‹ Essai d'une philosophie de l'artChapitre 12 sur 51 · Carcu'tm primitif la riuolution rfyrf liante · texte numérisé non relu

Carcu'tm primitif la riuolution rfyrf liante

Mais dans celte imposante époque , qui a engendré les temps modernes, il faut distinguer deux tendances bien différentes, deux caractères en quelque sorte opposés.

D’abord un retour général et frappant au vieux symbolisme catholique des nations primitives , repoussé par lés Grecs frivoles , une réédification sur des bases plus réelles de la puissance antique des nombres sacrés, rêvés par Pythagore, et des figures , mystérieux emblèmes des idées , que revendiquaient aussi dans Rome et dans Alexandrie les philosophes néo-platoniciens du paganisme , sans pouvoir en tirer rien de solide pour leur cause ; puis en même temps une tendance invincible a s’affranchir de toutes les pratiques conventionnelles et de tous les principes du beau , comme du culte , jusqu’ici reconnus. Ainsi , d’un côté l’humble foi , le retour soumis de l’intelligence aux éternels , mais insaisissables , dogmes , que le Grec dédaigneux et léger avait écartés sans les nier ni les croire, et de l’autre , une insurrection barbare contre le classique et sès lois , l’indépendance totale de l'art, proclamée pat* le génie chrétien, qui, encore invisible au sein du monde, remuait déjà comme un levain de feu la masse humaine. De là une agitation et une révolte effrayantes , avec une foi et une soumission sans bornes au principe reconnu vrai et fécond : caractères de toutes les époques réorganisatrices qui se sentant appelées à faire faire à l’humanité un grand pas, prennent sur elles-mêmes une responsabilité immense , se barbarisent en apparence, et courent généreusement le risque de se faire maudire long-

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temps, ne pouvant être appréciées que par une lointaine postérité.

Ne devons-nous pas enfin être cette postérité pour la grande époque primitive de l’art chrétien, qui, comme son maître, s’est résignée à porter le fardeau d’une telle croix, s’est dévouée à renverser sans pitié cet énorme amas de traditions et de sé~ duisans chefs-d'œuvre accumulés par l’idolâtrie et ses fauteurs, pour soutenir, sans qu’ils s’en doutassent, l’esclavage moral do l’homme ; époque singulière qui ressemble d’une manière frappante à la nôtre , nuit sublime et chaos d’où doit sortir un monde? On l’a frappée de ridicule, comme barbare et stérile , cette période , mère féconde de notre civilisation et de nos arts. Oui , sans doute , elle fut barbare, mais génialement barbare j elle rejeta toutes les règles divines d’ordre et d’harmonie, dont la domination était consacrée autant par les merveilles qu’elles avaient enfantées , que parle long respect des hommes. On en a conclu que la science de ces règles s’était perdue; erreur ! On ne peut ignorer ce sur quoi tout repose , et si une époque artiste , quelle qu’elle soit , se soustrait aux lois jusqu’ici fondamentales de l’art , l’ignorance n’en est pas la cause , mais l’indifférence, à tort ou à raison, parce qu’on sent qu’on n’est plus du passé, mais de l’avenir. Les trois ordres grecs , si simples et si beaux , avec leur système de proportions si clair, si complet, si bien lié , étaient dans toutes les têtes , et frappaient à chaque coin de rue tous les yeux ; qui est-ce qui pouvait les ignorer ? Mais on ne s’en inquiétai t plus , car c’étaient les fruits d’un art expiré. Les trois unités dramatiques de notre grand siècle classique , qui s’en inquiète aujourd’hui ? El pourtant qui ne les connaît pas?

Or, un âge où l’humanité s’épuise en efforts gigantesques pour faire triompher une religion naissante et un art nouveau, où exaltée jusqu’au fanatisme, elle abat impitoyablement de si belle

DES TROIS ÉLÉMENS

choses , revêtues de la sanction de tant de siècles , et qu’accompagnent dans leur chute les longs regrets des peuples, pour se replonger en quelque sorte, tête baissée, dans les ténèbres , et y chercher d une main tâtonnante une chose incertaine qu on ne connaît pas encore , mais qu’on sent qui doit être : un tel âge est toujours grand. Gloire et éludes profondes sur les époques et les générations qui renversent pour édifier plus haut ! Ce sont les premières de l’histoire, les plus fortes en idéal et en volonté ; avec leur extérieur barbare, ce sont les plus civilisées, ç est-a-dire celles où se meuvent les plus vastes et les plus généreuses pensées.

Mais avant d’étudier les caractères particuliers à ce premier âge de l’art chrétien , examinons quels sont ceux de cet art en général.

h. $ripU nature îre l’art chrétien.

Dans les temps modernes , nous voyons de nouveau la trinilé reparaître comme dans le monde antique : car tout ce qui a vie est triple , tout ce qui est se meut en elle.

Mais tandis que l’art antique n’avait conçu qu’une trinité matérielle, 1 art ehrélien s’élève au contraire à une trinilé toute spirituelle , et complètement dégagée du monde des sens. Père, source de la vie ou vérité et réalisme; Fils, ou complément suprême de la personnalité humaine arrivée jusqu’à Dieu ; Saint- Esprit , ou passion et amour purs tendant par le dévouement de soi a 1 union la plus intime qui ait jamais existé de l’homme avec Dieu et la nature ; telles sont les trois bases de l’art , comme de la religion du Christ. Or, celte triple essence , soupçonnée et

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cherchée depuis le commencement du monde , ne pouvait être déduite des antécédens de l’intelligence humaine par la simple voie de l’abstraction ; du sentiment de sa propre existence , on ne conclura jamais la nécessité du renoncement à soi. Il fallait que cet élément suprême fût apporté par l’Homme-Dieu.

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