‹ Essai d'une instruction sur le passage des rivières et la construction des ponts militaires à l'usage des troupes de toutes armesChapitre 31 sur 48 · essai dVme ihstruction · texte numérisé non relu

essai dVme ihstruction

Depuis l’invention de la poudre on a clierché, par l’emploi de machines infernales, non-seulement à rompre les ponts de l’ennemi, mais encofe à porter l’épouvante et la mort au milieu des troupes chargées de leur conservation-, on peut parvenir avec les machines infernales à détruire toute espèce de pont, les ponts en pierres aussi Lien que les ponts militaires.

Les plus anciennes machines infernales que l’on connaisse sont celles que les Flamands dirigèrent en .1585 contre le pont que le prince Alexandre de Parme avait jeté sur l’Escaut, au-dessous delà ville d’Anvers. Ces machines, au nombre de quatre, furent construites par un ingénieur italien, nommé Genibelli ; chacune d'elles était formée d’un bateau plat, d’une construction solide, et trèshaut de bord ; un mur en briques d'un pied de hauteur sur cinq de largeur, s’étendait sur tout le fond; on éleva sur cette maçonnerie des murs de côté, et I on forma ainsi sur le fond du bateau une chambre large et haute de trois pieds; on plaça dans celle chambre des poudres composées par Genibelli lui-même ; on ferma cette chambre par un toit maçonné en grosses pierres, ce toit était en dos d’4ne pour que les matériaux, lors de l’explosion , fussent projeté» de côté. On maçonna en pierres de taille les espaces vides laissés entre les bordages et les murs de la chambr;*; on recouvrit ensuite tout le bateau d’un plancher sur lequel on posa encore une couche de briques ; on dressa un bûcher sur ce carrelage, afin de faire croire, que cette machine était un brûlot ordinaire. , un Genibelli se servit pour mettre le feu aux poudres, d’un mouvement d’horlogerie, qui, après un temps donné, faisait partir le chieu d’une batterie, et de mèches imbibées d’une composition dont il avait éprouvé la -durée, a? . /(■ I . i i/<il

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et que les bateliers devaient allumer en se retirant.

On fit précéder ces macbines de treize brûlots ; il parait que ce fut à l’entrée de la nuit qu’on les abandonna au courant à environ 700 toises du pont; l’une d’elles fit eau et fut submergée, deux autres échouèrent à la rive sans que le feu se communiqua aux poudres; une seule, après avoir franchi l'estacade flottante, arriva jusqu’au ■jiont, et fit explosion avec un fracas épouvantable. Huit cents Espagnols y perdirent la vie, et nn plus grand hornbre encore fut blessé. Le fort sur pilotis du côté de Sainte-Marie, près duquel la mine avait joué, une partie des bateaux adjacents et toute l'artillerie qui y était placée furent enlevés et projetés au loin et de tous côtés.

Cet affréüx événement n’abattit ni le courage ni la présence d'esprit du prince de Parme; on fit à la hâte les réparations les plus urgentes, on masqua les ravages de l’explosion , et le lendemain , aux premiers rayons du soleil levant, les Flamands virent le pont couvert de troupes , étendards déployés , musique en tête , ils doutèrent que leur machine eût produit tout son effet, et ils n’osèrent eflectuer aucune attaquer ' 11

Les Autrichiens, pendant les guerres de Iti1 révolution et de l’empire, ont tenté à plusieurs reprises de détruire, nu moyen de machines infernales, les ponts jetés par les Français1 süir le Rhin, le Danube et l’Elbe.

* Lorsqu’en 1795 Jourdan eut franchi, avec son armée, le Rhin ; au-dessus de Dusseldorf, et jeté un pont de bateaux àNeuwied, les Autrichiens, restés maîtres du fort d’Ehrenbreitstein, situé en amont de Neuwied, lancèrent contre le pont de fortes pièces de bois, des arbres entiers avec leurs racines, de grands bateaux chargés de caisses remplies de poudre, de bombes, d’obus et de gre-

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nades. Un petit mât dressé sur l’avant des bateaux devait, en heurtant le pont, faire partir la détente d’une platine de fusil, et mettre le feu aux poudres. Aucune de ces machines infernales ne put atteindre le pont, elles furent arrêtées, avant d’y arriver, par les postes d’observation, composés de pontonniers, qui les amenèrent à la rive, et qui firent couler les bateaux en perçant les bordages.

En 1809, la bataille d’Essling, ce sanglant prélude de la bataille de Wagram, fut sans résultat par suite de la rupture des ponts de bateaux , jetés par les Français sur les trois bras du Danube.

Les ponts furent rompus parles corps flottants que l’ennemi, favorisé par une crue extraordinaire du fleuve, ne discontinua point d’abandonner au courant pendant toute la durée de la bataille.

Les Français, instruits par l’expérience, mirent, avant de livrer la bataille de Wagram, les ponts à l’abri des entreprises de l’ennemi en les couvrant par des estacades en pilotis -, on augmenta les postes d’observation, et l’on prit des mesures plus efficaces pour arrêter les corps flottants en amont des estacades.

Les Autrichiens, prévoyant que les moyens de destruction qu’ils avoient employés si heureusement ne leur réussiraient plus, tentèrent, au moyen de machines iufernales, de rompre les estacades et les ponts construits par les Fçançais. Voici la description d’une de ces machines, telle qu’elle est donnée par M. le lieutenant colonel d’artillerie Drieu, qui, à l’époque de la bataille de Wagram, .était lieutenant de pontonniers (1).

f (1) Voyez le Goûte «ta pontonnier, pajçe C7 r . kli

« On avait élevé sur un grand bateau du Danube une » chambre qui en occupait toute la largeur : sa longueur était » de vingt pieds, et son élévation, au-dessus du fond du » bateau, de six pieds. Cette chambre était formée de » montants, contre lesquels on appliqua des planches in- » térieurement et extérieurement , ce qui donnait un » double revêtement. Deux rampes conduisaient du fond » du bateau au- lessus de la chambre; l'intérieur contenait » cinq barils de 250 livres de poudre, dont quatre dis- » posés en carré et le cinquième au milieu, correspondant » au centre de la chambre. Chacun des quatre premiers » barils était surmonté d’une caisse sans fond ni dessus , » h la moitié de laquelle il y avait une séparation hori- » zontale à coulisse, qui jouait librement dans les rai- » nures ; des ficelles tendues étaient attachées à ces sépa- » rations, et fixées h un mât dressé au milieu de la face » de derrière de la chambre, les unes directement, les » autres après avoir passé dans des potdies de renvoi : le » mât se trouvait maintenu par de très-faibles haubans, » et par un clameau qui Punissait à une des poutres dont » on avait chargé le dessus de la chambre. »

Les bateliers qui dirigèrent ces machines dans le plus fort courant jetèrent , avant de les abandonner , des bouts de mèches allumées dans les cheminées. Si les pontonniers n’avaient point arrêté ces machines en amont des ponts , le mât en rencontrant le chapeau placé sur les pilotis de l’estacade ou le tablier des ponts de pilotis , se renversait ; ce mouvement tendait les ficelles , les séparations sortaient de leurs coulisses, le feu tombait dans quatre barils de poudre, et l’explosion brisait les ponts de pilotis, et peut-être ceux de bateaux qui en étaient trèsfa pprochés.

En 1813, les Autrichiens se servirent encorede machines semblables à celles que l’on vient de dperixe contre les. ponts jetés sur l’Elbe à Kœnigstein , mais Ion parvint aussi à les détourner de dessus les ponts.

Les machines infernales, construites a l’instar de celles de Genibelli et des Autrichiens, ont l’inconvénient d’être aperçues de loin, d’attirer l’attention de l’ennemi i et de lui donner le temps de se préparer à rompre les ponts pour leur livrer passage , lorsque les postes d’observntion n’ont pu ni les détourner ni les arrêter à temps ; ces considérations, et les difficultés de construction que présentent des machines aussi compliquées, ont fait naître depuis longtemps l’idée de se servir de mines flottantes à fleur d’eau , et de renfermer les poudres dans des caisses ou des tonneaux convenablement lestés , bien fermés et goudronnés. Dans ce genre de machines , le feu.se communique aux poudres par une mèche ou fusée brûlant sous l’eau , dont on a calculé la durée, ou par .une platine de fusil, dont le chien s’abat au moyen d’un mouvement d’horlogerie, ou au moindre choc que reçoit un levier qui dépasse la machine.

Les premières machines de cette espèce ont été exécutées par la marine pour la destruction des flottes ennemies. En 1628 , lors du siège de la Rochelle, les Anglais dirigèrent contre la flotte française des pétards flottants en fer-blanc ; un ressort qui se détendait en touchant quelque chose de solide devait mettre le feu aux poudres. Ces pétards n’eurent aucun succès.

En 1730 , au camp d’instruction de Mühlberg , on réussit à rompre un pont de radeaux en abandonnant au courant un tonneau rempli de poudre, il était bien goudronné et maintenu dans un châssis pour lui donner de la stabilité.

En 1777, les Américains, pendant la guerre de i'indcpendance , lancèrent sur la flotte anglaise de petits barils remplis de-poudre ; il y avait dans chaque baril une platine de fusilT dont le chien s’abattait aussitôt que l’on heurtait un levier. qui sortait par la bonde. Un de ces barils rencontra un petit navire, fit explosion et le détruisit.

En 1804, dans la nuit du ü octobre , les Anglais voulurent incendier la flottille française , mouillée en rade de Boulogne au moyen de brûlots ; de barils remplis d'artifices , portés verticalement sur l’eau , et qui , à l’aide d’un ressort qui partait au, moindre choc, S'enflammaient dès qu’ils rencontraient un corps résistant ; et de machines infernales nommées catamarans ; c’étaientde grands coffres de 3™. 50 de long sur. un mètre de large-, terminés par deux pointes en forme de proues , sans mâture, et lestés de manière à, rester à fleur d’eaumCes coffres , hermétiquement fermés, contenaient de la poudre, des matières inflammables, et un ressort d’horlogerie pour y mettre le feu. La flottille française détourna ces machines de dessus les bateaux, leur ouvrit un passage, et presque toutes éclatèrent en dedans de la ligne et très-pfès du rivage. Une seule péniche, fut engloutie par l’explosion d’une de ces machines (l.)« . ; r. - ■ ■

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(1) Un de ccs catamarans fut trouvé sur la laisse de basse mer au nord du port de Vimcrcux, et l'on put connaître le détail de sa construction.

La figure G, pl. 8, donne le plan et la coupc de cette machine, a lames de plomb recouvrant les poiuts du pont ; b anneaux de cuivre , il taquets, e chevilles en cuivre, f plaques de plomb recouvrant les joints des chevilles. e, g- écrou en cuivre, auquel était adaptée la mécanique qui devait communiquer le feu. . > f ■ ■

Machine qui devait faire partir le catamaran (fig 7, pl. 8), a bascule qui retient le chien de la batterie , A pièce circulaire qui soutient ht

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En 1805, l’Américain Fui ton proposa de détruire les flottes au moyen de torpilles de son invention, c’est ainsi qu’il nommait des boites ou cylindres en cuivre remplies de poudre, à laquelle le feu se communique par un mouvement d’horlogerie ou parle choc d’un levier, adaptés l’un et l’autre à une platine de fusil. On fit en Angleterre l’essai de ces torpilles, et l’une d’elles, qui éclata sous un brick de forte construction et du port de 200 tonneaux , le souleva de deux mètres environ hors de la mer, et le sépara en deux parties, qui disparurent sous les eaux.

Nous terminerons ces citations par la description d’un brûlot, dont M. le commandant du génie, Picot, propose l’emploi pour la destruction des ponts.

« On sait , dit-il, qu’un tonneau, chargé d’un certain » poids à celui de ses fonds qu’on veut faire plonger , sur- » nage verticalement , suit le courant dans cette position » et échoue difficilement.

» On organiserait un double tonneau, dont celui exté- » rieur serait chargé suffisamment à l’un de ses fonds, de » terre glaise, par exemple ; le tonneau intérieur contien- » drait la poudre jugée nécessaire pour la destruction du » pont; cette poudre serait tassée contre les parois pour » s’opposer davantage aux filtrations ; ce tonneau serait » armé d’une fusée remplie de la composition de lance à » feu qui brûle dans l’eau , et ladite fusée ou lance à feu « traverserait le tonneau d’enveloppe. L’intervalle entre » les deux tonneaux serait rendu aussi étanche que pos-

bascnle , et ne la laisse tomber qu après le temps fixé et marqué par la position des chiffres 1.23, qui désignent des heures , e espèce de mouvement de montre , d pièce servant à arrêter le mouvement , g vie qui attachent le mouvement et la batterie à la botte.

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» sible sans le secours de corps susceptibles de s’enflam- » mer , et «ayant mis le feu à la lance , calculée sur le » temps du trajet, on laisserait plonger le bout allumé, et » l’on abandonnerait le double tonneau verticalement au » courant. »

Tels sont les divers moyens dont on s'estservi jusqu’ici, ou dont on s’est proposé do faire usage pour détruire les ponts de l’ennemi; mais il est essentiel, avant de déterminer le mode de destruction à employer , de se procurer des renseignements exacts sur le cours et la profondeur de la rivière , sur la direction et lu vitesse du courant , car si le thalweg arrase la rive ennemie , presque tous les corps flottants abandonnés au courant seront portés vers cette rive, il sera facile à l’ennemi de s’en emparer, de les faire éebouer ou de les couler. En général, on aura peu de chances de réussite sur une rivière de peu de courant , sinueuse et remplie de bas-fonds. Il faut aussi connaître parfaitement l’emplacement et le genre de construction des estaçades et des ponts tendus par l'ennemi , ainsi que des mesures de surveillance et de précaution qu’il a pu prendre pour déjouer tout projet hostile.

On basera sur ces données, et d’après les ressources que l’qn possède, les moyens de destruction à employer contre les ponts de l’ennemi. Mais, quelles que soient les machines dont on se servira , on les fera conduire par des nacelles le plus près qu’il sera permis de le faire des ponts de l’ennemi , et on les abandonnera alors à elles-mêmes ; il faudra bien se garder de les envoyer successivement, les postes d’observation s’en empareraient à mesure qu’elles arriveraient ; on lancera au contraire le plus grand nombre possible de machines au même instant, quelques-unes échoueront, l’ennemi se rendra maître de quelques autres, mais une partie parviendra certainement assez près des

410 ESSAI1 b’ï'KE IN ST lu: CTI O N, ETC.

estocades et des ponts pour produire les effets qu’on en

attendait.

On aura soin de régler les mouvements d horlogerie des machines qui en sont munies, sur le temps qu’elles devront mettre à parcourir l’espace qui les sépare des ponts; c’est alors qu’il est nécessaire dé bien apprécie!- la vitesse du courant. Si l’on fait usage de machines qui feront explosion par suite du choc que reçoit un levier ou un mât, on déterminera l’élévation de ce levier sur la hauteur présumée du tablier des ponts.

Quoique les tentatives faites dans le but de couper les communications de l’ennemi soient toujours subordonnées aux projets d’attaque , nous ajouterons , cependant , que c’est pendant la nuit qu’il est le plus avantageux de diriger les machines destructives vers les ponts de l’enhemi , pendant l’obscurité elles échapperont plus facilement à la surveillance des postes chargés de les arrêter.

Les fleuves et les grandes rivières se couvrent depuis la paix de bateaux à vapeur qui en facilitent là navigation, la guerre profitera certainement de ce progrès des arts , et ces puissantes machines favoriseront le passage des rivières aux armées ; mais nous croyons aussi qu’il est possible de les employer avantageusement pour la destruction des ponts militaires qui ne seraient pas protégés par de fortes estacades en pilotis ; nous sommes convaincus qu’il n’est aucune estacadé flottante, aücun pont militaire ( abstraction faite des ponts de pilotis ) qui résisterait au choc d’un bâteau à vapeur animé de la plus grande vitesse qu’on puisse lui imprimer.- ‘ ' *i,,: •-•In >i »<•

Ce serait une terrible machine infernale qu’un bateau à vapeur chargé de poudres qui feraient explosion à l’instant où la cheminée Viendrait heurter lés ponts.

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