JJmtwr ilimrnt. Etatisme, spiritualisation îte la air
Envisagé moralement, le christianisme parut d’abord comme une protestation plus que stoïque contre les voluptés et l’abus des sens , où setait perdue, comme dans un gouffre, l’humanité antique. Il jeta de prime abord , mais momentanément, l’homme dans un excès contraire ; la chair fut maudite comme source de mal , et l’on eut les martyrs volontaires , les ermites d’Égypte et de Grèce, et tout ce peuple d’anachorètes des déserts, pareils en plus d’un point aux solitaires indous.
Or, quoique ce caractère d’impassivilé orientale et de contemplation mystique dût être passager, comme tout ce qui est extrême , le spiritualisme , qui n’exclut pas les sens , mais les subordonne à l’esprit, n’en restera pas moins l’indestructible base de la vie catholique. Car l’évangile est venu apporter le règne de l'esprit. Il s’en est donc suivi que pendant que l’art antique excelle dans la forme et la représentation vivement sentie de la nature matérielle , à laquelle l’homme identifiait sa vie, l’art chrétien se meut libre , au milieu de cette nature dont il n’est plus l’esclave, mais dont il est redevenu comme l’ange et l’interprète. Et pleine d’amour pour son libérateur , la nature se dévoile à lui dans tous scs charmes secrets , dont les anciens n’eurent que le pressentiment. Planant sans effort au dessus
DES TROIS ÉLÉMEJNS
des images bornées des sens, il erre en chérubin dans le monde invisible comme dans son domaine; il s’y enfonce avec délices, s’y ioue au milieu des merveilles qu’il révèle ensuite aux yeux, sous des formes moins précises et moins frappantes que la forme grecque, pour ce qui est de la matière ; mais plus douces, plus chastes , plus lucides d’une lumière intérieure.
Le paganisme adorait un dieu irrité, qu’on ne pouvait apaiser que par de sanglantes victimes , et dont le sanctuaire restait voilé comme un nuage qui recèle la foudre : le chrétien au contraire adore un Dieu devenu homme et son frère , vu sur la terre qu’il traversa en faisant le bien, non plus sous le crépuscule des époques mythologiques, mais sous le premier des Césars , dans toute la clarté des temps historiques. Ainsi , c’est l’invisible en quelque sorte dévoilé, ou du moins rapproché de nous ; et tandis que par l’incarnation sensuelle des Grecs la divinité tombait homme , avec toutes les faiblesses des passions, dans l’incarnation chrétienne , c’est la divinité avec toutes ses perfections descendant dans l’homme pour le faire redevenir divin ; l’esprit entrant dans la chair , non pour l’anéantir et en tuer les désirs naturels , comme le conçoit pour lui seulement le clergé , mais pour régler, purifier, exalter même , en la spiritualisant , la jouissance sensible , bien plus grande et plus sérieuse chez les modernes qu’elle ne fut chez les anciens. Donc, parle christianisme, le subjectif ou la forme primitive , sous laquelle s’enveloppe l’idée non encore obscurcie par les sens , tend à développer davantage son essence intérieure et mystique, au préjudice de l’objectivité tout extérieure et sensible de l’art antique. Ce dernier rentre ainsi plus ou moins dans la représentation positive des choses visibles et matérielles , pendant que l’artiste chrétien , s’enfonçant plus dans sa pensée, tend à tirer l’objet de la prison des formes , pour le lancer planant et libre dans l’infini et lclernel.
DE LA YIE CHRETIENNE
Enlré par là dans la carrière d'un perfectionnement qui ne doit plus s’arrêter , l’esprit humain élève , spiritualise en quelque sorte tout ce qu’il touche ; et de celle ardente pensée sans cesse volante au dessus des froids abîmes de la matière , naît le caractère mystique de l’art moderne, avec tout son cortège de prodiges , de légendes , de pèlerins , d’églises gothiques , ainsi que le besoin avide dans le chrétien de raffiner toutes ses jouissances , en les exaltant au dessus de ce qu’ont de passager les sens , par l’abnégation , l’abstinence et même quelquefois le sacrifice total , tandis que l’ancien Grec se repose toujours si calme dans la jouissance du présent. Voilà pour le premier élément.
On voit que la conséquence directe de celle spiritualisation de la vie est de s’élever au dessus du symbole , voile jeté par la matière devant les yeux de l’esprit. Ainsi l’intelligence humaine est désormais complètement initiée ; il n’y a plus pour elle de nuit formidable, les chimères ont disparu , les objets de sou culte cessent d 'être mythes et deviennent vérités pures ; a la place des figures , le réalisme commence dans l’art comme dans la religion.