‹ Essai d'une philosophie de l'artChapitre 14 sur 51 · flânent. jper&jnnalttf · texte numérisé non relu

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Du réalisme établi, découle nécessairement une révolution dans la conscience humaine qui , favorisée d’une vue plus claire de la vérité, voit plus clairement aussi ses propres devoirs, lesquels deviennent plus grands à mesure qu’elle est plus profondément initiée. De là l’agrandissement de la dignité morale et des droits de l’individu, qui s’opère en raison même de l’agràn-

DES TROIS ÉLÉMENS disse ment de ses devoirs envers Dieu et ses semblables ; car plus est haute la mission qu’a un homme à remplir , plus il doit être libre et dégagé de toute entrave. La liberté doit donc croître à mesure que l’humanité monte , et que Dieu se dévoile.

C’est cet agrandissement de la conscience et de l’individualité qui forme le second élément de l’art, comme de la société.

Or l’antiquité , toute composée de maîtres et d’esclaves , le soupçonnait a peine. Il fallait que Dieu se fît homme , le plus parfait des hommes , pour faire tous les humains ses frères , participant tous de sa couronne et de son royaume , égaux par conséquent , puisqu’ils ont le même avenir et le même prix devant le Christ , et que le plus grand est celui qui se renonce le plus. Ainsi le but moral de levangile est clair , il tend à détruire de plus en plus l’antique et horrible adage : lmmanum paucis vivit genus, qui aurait dû jeter dans le suicide l’humanité entière , s’il avait pu être éternel.

Cette personnalité est donc fille du Calvaire , elle est la plus belle fleur née du tombeau du Christ. Humble comme lui , brûlante comme lui d’amour , elle ne veut être libre que pour se vouer à tous , se crucifier dans le cœur de chacun de ses semblables. Loin d’enfanter l’anarchie , cette indépendance de chacun du joug de tous , est donc au contraire l’harmonie suprême , puisque par elle nul ne peut devenir ni tyran ni esclave , et qu’il n’y a plus dans le monde que rapport de frères à frères , au lieu que dans le monde païen et barbare tout , même entre les citoyens libres , est rapport de client à patron , de vassal à seigneur.

Si l’on considère le paganisme dans sa beauté , on voit que c’était la soumission silencieuse à l’ordre matériel et à la caste souveraine quelle qu’elle fût ; héros ou prêtres , leur droit était consacré et déclaré divin par le fatum inexorable d’où découlaient des lois aveugles, mais acceptées. Quiconque se lève con

DE LA VIE CHRÉTIENNE

trece destin , même injuste , est représenté succombant. Dans tous les grands drames littéraires ou plastiques de l’antiquité, le Prométhée , l’OEdipe de Sophocle , la Niobé , le Laocoon , on voit l'homme opposé aux dieux irrités , dans toute la dignité de la victime et de l’héroïsme , mais d’un héroïsme vaincu.

Au contraire le christianisme , qui est tout amour et patience sous la loi divine , oppose constamment une résistance acharnée et triomphante à tout joug social non imposé de Dieu. Sans cesse au milieu de cette activité ardente d’une vie affranchie ou spiritualisée , se meut la liberté comme mère de chaque action ; sans elle il n’a plus de bonheur , toute apparence de contrainte le révolte. Aussi l’Eglise, ou gouvernement du christianisme , est si bien fondée sur la liberté , qu’il n’a existé dans le cours des siècles de peuples vraiment libres que sous sa protection. Ce n’est pas que nous veuillions nier la liberté antique ; elle fut réelle , prise en masse , mais nullement individuelle.

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