CHAPITRE X
Ponts de cordages (t).
L’usage des ponts suspendus faits avec des cordages ou avec des chaînes de fer est fort ancien. On en a trouvé dans plusieurs contrées de l’Amérique du sud, des Grandes-Indes et de la Chine; leur plancher se posait immédiatement sur des cordages ou sur des chaînes.
En 1569, pendant les guerres civiles de France, l’amiral de Coligni fit jeter un pont de'cordages sur le Claiu, lors du siège de Poitiers.
En 1592, Joyeuse fit tendre sur le Tarn un pont de cordages pour le siège de Villemur. Les'assiégeants ayant été attaqués et mis en déroute, gagnèrent le pont en loule, et le surchargèrent tellement qu’il se rompit ; Joyeuse et tous ceux qui se trouvaient avec lui sur le pont furent engloutis.
Henri, prince d’Orange, se servit aussi de ponts de cordages en 1631 , dans ses entreprises çontre Gand et Bruges.
(1) Ce chapitre est extrait en partie de l'article ponts de conltiges du cours inédit sur le passage des rivières et la construction des ponts militaires. ( Voyez la préface, première livraison.)
On en fit encore usage en Italie dans la guerre de 1742.
Faustus Vercnlius , dans un ouvrage que l'on croit écrit en 1625, donne la description de ponts suspendus, en entrant dans le détail du cas où le plancher est établi immédiatement sur les chaînes, et de celui où il est suspendu à des chaînes par des ordonnées verticales. Toutes les descri (liions que cet auteur rapporte ne dillérenl en rien de celles des ponts les plus importants construits dans les États-Unis et en Angleterre. Il donne même le dessin et la description d’un pont de cordages portatif pour les armées. Ce pont est formé de deux cinquenelles tendues parallèlement en travers de la rivière et attachées à îles poteaux élevés ; un tablier horizontal est suspendu au moyen d’ordonnées verticales qui passentdans les pouliesfixées aux cinquenelles. Les poulies donnentla facilité de remonter le tablier à mesure qu’il s’abaisse par l’effet de l’allongement des cordages.
U n’était resté aucune description des ponts de cordages dont on avait faif'usage aux armées, lorsque les Français voulurent essayer de les employer de nouveau dans les guerres de 1792. Le pont de cordages décrit dans l’ Aide-mémoire du général Gassendi est le résultat de quelques épreuvesfaites à cette époque pour déterminer leur construction..
Pour établir ce pont, on tende!’ un bord à l’autre de la rivière deux cinquenelles parallèles à 3m.25 l’une de l’autre. On élève à chaque bout les cinquenelles sur des espèces de chèvres ou de chevalets ayant trois ou quatre pieds, et on les tend en arrière des chevalets avec des cabestans. De chaque côté, près du bord de l’eau , on place un chevalet ordinaire. A 3"\25 d’un de ces chevalets, et de 3". 25 en 3".25 jusqua l’autre , on suspend aux
cinquenelles des traverses de 3 ». 57 de longueur sur 0“»108 d’équarrissage, ail moyen d’ordonnées verticales qui-passent dans des poulies fixées aux cinquenelles, et dans d’autres attachées aux bouts des traverses. Sur les chapeaux de chevalets et sur les traverses on’ fait passer six cordages d’ancres parallèles que l’on tend avec des cabestans placés en arrière des chevalets à chapeau. Enfin, on couvre ces cordages avec des madriers de 3”.57 de longueur sur 5rs millimètres d’épaisseur. Les madriers portent un piton sur chaque bout ; on passe dans ces pitons deux cordages d’environ 15 millimètres de diamètre pour assujettir les madriers. Des rampes formées de poutrelles et île madriers recouvrent les cabestans et raccordent les chapeaux de chevalets avec le terrain.
11 est dit dans l'^ide-mémoire que l’on rendrait le tablier plus solide et plus uni en plaçant , entre les cordages d’ancre, des poutrelles qui seraient supportées paT les traverses et sur lesquelles on poserait les madriers.
En 1810, les Anglais ont jelé un pont de cdrdage sur une arche rompue du pont en pierre d’Alcaritara sur le Tage. Us eurent recours à cette manière de rétablir le passage, parce qu’ils se trouvèrent dans l’impossibilité de se procurer des bois ayant d’assez fortes dimensions pour réparer l’arche rompue par un des moyens ordinairement employés en pareille circonstance.
Ce pont, jeté sur une brèche de 30 mètres de longueur, était construit delà manière suivante. Deux cinquenelles d’environ un décimètre de diamètre, tendues parallèlement, étaient attachées par leurs bouts h deux corps morts' placés dans des tranchées en arriéré des bords de la brèche; sur les deux cinquenelles on avait étendu une espèce de Glet à grandes mailles, fait avec des cordages de
Sim LE PASSAGE DES RIVIÈRES. 319
3 Centimètres de diamètre ; à chaque extrémité de ce fi'ct était une pièce de bois. On attachait à ces pièces et aux ■>
corps morts des palans , au moyen desquels on tendait fortement le filél. Des traverses, d’environ 13 centimètres d'équarrissage* étaient attachées à 3”. 30 l'une de l’autre, sur le filet et sur les cinquenelles avec de fortes ficelles La partie supérieure des traverses était entaillée pour recevoir onze ou douze systèmes de petites poutrelles ; on avait fait, à la partie inférieure des traverses, de petites coches dans lesquelles on fixait les cinquenelles et les brins du filet. Les poutrelles avaient 3.50 de longueur sur environ 5 centimètres de largeur, et 14 centimètres de hauteur. Elles étaient percées à chaque bout de trois trous ; le premier à un décimètre de l’exlrémiilé ; les deux autres à 15 centimètres l’une de l’autre et du premier. Ces poutrelles étaient assemblées en file, au moyen de boulons à écrous. Chaque file formait une espèce de chaîne,' dont les chaînons étaient alternativement composés d une poutrelle et deux poutrelles parallèles ; les bouts des poutrelles simples s’engageaient plus ou moins entre les bouts des poutrelles doubles, au moyen des divers trous de ces bouts, 'de manière à faire correspondre les boulons d’assemblage aux traverses. Chaque intervalle entre les traverses’était alternativement recouvert de poutrelles simples et de poutrelles doubles. Les madriers qui couvraient les poutrelles avaient 3,n.50 de longueur sur 4 centimètres d’-épaUseur. Ils étaient assujettis par deux menus cordages qui passaient dans des entailles faites aux côtés des bouts des madriers. En dehors des madriers , sûr les bouts des traverses, on avait tendu de chaque côté une bandé de toile goudronnée pour empêcher que les hommês et les animaux ne fussent effrayés par la vue de J’eau, au-dessus
320 essai d’cne instruction
tle laquelle le pont avait une grande élévation. Enfin , des poulies attachées aux extrémités des traverses qui se trouvaient à peu près au tiers de la longueur du pont , à partir de chaque extrémité , servaient à tendre des cordages arrêtés à la partie inférieure des piles du pont. Ces cordages avaient pour objet d’empêcher le balancement du tablier.
Ce pont, qui fut tendu plusieurs fois, servit pendant environ un mois au passage de l’armée anglaise, sans éprouver aucun accident.
Vers la fin de 1810, à l’armée française de Portugal, M. le général Tirlet fit construire pour essai. un pont de cordages près de Punhèté, sur un ravin de 26. mètres de largeur.
On tendit d’une rive à l’autre six cordages de 35 millimètres de diamètre , distants entre eux de kk centimètres; ils étaient amarrés sur la rive gauche à un corps mort cylindrique de k mètres de longueur sur 22 centimètres de diamètre, arrêté par deux troncs d’arbres et par de forts piquets ; les cordages embrassaient 6ur la rive droite un corps mort semblable-, puis ils étaient ramenés sur la rive gauche , où l’on ficelait ensemble les deux brins de chaque cordage, après les avoir tendus avec un palan. On établit sous les cordages quatre traverses de 8 centimètres de diamètre, également espacées entre elles, et attachées aux cordages avec- de la ficelle. Des cordages de 35 millimètres de diamètre partaient de chaque extrémité des traverses , et allaient en se croisant s’attacher à des piquets plantés sur la rive. On couvrit ensuite les cordages avec des- madriers de 3 mètres de longueur, et on les assura par des guindages d’environ un décimètre d’équarrissage, que l’on brêla de 13 en 13 décimètres.
StR LE PASSAGE DES RIVIÈRES. 321
Le pont ainsi construit pouvait servir au passage de l’infanterie ; pour le rendre capable de supporter de l’artillerie, on établit sur chaque bord du ravin une potence de 5 mètres de hauteur, maintenue par des haubans attachés en arrière à des piquets , et par d’autres haubans fixés aux bouts de la traverse la plus rapprochée de la potence. Chaque potence portait à sa partie supérieure deux poulies, sur lesquelles passaient deux cinquenelles de 40 à 45 millimètres de diamètre , arrêtées par leur bout à des points d’amarrage et tendus avec des palans ; huit ordonnées verticales, de 35 millimètres de diamètre, embrassaient des poulies suspendues aux deux cinquenelles, et venaient s’attacher aux traverses du tablier, qui était ainsi soutenu par les cinquenelles.
On fit passer sur ce pont une pièce de 8 attelée de 4 chevaux. Il resta tendu pendant deux ou trois mois, mais il ne servit qu’au passage d’hommes isolés.
En 1820 on a jeté sur la Scarpe , à Douai , un pont de cordages ayant 26 mètres de longueur. Ce pont, proposé par M. le capitaine d’artillerie Robert, et qui ne diffère du précédent que par quelques améliorations de détails, a résisté au passage d’une pièce de 8 tirée par des hommes.
En i823 , un pont de cordages, proposé par M. Labatie, capitaine d’artillerie, a été éprouvé à Lafère.
Les madriers de ce pont reposaient sur douze cordages de 27 millimètres de diamètre, fortement tendus avec des cabestans , et amarrés à chaque rive à une pièce de bois , fixée par des couronnes à une autre pièce qui était placée plus en arrière , dans une excavation , et couverte par des madriers chargés de terre. Des traverses ayant 5 mètres de longueur sur 13 centimètres d’équarrissage étaient placées sous les cordages à ln,.60 l’une de l’autre, de mi* (Tome I, 2e Liv.) . 21
322 essai d’une instruction
lieu à milieu , et suspendues par leurs bouts à des cinqueuelles. Quatre montants verticaux arc-boutcs soutenaient les cinqucnelles , qui s'appuyaient sur & poulies à double gorge fixées à la partie supérieure des montants, à 5 mètres au-dessus du sol. Les deux montants de chaque culée étaient réunis par une traverse placée un peu au-dessous des poulies, et par une sole mise sous le bas des montants. Il y avait quatre cinquenetles , dont deux accouplées de chaque côté. Elles étaient tendues avec des cabestans, assujettis au^moven de couronnes sur des plates-formes établies dans des fosses et chargées de terre. Les ordonnées verticales, qui suspendaient les traverses aux cinqueneiles, avaient environ 15 millimètres de diamètre; elles étaient à deux brins. onaii ■
Par dessous les douze cordages qui supportaient les madriers, on avait fait passer deux cordages de 4 centimètres de diamètre , qui se croisaient en passant dans des poulies de renvoi fixées aux extrémités des deux traverses du milieu. Ces croisières avaient pour but de diminuer le balancement latéral que prend le tablier lorsqu’il passe de l’infanterie ou de la cavalerie sur le pont. Enfin , deux cordages tendus sur les madriers an-dessus des cordages extrêmes du tablier étaient liés de distance en distance à- ces derniers, et tenaient lieu de guindagest Le tablier du pont n’était pas horizontal, mais courbé en voûte, c’est-à-dire, que le milieu était plus élevé que les culées ■.‘‘il ne devenait horizontal que sous la charge de fardeaux considérables. Cette courbure donnée aux douze cordages du tablier, après qu’ils avaient été fortement tendus en ligne droite, augmentait la tension des cioquenelles et leur procurait une partie de rallongement dont elles étaient susceptibles , eri sorte que le pont s’a* 1£ - (.vi J - , î îi.'uTt
baissait beaucoup moins lorsqu’il supportait des fardeaux qu’il ne serait abaissé si on lavait tendu en ligne droite.
Ce pont a été plusieurs fois établi , d’abord sur terre et ensuite sur un bras de l’Oise , dont la largeur était de 30 mètres. Il a parfaitement résisté au passage de l’infanterie par sections de six files , serrée en masse , et à celui de la cavalerie et de l’artillerie de campagne (4). Enfin, on plaça deux files de madriers sous ceux du tablier, et portant sur les traverses aux endroits qui correspondent aux roues des voitures, et l’on fit ensuite passer une pièce de 24 tirée par 40 hommes.
Avant de rapporter le résultat des expériences faites à Strasbourg en 1824 et 1825, pour déterminer le meilleur système de construction des ponts de cordages , il est nécessaire d’examiner quelle est l’util ité de ce genre de communications. Si l’on considère que les armées françaises ont parcouru presque toute l’Europe dans les dernières guerres sans faire usage de ponts suspendus , on sera convaincu que ces ponts ne sont pas indispensables. On né peut guère leur donner plus de 30 à 40 mètres de longueur (2); cequi restreint beaucoup leur emploi. Les con
' fl) Le tablier- n’est jamais parvenu à l'horizontale, soit tous l'infanterie ou les pièces de I2etde 16 de siège accumulées sur le pont, c’està-dire que les cordages du tabliez u'ont eu Tien à porter, mais qu'au contraire1 ils ont toujours pressé un peu les cinquenelles.
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Note de M. le capitaine Labatie.
(2) On peut facilement leur donner de 50 à 60 mètres de longueur, de manière à pouvoir remplacer deux arches contiguës rompues de la plupart des ponts en pierre. •
•j. ' ( . Note de M. le capitaine Labatie.
3Î4. essai d’ure instruction
dages se détériorent si promptement que l’on u en formera jamais des ponts durables ou qui méritent une grande confiance. Mais il est des circonstances où ces ponts serviront avantageusement dans des opérations militaires ; il est même des cas où tout autre moyen de passage ne peut être employé : comme lorsqu il s’agit d'établir à la hâte une communication sur un ravin escarpé et profond , sur un torrent impétueux, sur une rivière qui charrie des glaces au moment de sa débâcle ; enfin sur une arche rompue d’un pont trè9-élevé au-dessus de l’eau. Les ponts de cordages seraient d’un grand secours dans de telles conjonctures, si toutefois les localités n’exigeaient point qu’on leur donnât plus de 40 mètres environ de longueur.
Ainsi, des équipages de ponts de cordages serviraient très-rarement, quoiqu’il pût se rencontrer quelques circonstances où on les emploierait avec avantage. Il serait d’ailleurs tout à fait inutile (1) d’embarrasser lesarmées d’équipages spécialement destinés aux ponts suspendus, puisque les équipages de ponts de bateaux renferment tous les éléments nécessaires aux ponts de cordages.
Sans entrer dans le détail des nombreux essais faits à Strasbourg pour déterminer le système de construction
(1)Ce serait en effet très inutile, car on trouvera toujours ce qu’il faut sur les lieux , en tant qu'il s'agisse de réparer des arches rompues, les ponts en pierre étant fresque toujours prés d'endroits habités qui offriront des ressources en cordages. Cependant, si, à l’ouverture d'nue campagne, on présume devoir souvent se servir de ponts suspendus, on pourrait porter simplement des chaînes en fer qui ne chargeraient qu'une voiture. Avec des chaînes ou tend plus facilement le pont et l'on est plus sûr de leur résistance lorsqu'elles out été éprouvées. On n'aarart besoin pour les tendre ni de palans, ni de cabestans, ni de poulies.
Note de M. le capitaine Labatie.
et la manœuvre d'un pont de cordages , on va donner la description du pont qui est le résultat de ces essais. Tous les bois et les cordages dont il est composé font partie de l’équipage de pont de bateaux de campagne.
Les madriers a du pont (PI. 7, tig. 18) reposent sur cinq iiles de poutrelles b , soutenues par d’autres poutrelles ou trases c équidistantes, qui sont suspendues au moyen d’ordonnées verticales d à deux doubles cinquenelles e situées dans des plans verticaux passant un peu en dehors des extrémités des madriers. La figure 19 indique comment les ordonnées sont fixées aux cinquenelles et aux traverses. Les traverses c sont en nombre paire, en sorte que le milieu de la longueur du pont correspond au milieu de l’intervalle entre les deux traverses c'; ces deux traverses c du milieu portent des poulies sous leurs bouts, et sont assemblées par deux bouts de poutrelles qui maintiennent leur écartement; il en résulte un châssis dont les deux traverses sont les côtés. Les poutrelles sont brelées sur les traverses avec des commandes de poutrelles; les ordonnées sont composées des mêmes commandes en nombre suffisant pour que chaque ordonnée ait six brins.
Les cinquenelles sont supportées sur chaque rive par une potence (fig. 20) composée de deux montants c, ayant 4m,20 de hauteur, élevés sur une sole a, et maintenus par des arcs-boutants d et e, et par des moises horizontales f fixées à 7 décimètres de l’extrémité supérieure des montants. Chaque montant est composé , dans sa largeur, de trois poutrelles assemblées par des boulons 2 ; les poutrelles extrêmes sont couvertes dans le haut d’une coifiê en fer 1 ; la poutrelle intérieure se termine à 57 centimètres du haut des pièces extérieures; ce qui forme dans le haut de chaque montant un enfourclicmcul qui reçoit
deux poulies en bois i, tournant sur un même axe en fer 3, de 54 millimètres de diamètre. Ces poulies, dont le dessus est élevé de k mètres au-dessus de la sole , supportent les deux cinquenelles accouplées de chaque côté; chacune de ces cinquenelles pose sur une poulie séparée, afin que Ton ait la faculté de retendre séparément l’un ou l’autre de ces cordages* lorsqu ils prennent un allongement inégal : cette opération serait impossible si les deux cinquenelles accouplées posaient sur une seule poulie à double gorge. On pose les semelles b de la potence sur des boutis de madriers g ; des taquets h permettent de monter sur le haut de la potence.
Les cinquenelles sont amarrées eu arrière des potences à des couronnes de cordages a. ( fig. 21 ) attachées à quatre plates-formes enterrées ; ces plates-formes sont composées de traverses m placées parallèlement à la sole des potences; de grands gîtes h réunis à de petits gîtes l mis sur les traverses perpendiculairement à. leur longueur * de bouts de madriers n en travers sur les gîtes , et enfin de madriers o placés en travers sur les bouts de madriers.
Les plates-formes sont couvertes d’environ 66 centimètres de hauteur de terre. Leur éloignement des £o- , tences est réglé de manière que les cinquenelles fassent en avant et en arrière des montants le même angle avec ces montants ; afin que la charge du pdnt tende à écraser les montants et non point à les renverser. • ',/!)
Les cinquenelles , attachées en o (fig. 18 ) sur les deux côtés du châssis qui est au milieu de la longueur du tablier, Sont tendus avec des palans P , de manière que le pont, supposé d’environ 30 mètres de longueur, soit courbé en voûte d’un mètre de flèche lorsqu’il n’est chargé d’aucun fardeau. y i - cvjmi'.i:
SU B LE PASSAGE DES niy 1ÈRE». 337
Deux faisceaux^ à six brins chacun , com|K>sés tleçorilqges d’ancres, entourés en hélice par des lignes de lin- Iage , passent en dehors des montants de potence et sous les traverses c du tablier; ils sont amarrés «aux platesformes des culées, et fortement tendus avec des palans. Les faisceaux qui servent d'abord à mettre Le pont en place ont pour objet de partager avec les cinquenelles le poids des fardeaux assez lourds pour faire abaisser le tablier au-dessous du niveau des culées. Ils empêchent d’ailleurs la chute du pont , si |»ar accident les cinqueuelles d'un des côtés ou même celles des deux côtés viennent à se rompre (1).
<1 ) Les faisceaux ne peuvent être tendus proportionnellemerU à la force qu'ils présentent, t est u dire qu'avec les moyens que l'on a, on ne pourrait donner à chacun des faisceaux une plus forte tension qu i chacun des six cordages d'îmcrc dont U est composé; il rés alto de U que si les cinquenelles venaient à être surchargés et s allongeassent, les faisceaux ne les soulageraient sensiblement qu'après avoir pris une grande courbure , rirais sûrement alors les einqueuelles rompraient Mais au lieu de mettre ces cordages sous le tablier, riiettous les douze cordages qui les composent au dessus des traverses, nous pourrons ten • dre chacun d eux aussi facilement que l'étaient les faisceaux , et ils présenteront ensemble une tension douze fois plus grande , et par conséquent ils pourront soulager beaucoup plus les cinquenelles lorsque le tablier passera au-dessous de l'horizontale; de plus, ces cordages avec deux autres pour brêler les madriers, suppléeront à quaraute-buit poutrelles de tablier et de guindage, présentant un poids de 48UO livres dont le pont sera soulagé. C’est ainsi qu’était construit le. pont que j'ai fait faire à Lafére. Cette construction présente cet autre avantage que le pont est beaucoup plus hicile à établir, puisque la carcasse a transporter sur le faux tablier, ne se composant plus que des cinquenelles et «les traverses, est beaucoup plus légère et plus facile à manier. Le faux tablier (j’appelle ainsi les deux cordages sur lesquels ou fait passer la carcasse) était composé, à Lafére, de deux cordages djaburd tendus en ligne droite et que l'on mettait en croisières après la suspension du tablier, i: On fera observer en outre que les douze cordages étant attachés aune pièce de bois (qui peut être considérée comme une seconde culée) indé-
Deux cordages d’ancres g passent dans les poulies fixées sous les bouts des côtés e du châssis, et vont en se croisant entre les traverses et les faisceaux s’amarrer aux plates-formes des culées. Ces croisières, tendues avec des palans, sont destinées à diminuer le balancement du tablier. Au lieu de les amarrer aux plates-formes, comme on est obligé de le faire lorsque le pont de cordages est jeté sur une arche rompue, on les amarrera sur les rives en amont et en aval des culées quand les localités le permettront.
Les madriers sont assujettis par des poutrelles de guindages Je, qui correspondent aux poutrelles extrêmes du tablier. La voie du pont est la même que celle du pont de bateaux d’équipage.
Les poutrelles du tablier , accouplées sur deux traverses et fortement brelées à tous les endroits où elles croisent sur les traverses , donnent au pont beaucoup de force pour résister au balancement latéral. Le tablier ne peut prendre le mouvement ondulatoire, qui, dans les ponts où les madriers reposent sur des cordages, dérange les madriers et les fait monter l’un sur l’autre (2).
pendante des plates-formes où sont attachées les cinqnenelles , la construction offre plus de garantie; car il serait possible qu'en établissant le pont de cordages sur un pont en pierres où il n'y a ordinairement que 12 à 15 centimètres de forme de sable, on ne trouvât dans cette forme de sable qu'une résistance à peu près suffisante à l'entrainement horizontal des culées, et de plus il serait possible que par un vice de construction provenant d'un défaut d'intelligence ou de prévoyance, les culces vinssent à manquer, alors les cinqnenelles et les faisceaux attachés aux memes plates-formes porteraient au même instant. Sans doute la construction des culées est, dans ce cas, un peu plus corapliquée, mais la construction du pont ne demande pas plus de temps.
Note de M. le capitaine Labatie-
(2) Les cordages au lieu de poutrelles pour poser les madriers atteignent parfaitement le but proposé A Lafère, une pièce de 16 et cinq à
Telles sont les diverses parties qui composent un pont de cordages tendus, avec les matériaux seuls de l’équipage de pont de campagne ; mais il sera facile , toutes les fois qu’on pourra tirer parti des ressources qu’offre le tliéàtre de la guerre, d’améliorer et de simplifier cette construction.
De toutes les épreuves que l’on a fait subir à un pont de cordages de 29 mètres, construit comme on vient de l'expliquer, et avec les matériaux de l’équipage de pont, on ne rapportera que les suivantes :
On a fait passer sur le pont 100 pontonniers avec armes et bagages, ils étaient suivis de 50 canonniers achevai, tenant leurs chevaux par la bride. Les pontonniers, sur trois de front , se trouvaient tous à la fois sur le pont, qui prenait un balancement assez fort quand les hommes se mettaient involontairement au pas ; le mouvement était peu considérable lorsqu’ils rompaient bien le pas. Les cavaliers marchaient sur deux de front, se suivant à quelques mètres de distance, de manière quil n’y eût que douze chevaux à la fois sur le pont ; on les faisait arrêter lorsque Je balancement devenait inquiétant : les 50 cavaliers ont passé en 3 minutes. Les deux détachements ont traversé
six pièces de 12 attelées de six chevaux, ont passé dix fois consécutives sur le tablier sans qu'il se manifestât entre les traverses aucun creux sensible ni même visible, et sans que, sous ce rapport, il parût que ces voitures eussent pissé. La pièce de 24 seule donna des creux, mais on mit à l'endroit des roues deux files de madriers entre les cordages, et le même effet ne se reproduisit plus.
Qand on fit passer ces voitures , il gelait et le tablier était très-glissant , et cependant il n'y eut pas à regretter le moins du monde que l'on n'eût pas de poutrelles pour guindage.
Note de M. le capitaine Labatie.
330 ESSAI d'u^E INSTRUCTION
vingt fois le pont; ces passages réitérés, qui or^t duré une heure, équi valen t à cel ui de 2,000 fan tassi ns et de 1 ,000 cavaliers: ils n’ont fait éprouver aucun accident ni déran-, gement au pont. 11 est à remarquer que les 50 chevaux , qui mettaient d’abord trois minutes à passer le pont, ont fini par le traverser en moins de deux minutes, et avec uue grande assurance. '
Quatre pièces de 12 , attelées de six chevaux, ont passé vingt-cinq fois; elles sc suivaient d’assez près ppur qu’il y en eût deux à la fois sur le pont. Ces passages, qui reviennent, à celui de 100 pièces, ont duré une heure sans produire aucun dérangement dans les parties du pont.
Une pièce de 16 et une de 24 sur porte-corps , attelées chacune de six chevaux , oui passé quatre fois , sans faire beaucoup fléchir le tablier, et sans occasionner aucun accident.
Enfin, on a fait passer une pièce de 16 tirée par des liommes ; aussitôt qu’elle a été entièrement engagée sur le pont, on a détaché tout à coup un des bouts de la double cinquenelle de suspension d’un des côtés ; le côté correspondant du tablier s’est abaissé, n’étant plus soutenu que par le faisceau; néanmoins la pièce n’a pas versé, et elle a affranchi sans accident le reste du pont.
On a observé dans dillérentcs épreuves que le pont ne prend aucun balancement lorsque l’infanterie le traverse au pas de course.
Il ne reste plus qu’à déterminer les relations qui doivent exister entre les dimensions des diverses parties du pont , et quels sont les elïorts qui s’exercent aux diirércnts points du système.
M. le capitaine Labalie a déduit des propriétés du polygone funiculaire les résultats suivants, qu’il importe de connaître.
Les deux doubles cinquenelles supportent chacune la moitié de la charge du pont. On supposera pour simplifier les raisonnements quelles sont remplacées par une cinquenelle unique qui supporte tout le pont.
Soit amnini'm"', etc., fig. 5, une. partie «lu polygone funiculaire dont le côté du milieu am est horizontal, a et m représentent les poinls d’attache de la cinquenelle aux côtés du châssis; les distances am, nui , fin", n"n ", etc., sont égales entre elles, et à la distance des traverses du tablier; m\ ni', ni", etc., sont les poinls d’attache des ordonnées à la cinquenelle ; M est le point de suspension de la cinquenelle, qui représente le dessus des poulies de la potence. Le tablier du pont tétant supposé horizontal, m'n', m"n",m"'n'", etc. , sont les longueurs des ordonnées à partir du châssis ; MN est l’élévation de la partie supérieure des poulies au-dessus de la sole ; on la représentera par H.
En supposant que le poids du tablier est uniformément réparti, chaque point m, ni, m ", ni", etc., est sollicité par une même force verticale représentée par p.
Il ne peut y avoir équilibre dans le polygone sans que tous les poinls m, ni, ni', etc., soient en équilibre: or, pour que le point m soit dans cet état, il faut que la tension du côté m ni soit égale et directement opposée à la résultante de la tension du côté a m et de la force vërticale p qui agit au point m. Représentons par am la tension de ce même côté am, et par m n la force p, et construisons le parallélogramme a m n b, on voit que la diagonale m b, qui est la résultante des forces am et m n, doit être égale et directement opposée à la tension du côté m ni. Mais puisque a m est égal à m ri, le côté m ni sera nécessairement égal à m b ; la tension du côté m ni sera donc repré-
sentée par la longueur même de ce côté. Supposons la résultante b m appliquée au point ni de sa direction , et décomposons-la en deux forces, l’une horizonlale rn' a' égale h m a, l’autre verticale m n' égale à m n ou à p ■ mais le point m' étant déjà sollicité par une force verticale p, il le sera donc par une force verticale 1p , et puisque m n représente p, et que m' «' est égale à m «, il est clair que m' o représente la force verticale 2 p qui sollicite le point m'.
m n est la résultante des forces horizontale et verticale qui agissent au point m', le côté m' m" doit donc être dans le prolongement de n m', or m n'—n' n", donc m' m"=n m, donc la tension du côté m m" sera représentée par lu longueur de ce côté.
Si l’on suppose la force h m' appliquée au point m", et qu'on la décompose en deux forces , l’une horizontale m" a" égale à m a, et l’autre verticale m" g égale à m’ o ou à 2 p, on verra que le point m', qui est déjà sollicité par une force verticale p, le sera par uné force verticale 3 p égale à m" n".
En continuant de la même manière , on trouvera que les points m, m\ m'\ m"\ etc., sont sollicités par dès forcés verticales^?, 2 />, 3 p, kp,etc., qu'en désignant m n par h, ces forces sont représentées par h, 2 h, *3 h, 4 h etc. et que généralement la quantité qui représente la force agissante à l’un des points m , rn\ m\ m etc., est égale à l’accroissement de l’ordonnée du point suivant, et que tous ces points sont sollicités par une même force horizontale, représentée par m a , que nous désignerons par d ; et que les tensions des côtés du polygone funiculaire sont représentées parles longueurs de ces côtés.
Soit 2 n-j-t le nombre impair des côtés du polygone
funiculaire, il y aura, h partir du point m, un nombre n d’accroissements d’ordonnées, ces accroissements succès* sifs sont :
et les longueurs des coordonnées correspondantes sont:
+ nk ou,
A, 34, OA, 10A îiï+JB
La dernière ordonnée étant la longueur H , on a :
A , d’où A = — . Lorsqu’on s’est donné
it l ti t
2 «(« + 1) la hauteur H , on peut en conclure la valeur de A, et par suite la longueur de toutes les ordonnées.
Les côtés du polygone funiculaire sont les hypothénuses des triangles nm'n1, m'm''g , etc., les longueurs de ces côtés, à partir du point a, sont respectivement :
d, VcT+h', !/<*■'+{ 2 A)*, ^+(3*)*, \Zd*+«*A*
quantité représentant aussi les tensions des mêmes côtés.
La plus grande tension T de la cinquenelle est donc celle tju’éprouve le dernier côté Mc, tension qui est re-
ESSAI nUNE INSTRUCTION
83fc
prèscn tée par ]/r'<T+ n'h \ Pour trouver une relation entr T et le poids total P que la cinquenelle supporte, on remarquera que la pression verticale M,/, représentée par
n h est égale à n p ou à - , on peut donc établir la propor-
tion
d'où
— : 71 /i : : T : Vd'+n'h';
p 2Tnh
~ Vd'+n'h'
Connaissant la force de la cinquenelle, on pourra conclure le plus grand poids que le polygone funiculaire puisse supporter : il suffira de substituer cette force à la
place de T.
Si l’on voulait, au contraire, déterminer la force qu’il faut donner à la cinquenelle pour que le polygone funiculaire soit capable de supporter un poids donné, on substituerait ce poids à la place de P dans la formule
__P Vd'+n'h' 2 n h
Connaissant la tension que le cordage doit éprouver, on en conclut son diamètre D au moyen de la formule
. ; V' ' , Tl v : -
T =100 D’ Ci).
iil’inr i ■ ■. .i' r,
(1) On admet que la résistance des cordages (blancs on non goudronnés) à l.cxteBsio» est proportionnelle au cajjrq de leur diamètre, et qu en appelant B le diamètre d un cordage exprimé eu centimètres, cest-a-
En vertu des poids p qui sollicitent chacun des points ni, m', m", etc. , la pression verticale exercée sur le point
de suspension M est np ou — ; mais la tension suivant ME,
qui est égale à celle suivant Mc, produit aussi sur le
point M une pression verticale — ; la pression sur chacun
des deux montants qui portent la cinquenelle est donc égale à P.
La forcé verticale qui tendra à enlever le point d’amar-
rage E est représenté par M f-, elle est donc égale à — .
La force horizontale qui tend à entraîner le point E est représentée par c f ou par ma ou par <1 ; pour trouver cette force , que nous appellerons F , en fonction de P, on établira la proportion
euh
2 2 n fi
dire en prenant le centimètre pour unité, «t par T la force et la tension nécessaire pour le rompre, exprimée en kilogrammes, on aura à peu près :
▼aleur qui peut varier d’un cinquième en plus ou en moins (*).
(*) Elle peut varier de plut d’un lier» en moins. Duhamel à fait rompre des cordages neufs de 0.027 (a pouces) de diamètre avec un poids de 3ooo livres. 11 est vrai «le dire qu’il ne s’en rompit qu’un sur six cents.
Il est important de faire remarquer qu’il serait dangereux de construire un pont de cordages autrement qu’avec des cordages neufs, faits de bon chanvre et éprouvés. Rondelet rapporte que deux cordages neufs de a pouces de diamètre, faits pour être employés au Panthéon, et qui auraient pu porter 3p.oco en raison «le lepr grosseur, rompirent, l’un sovs u*i poids de G,ooo, et l’atitra dè 4,5oo. .
Note de M. le capitaine Labalic.
Il reste h déterminer la distance horizontale ER du point d’amarrage E à la verticale MR passant par le point M tle suspension de la cinquenelle. Représentons par K la distance NR, dont le point d’amarrage E est abaissé audessus du point N. Les triangles semblables Mç/’et MER donnent la proportion semblable
M/:c/::MR:ER
OU • nh I dt: H-f-K : ER=±—
On a supposé, dans ce qui précède, que le pont était suspendu à une seule cinquenelle ; mais il est facile d'en déduire les résultats pour le cas où il y a deux doubles cinquenelles qui supportent le poids P du pont.
La pression verticale sur chacun des quatre montants
ïf
et sur chaque axe de poulies, est alors égale — . Cette va-
leur tle la pression peut servir à régler l’équarrissage des montants et le diamètre des axes des poulies.
Pour déterminer ce diamètre on pourra faire usage de la formule suivante, déduite de celles de M. Navier. La résistance d’une pièce cylindrique de fer forgé, dont la portée l et le rayon r de la section transversale sont exprimées en mètres, est en kilogrammes
Elle serait double de cette quantité si la charge était uniformément répartie sur toute la longueur du cylindre.
La force verticale qui tend à soulever chacune des
quatre plates-formes est exprimée par—. Il faut donc que le poids de terre, dont chaque plate-forme est recouverte,
soit au moins égal à — . Connaissant la pesanteur spéci-
fique de la terre ou des autres matières dont on charge les plates-formes, on calculera facilement de combien de mètres cubes il faut que chacune d’elles soit recouverte.
Quant à la force horizontale qui tend à entraîner chacune des quatre ' plates-formes , elle est exprimée par P d h nk‘
Plus les cinquenelles seront tendues, et moins elles auront de force pour supporter le pont et tous les fardeaux qui passeront sur le tablier ; il paraît donc avantageux que la hauteur H soit grande par rapport à la distance L, qui existe entre les deux points de suspension. Mais, d’un autre côté, plus on tendra les cinquenelles, en diminuant la flèche de leur courbure, et plus la construction sera ferme et rigide ; par conséquent le pont sera moins sujet à prendre un balancement latéral lors du passage des troupes. Le rapport entre H et L n’est donc pas déterminé. M. Navrer le fixe entre t« et jz pour les ponts en chaîne de fer ; M. Séguin, dans les limites de 7‘- à ~ dans les cas ordinaires.
Les formules précédemment données serviront à calculer les longueurs des ordonnées et des côtés du polygone funiculaire ; mais il faudra diminuer ces longueurs en raison de l’allongement dont les cordages sont susceptibles. D’après les expériences de Duhamel, des cordages neufs se sont alongés de j à 7 dé leurlongueur avant de se rompre.
(Tome I, 2* Liv.) ; 22
L’allongement est moins considérable pour les cordages qui ont déjà servi , il est d’autant moindre qu’ils ont été plus longtemps et plus fortement tendus.
La distance entre les traversesdu tablier dépend de leur équarrissage. Cette distance n’est pas positivement déterminée; plus elle est grande, moins il faut d’ordonnées, mais il les faut plus fortes. A mesure que l’on augmente l’écartement des traverses, on diminue le nombre des côtés du polygone funiculaire, ce qui rend la tension des cinquenelles un peu plus considérable, ainsi qu’on peut le voir par la formule qui exprime cette tension.
Lorsque les circonstances le permettent , on.enterre les plates-formes d’amarrage à la profondeur nécessaire pour que la terre qui les recouvre soit de niveau avec le sol. Si l’on était obligé d’établir les plates-formes sur le sol sans enterrer, on prendrait des précautions pour s’opposer à l’action de la force horizontale qui tend à les entraîner. Dans bien des cas particuliers on trouvera des points d’amarrage qui dispenseront d’avoir recours aux platesformes, tels qu’unmur épais, une terrasse, une maison, etc.; mais avantde s’en servir il faut s’assurer qu’ils sontcapablcs de résister aux efforts qu’ils devront éprouver.
Pourétablifle pont de cordages de 30 mètres environ de longueur, dont on a donné la description , ou place la sole et les semelles de la potence de la rive Sur laquelle on prépare le tablier, et que l’on appelle la première rive ; on fixe un corps mort devant la sole ; on creuse les deux fosses dans lesquelles on établit les plates-formes d’amarrage que l’on charge ensuite de terre. Oa exécute en même temps un travail semblable sur la deuxième rive, el l’on achève de monter la potence de cette rive. On forme les deux faisceaux , on les piuce en travers de la
rivière, on les fixe aux plates-formes, et on les tend avec des palans.
Pendant ces diverses opérations, on prépare le tablier dans un emplacement commode , choisi sur la première rive, ce qui consiste à fixer les ordonnées aux traverses et aux cinquenelles , à placer et àfiréler les poutrelles du tablier sur les traverses. On transporte la carcasse du tablier ainsi formé sur les faisceaux , et on.la met en place ; cette opération est la plus difficile et la plus pénible de toute la manœuvre. On achève ensuite de monter la potence de la première rive , on met les cinquenelles sur les poulies des potences ; on place les croisières et on les fixe aux plates-formes ; on tend les cinquenelles sur les poulies au moyen de palans attachés aux plates-formes, et l’on donne au tablier du pont une courbure d’environ 1 mètre de flèche. On brèle les poutrelles sur les corps morts , et l’on achève le tablier ; on tend les cinquenelles pour donner de nouveau au tablier une courbure ayant un mètre de flèche, et l’on amarre les cinquenelles aux plates-formes. Enfin , on tend à la fois les deux croisières au moyen de palans.
Récapitulation des formules générales nécessaires à la construction d'un pont de cordages.
Soient 2 n + 1 le nombre impair de côtés du polygone funiculaire.
H la dernière ordonnée, correspondant aüx axes des potences : H ne doit pas être moindre que de la distance L entre les extrémités du polygone funiculaire.
3i0 ESSAI D'UNE INSTRUCTION
Y l’ordonnée la plus voisine de la potence.
S le côté du polygone funiculaire compris entre les ordonnées Y et H.
d la distance entre les ordonnées.
K- la différence de niveau entre la sole de la potence et les traverses de couronnes de plates-formes.
Q la distance verticale du dessous des traverses de plates-formes au-dessus de la terre qui couvre les plates-formes.
P le poids total supporté par les cinquenelles.
T la tension de chacun des quatre brins des cinquenelles près des potences.
Les longueurs des ordonnées, à partir du milieu du pont sont ;
Les côtés du polygones sont :
d, Vd'+h\ V rf-}-(2/i)\ \/d'-\-(3h)%, VV+(U), W+fl’A* Ces longueurs sont proportionnelles aux tensions. Rapport entre P et T
T P Vd’+n'h' p 8 T /t A
Vd' + n'h'
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Digltizejj by
SLR LE PASSAGE DES RtVIERES.
Force horizontale qui entraine chaque plate-forme
Tîh ' \'
Distance horizontale entre la sole de la potence et les traverses de couronnes de plates-formes de milieu à milieu
Application des formules précédentes à un pont de cordages de 28m.90 de longueur.
Données ; L = 28”. 90 ; H = 4-m.00 ; n = 8 ; d = lm.70 ; la hauteur de la terre au-dessus des plates-formes étant de 0m.66,ona Q = 0m.9o5; le dessous de la sole étant supposé de niveau avec le dessus de la terre qui couvre les plates-formes , on a K = 1”.075.
Résultats; A = Om.lll.
Ordonnées : 0 — Om.ill — 0.333 — 0.066 — 1.111 —
nii/. J 1 HA A HA V A *4 à L 4 ITOÛ
rf(H + K) ~ H— Y '
Longueur intérieure des couronnes.
de cinquenelles = -y- - ^ -f- O”. 30.
des autres
342 ESSAI DUNE INSTRUCTION
11,664 kilogrammes qui représente la force absolue d’une
cinquenelle , on aura:
Poids P nécessaire pour rompre à la fois les quatre cmquenelles du pont . 43. 200 K''-
Pression — sur chacun des quatre montants . 21.600
Force verticale — qui soulève chaque plate-
forme . . 10.800
Force horizontale — , — qui entraîne chaque
plate-forme 20.660
Si de 43.200 kil. on retranche le poids du tablier, 5.300 kil., il reste pour la force du pont. 37.900 Distance horizontale entre la sole et les traver-
ses accouplées de plates-forme de milieu à milieu. 9m.70 Longueur intérieure ide cinquenelles. .... 2ra.36
des couronnes. (des autres ...... 2m.06
Intervalle entre les plate$-formes de milieu à
milieu. 2"*. 18
Distances du devant des fosses à la jonction des deux traverses de couronnes. ....... 2",00
- Longueur des fosses . 4m.50
Largeur d’idem 2”. 10
Volume de la terre qui couvre chaque plateforme, 5™ ”■‘*•27 poids de celte terre 10000 lil-
Objets composant un pont d« cordages de 28m .90.
2 potences , — 4 plates-formes, — 1 ehâssis , — 50 pou- 1 trelles, dont 2 de culée ( non compris 30 poutrelles om-
ployées aux potences, plates-formes et châssis), — ■ 89 madriers pour le tablier ( non compris 30 employés aux potences et plates-formes) , — 2 corps morts, . — 2 cinquenelles , — 8 cordages d’âncre , — 4 lignes pour hommes,
— 12 palans équipés , — 72 amarres, — • 266 commandes de poutrelles , — • 30 commandes de guindages, — 142 commandes de billots , — 30 billots , — 12 piquets.
Objets servtnt à la construction du pont. ■ •
2 lignes pour hommes , — 2 lignes pour chevaux , — 4 briers , — 4 piquets , — 4 jalons et 24 petits piquets pour le tracé , — 6 masses en bois , — 6 marteaux , — 4 règles de 2 mètres , graduées, — 2 niveaux de maçop,
— 2 clefs d’écrous, — pierre rouge , — pelles, — pioches,
— 12 dames , — 1 nacelle équipée.
Objets servant au repliement du pont.
4 commandes de guindages , — 4 masses , — 4 leviers,
— 6 marteaux , . — 2 clefs d’écrous, — pelles, — pioches,
— 1 nacelle équipée.
L’officier chargé d’établir ce pont emploiera 3 officiers, 12 sous-officiers ou caporaux, et 101 hommes; il les partagera en trois détachements.
Premier détachement , ou détachement de la première culée ; 1 officier, 4 sous-officiers et 36 hommes.
Fonctions. Établir Ja base de la potence ; placer le corps mort; creuser les fosses et y établir les plates-formes avec
344 eSsai d’üme instruction
leurs couronnes ; remplir les fosses ; faire deux faisceaux ; équiper les palans de faisceaux et de croisières; passer sur la seconde rive les lignes attachées aux bouts des faisceaux; attacher les palans de faisceaux à leurs couronnes et aux faisceaux ; tendre l,es faisceaux ; fixer leurs bouts aux couronnes de faisceaux-, aider à transporter la carcasse du tablier ; monter la potence ; attacher les palans de cinquenelles à leurs couronnes et aux cinquenelles ; placer les cinquenelles sur les poulies de la potence ; placer les croisières ; attacher les palans de croisières à leurs couronnes et aux croisières ; tendre les cinquenelles et les fixer à leurs courqnnes ; tendre les croisières et les fixer à leurs couronnes ; raccorder le terrain avec le tablier, du pont.
- Deuxième détachement , ou détachement de la Seconde culée : 1 officier, 4 sous- officiers, 32 hommes.
Fonctions, Placer la potence et le corps mort ; creuser les fosses et y établir les plates-formes avec leurs couronnes; remplir les fosses; équiper les palans de cinquenelles ; recevoir les lignes attachées aux faisceaux et fixer les faisceaux à leurs couronnes ; recevoir les lignes attachées aux cinquenelles ; tirer sur ces lignes pour faire avancer la carcasse du tablier; attacher les palans de cinquenelles à leurs couronnes et aux cinquenelles ; placer les cinquenelles sur les poulies de la potence; recevoir les croisières et les fixer à leurs couronnes; tendre les cinquenelles et les fixer à leurs couronnes ; raccorder le terrain avec le tablier du pont. * * '
Tt'oisième détachement , ou détachement du tablier: 1 officier, 4 sous-officiers et 36 hommes.
Fonctions. Former la carcasse du tablier en fixant les ordonnées aux traverses et aux cinquenelles, et en plaçant etbrélant les poutrelles sur les traverses; attacher les lignes
aux cinquenelles ; transporter la carcasse du tablier et la faire avancer sur les faisceaux ; brëler ensuite les poutrelles du tablier sur les corps morts; couvrir, guinder et égaliser les madriers.
Pour replier le pont de cordages, l’officier chargé de cette manœuvre emploiera 3 officiers, 12 sous-officiers ou caporaux , et 100 hommes ; il les partagera en trois détachements.
Premier détachement , ou détachement du tablier : 1 officier, 4 sous-officiers et 36 hommes.
Fonctions. Débréler les guindages et les emporter; découvrir et emporter les madriers ; débréler les poutrelles et les emporter ; ramener les cinquenelles et les traverses du tablier et les emporter ; détacher les ordonnées et démonter les châssis.
Deuxième détachement , ou détachement de la première culée : 1 officier, 4 sous-officiers et 32 hommes.
Fonctions. Détacher les croisières et les bouts de cinquenelles de leurs couronnes; découvrir les plates-formes; filer les garants de palan ; sortir les cinquenelles des enfourchements de la potence ; détacher les palans et les déséquiper ; démonter la potence ; détacher les faisceaux de leurs couronnes ; enlever les plates-formes et les couronnes ; défaire les couronnes ; lever la sole de la potence et le corps mort ; arracher les piquets ; remplir les fosses.
Troisième détachement , ou détachement de la seconde culée : 1 officier, 4 sous-officiers et 36 hommes.
Fonctions. Ramener les croisières sur la seconde rive et les détacher de leurs couronnes ; détacher les palans de croisières et les déséquiper ; détacher les bouts de cinquenelles de leurs couronnes; découvrir les plates-formes; filer les garants des palans de cinquenelles ; sortir les cinque-
ESSAI DUNE INSTRUCTION
nelles des enfourcbements de la potence; détacher les palans de cinquenelles et les déséquiper ; démonter la potence ; aider à ramener les cinquenelles et les traverses du tablier ; ramener les faisceaux sur la seconde rive et les détacher de leurs couronnes ; détacher les palans de faisceaux et les déséquiper ; défaire les faiscéaux; enlever les platesformes et leurs couronnes; défaire les couronnes ; lever la sole de la potence et le corps mort ; arracher les piquets ; remplir les fosses.
.Résumant ce que nous venons de dire sur les ponts de cordages, nous voyons qu’ily a deux modes de construction.
Dans l’un le tablier repose immédiatement sur les cordages , auxquels il faut donner une tension considérable pour éviter que le pont ne s’abaisse beaucoup en* son milieu lorsqu’il est chargé. Or, plus cette tension est grande, moins les cordages ont de force pour supporter les fardeaux qui passent sur le pont. Néanmoins, si l’on trouve de bons points d’amarrage, op pourra construire des ponts de cette manière , en ayant soin d’employer un assez grand nombre de bons cordages de soutien.
Dans l’autre mode de construction , le pont est suspendu à des câbles auxquels on donne d’autant moins de tension, que l’on élève davantage les montants qui les supportent. Ce système de, construction offre beaucoup plus de solidité que le premier.
. Au lieu de cordages on peut employer des chaînes de fer ou des câbles de fil de fer, dont l’allongement' est peu considérable. On ne doit-pas exposer le fer forgé à un ellort de plus de 13 à 14 kilogrammes par millimètres carrés de la
. section transversale. La force du mauvais fil de fer du commerce'peut être évaluée à 50 kilogrammes par millimètres carrés.
Si l’on attache les chaînes ou câbles en fils de fer à la partie supérieure des montants , il ne faut pas arc-bouter les montants ni en avant ni en arrière, les arcs-boutants finiraient par se rompre ou se fendre par suite de l’allongement et du raccourcissement des chaînes de retenue qui maintiennent les montants.
. *Sjm- *'•' -•'& ■
Page 156. Les paragraphes suivants completteront ce qtie l’on a déjà dit sur la théorie de l’ancrage.
Le centre de gravité de l’ancre étant plus près de la croisée que du petit bout delà verge, l’ancre étant jetée doit tomber sur la croisée et celle-ci se coucher sur le fond de la rivière, tandis que la verge et le jas se placent dans un plan vertical ou. perpendiculaire à ce fond ; c’est ce qui arrive en effet. Mais en tendant le cordage d’ancre amarré à l’organeau , l’ancre doit , sauf les exceptions ciaprès, se retourner, c’est-à-dire le jas s’abattre et se coucher sur le fond de la rivière et la croisée se redresser et se placer dans un plan perpéndiculaire à ce fond , de manière à ce que l’une des paLtes puisse pénétrer dans le terrain.
Supposons d’abord que le cordage d’ancre, après qu’on en a développé une certaine quantité, ne se trouve pas dans le même plan que celui passant par le jas et la verge et qu’il forme par conséquent un angle avec ce plan. La force que produira la tension de ce cordage se décomposera en deux autres : l’une perpendiculaire au plan passant par le jas et la verge, et l’autre agissant dans ce plan même; l’effet de la première est évidemment de renverser le jas ; celui de la seconde qui tend d’une part à faire enfoncer
OBSERVATIONS ET RECTIFICATIONS. 3i9
lejas en terre et de l’autre à le redresser verticalement et par conséquent à soulever la croisée , contribue aussi au renversement de l’ancre.
Si le cordage agit dans le plan même de la verge et du jas , la force que produit sa tension ne saurait par ellemême faire renverser le jas , son effet étant seulement d’enfoncer lejas en terre et de le redresser verticalement; mais le jas se redressant, la croisée doit être nécessairement soulevée, l’ancre ne peut rester dans cette position ou du moins la plus petite force accidentelle doit la faire tourner sur l’extrémité du jas qui pose à terre et la ramener au premier cas que nous avons considéré.
C’est dans ce second cas que la tension du cordage d’ancre a besoin d’être la plus grande pour faire retourner l’ancre. Il suffit, pour que cet effet soit produit, que, suivant la théorie du levier, le produit de la force résultant de cette tension sur l’organeau par la perpendiculaire abaissée du point ou le jas pose à terre , soit égal au produit de la perpendiculaire abaissée de ce même point sur la verticale passant par le centre de gravité de l’ancre par le poids de l’ancre ; et par conséquent que la traction du cordage soit seulement un peu plus grande que ce poids.
Cependant l’ancre ne se renverserait pas :
l°Si le fond de la rivière était tellement dur et uni que l’extrémité du jas qui pose à terre pût glisser ; mais cette circonstance a rarement lieu , et dans ce cas il importe peu que l’ancre se renverse , puisque la patte de l’ancre ne saurait pénétrer dans un terrain aussi dur que celui supposé , et que l’ancre n’offrira d’autre résistance que celle provenant de son poids.
2° Si l’on est tellement près de l’ancre (en raison de la profondeur de la rivière) que le cordage agisse perpendi-
■ jp
culairement au jas ou dans une position approchante , de telle sorte que la force qui tend à faire enfoncer l’extrémité du jas en terre soit nulle ou insuffisante pour faire naître dans le sol une résistance capable de s’opposer à la force qui tend à faire avancer l’ancre.
Page 159 , ligne 6 , au lieu de : Une courbe qui représentera le profil exact du lit de la rivière, lisez : qui dépendra du profil du lit de la rivière.
Même page , ligne 11 , lisez la fin du paragraphe comme il suit : Le courant en battant le cordage augmentera sa tension et par conséquent sa traction sur l'ancre et sur l’avant du bateau.
Page 164, ligne 12, ajoutez : Cependant, si le courant n’était pas parallèle à lui-même dans toute la largeur de la rivière et que quelques bateaux dussent être placés obliquement sous le pont, les poutrelles dépasseraient inégalement les plats-bords et ne seraient plus au-dessus des crochets ; alors ce n’est plus aux crochets mais aux tringles qu’il faudrait fixer les commandes de poutrelles. C’est parce que l’on a prévu ce cas que l’on a mis des tringles intérieurement le long des bordages du corps du bateau.
Même page , ligne 17, ajoutez 11 est plus facile d’égaliser les madriers .avant que les poutrelles de guindage soient fixées que d’agir comme le prescrit la théorie.
Page 171 , ligne 11, ajoutez : On rentre l’ancre dans la nacelle par le côté de tribord si l’on replie le pont sur la rive droite , et par le côté de bâbord si l’on replie le pont sur la rive gauche ; le pilote fait tourner sa nacelle du côté opposé à celui par lequel on rentre l’ancre.
Page 172, ligne 9, ajoutez : Lorsque les pontonniers jettent des ponts sur le grand Rhin, ils préfèrent, pour prévenir les accidents, augmenter le nombre des nacelles
destinées à lever les ancres d’amont et opérer comme il suit : dès que la première nacelle a levé son ancre, elle vire de bord du côté opposé au pont, se laisse descendre en aval du pont , vient aborder à la rive sur laquelle on replie le pont , se remonte à la ligne et va prendre rang derrière un bateau , après les nacelles qui n’ont pas encore levé d’ancres, et ainsi de suite.
Page 180, ligne 7, ajoutez : Mais si la dernière portière était plus éloignée de la rive que d’une longueur de poutrelle, il faudrait mettre entre la portière et la rive deux corps de supports au lieu d’un.
Page 182 , ligne 26 et 27 , au lieu de : Mettre une portière à l’endroit du thalweg, lisez : mettre une portière à l’endroit le plus favorable. pour la navigation ascendante.