aucun dommage considérable des tempêtes qui -sont fréquentes dans le golfe de lîyseaye, et dont la violence fut extraordinaire, au printemps de 1814. .
Des estacades (louantes protégeaient ce pont contre les ~ attaques des Français ; la plus rapprochée en amont du port était composée de deux rangées parallèles de grands mâts , distante l’une de l’autre de six mètres et barrant la rivière, dans toute sa largeur. Ces deux lignes étaient liées l’une à l’autre par des chaînes placées de distance en distance. Les mâts decette estacade avaient de 1 5 à 30 mètres de longueur, et 30 à 50 centimètres de diamètre; on avait ancré chaque arbre séparément^ et les cordages d’ancre étaient amarrés à des anneaux fixés au milieu de là longueur des mâts ; les ancres de la première ligne fùrent mouillées en amont, celles de la seconde en aval. Les mâts de chaque ligne étaient réunis les uns à la suite des autres par des chaînes de trois mètres de longueur ; aux pleins d’une ligne correspondaient les vides de l’autre
Deux forts cordages de 30 centimètres de diamètre , tendus au travers delà rivière, en amont de la ligne des arbres, formaient une première estacade ; les cordages étaient soutenus de distance en distance par de légers corps flollaus.
■ Quatre chaloupes canonnières se trouvaient en avant des estacades dans le milieu de la rivière. Des nacelles armées de grappins étaient constamment prêtes à s’ élancer sur les corps ilottans oti machines incendiaires que les Français auraient tenté de- lancer contre le'pout ou la flotte : pendant la nuit ces nacelles allaient et venaient constamment d’une rive à l’autre. Enfin on avait placé sur chaque rive une batterie attelée et mobile de trois pièces , du calibre de 18.
ESSAI Slïn LE PASSAGE DES ^'lTlbUbS.