‹ Essai d'une instruction sur le passage des rivières et la construction des ponts militaires à l'usage des troupes de toutes armesChapitre 7 sur 48 · DE LA CONSTRUCTION DES PONTS MILITAIRES · texte numérisé non relu

DE LA CONSTRUCTION DES PONTS MILITAIRES

Lorsqu’une rivière a plus d’un mètre et demi de profondeur, lorsque son fonds est vaseux ou d’un sable fin qui *e délaie sous les pieds , les troupes ne peuvent plus la franchir à gué, et l’on est obligé, pour la traverser, d’employer des corps flottans, allant d’une rive à l’autre, ou d’établir des ponts. L’on a vu , dans les chapitres précédens , quels •sont les moyens les plus prompts de se servir des corps flottans. Il ne nous reste plus qu’à faire connaître la construction des différons ponts dont une armée peut faire usage.

Aux armées, la construction des ponts se lie toujours à quelques beaux faits d’armes. La promptitude avec laquelle on a pu les établir , a souvent contribué à faire réussir des opérations importantes dont ils étaient le pivot. L’on citera toujours le pont de Darius sur le Bosphore de Thrace , ceux de Xerxès sur l’Hellespont, celui de César sur le Rhin ; le pont du prince de Parme sur l’Escaut , en i585, lors du siège d’Anvers; les ponts jetés sur le Rhin par Turenne, par Jourdan, par Moreau; les ponts jetés sur le Danube, en 1809, par l’armée française, et

SV* LE PASSAGE DES AlVlkHES. »o5

tant d’autres exemples <jui prouveraient même que les armées ont été appelées à jeter des ponts sur des bras de mer, commesurles rivières les plus larges et les plus rapides.

La stratégie moderne , qui embrasse dans ses combinaisons une si vaste étendue de terrain, et qui ne veut plus que les eaux soient un obstacle à ses opérations , exige que l’art du pontonnier prenne une plus grande extension, qu’il soit étudié et compris dans chacune de ses parties par tous les chefs militaires.

Un général qui connaîtra les ressources de toute nature -que cet art offre pour faciliter le passage des rivières, ne se verra plus arrêté dans ses mouvemenspar aucun cours d’eau; il saura indiquer et discuter les moyens dont il veut qu’on se serve pour les franchir. Depuis la p.aix , beaucoup d’expériences ont été faites dans le but de trouvér les moyens les plus prompts et les plus faciles de passer les rivières, et l’on a vu toutes les puissances de l’Europe chercher à perfectionner leurs équipages de pont pour leur donner une mobilité telle qu’ils satisfassent à toutes les exigences de la .guerre. ...

De tous les moyens de communication qu’on peut établir sur une rivière, les ponts sont ceux qu’on doit préférer. Le passage des troupes de toutes armes s’y succède sans interruption , et ils peuvent supporter les plus lourds fardeaux qu’une armée traîne à sa suite.

L’on distingue dans tous les ponts deux parties principales ; le tablier, sur lequel on passe , et les corps de supports qui maintiennent ce tablier au-dessus de la surface des eaux.

Le tablier se compose de poutrelles, allant d'un corps de supports à l’autre, et de madriers dont on recouvre les poutrelles.

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Les ponts militaires prennent le nom des corps de supports employés à leur construction. Ainsi les armées ont jeté des ponts de voitures , de gabions, de chevalets, de bateaux, de radeaux , ainsi que des ponts de pilotis et de cordages.

Les ponts de bateaux , que l’on préfère à tous les autres pour les passages de vive force, et qui peuvent être tendus sur toutes les rivières , pourvu qu’elles aient assez de profondeur pour que les bateaux soient toujours à flot sont ceux que l’on construit le plus généralement aux armées.

Les ponts de radeaux peuvent remplacer les ponts de bateaux sur presque toutes les rivières; mais il ne faut pas que le courant ait plus de deux mètres de vitesse par seconde parce qu’au-delà il serait très-difficile et presque impossible de tendre ùn pont de radeaux, que d’ailleurs le choc du moindre corps flottant pourrait rompre.

L’on ne jette les ponts de chevalets que sur des rivières de 5 mètres au plus de profondeur, et dont le courant n’excède pas 1 m 5o de vitesse par seconde.

Les ponts de voitures ne se construisent que sur des rivières guéables ; ceux de gabions n’ont été employés que sur des marais, ou sur de petites rivières peu profondes et à fonds vaseux.

Les ponts de pilotis peuvent être établis sur toutes les rivières dont le fonds n’est pas de rochers, pourvu qu’elles ne soient pas trop profondes. Ce sont de tous les ponts militaires les plus solides; mais les travaux qu’exigent leur construction ne permettent de s’en servir que sur les derrières de l’armée , et pour remplacer les ponts de bateaux.

Les ponts de cordages se tendent sur les ravins profonds et escarpés dont la largeur n’excède pas 4« mètres , ou sur

SUR LE PASSAGE DES ItlViÈRES.

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