personnalité antique
La personnalité chez les anciens ne repose absolument que sur la puissance matérielle ; on sait que dans leurs lois l’esclave est déclaré non une personne , mais une chose , une simple portion du mobilier. La lutte des Grecs contre le destin inflexible qui n’est que la raison brute et désespérante des phénomènes de ce monde , ne se personnifie nullement dans le peuple , mais dans les grands. C’est la race privilégiée des demidieux qui va sur le navire Argo conquérir la toison d’or, Persée qui va délivrer Andromaque , Hercule qui à travers le monde, marchant sans autre compagnon que sa massue, accomplit
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seul ses douze travaux; Thésée, s’avançant contre le Minotaure , laisse ses compagnons à l’entrée du labyrinthe. Le mystérieux siège de Troie , la cité orientale , le berceau du fatum qui pesait sur la Grèce , n’est fait que par la chevalerie hellénique ; les nombreux troupeaux d’hommes qui s’y trouvaient ne comptent pour rien dans Homère ; souvent un héros , du signe de sa lance , en fait fuir des milliers , leurs bataillons innombrables roulent comme des ombres impersonnelles et impuissantes , ou comme des essaims de Mirmidons qu’écrase le pied d’un géant. Hector et Achille combattent seuls entre deux armées immobiles et décident seuls du sort d’Ilion. On ne peut nier néanmoins que cette chevalerie n’ait été un grand pas vers la conquête de la personnalité , et l’élan de l’homme libre au sein du Dieu infini ; car l’Orient n’offrait encore dans ses dogmes , ses mythes et ses castes que le combat dualistique de l’ordre contre le chaos , du désert contre la terre féconde , de Typhon contre Osiris , de l’organisme contre la matière brute. Chez les Grecs ce n’est déjà plus le chaos ; la Nyx ou l’Erebos , le bien et le mal se sont dégagés de leurs langes. Les Titans incarnés luttent contre les dieux. L’Orient, lieu de l’éducation du genre humain , maîtrisé par la nature dans l’Inde et l’Égypte , n’avait eu qu’un art purement graphique : c’était la matière , le thème du pédagogue ; ses élèves , les Grecs , vinrent broder le sujet , créer l’idéal et commencer le règne de l’esprit.
Cet idéal grec , si mathématique , si un , tout en disséminant dans une infinité de dieux l’essence divine, n’en généralisait pas moins la question , et préparait bien plus que l’Orient l’unité du Dieu pur esprit , ainsi que l’incarnation de son Verbe , deux principes inséparables. Mais quant au présent, la religion hellénique reste tout entière un culte de l’imagination et des sens. Ses doctrines secrètes comme publiques
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ne se rapportent qu’à l’engendrement physique , et au phallus qu’on voit en conséquence exposé partout auxyeux sur les nionumens et dans les temples. Ce culte n’est au fond que celui des forces de la nature , élevées il est vrai à l’organisme spirituel , mais qui n’en restent pas moins matérielles : le soleil , la lune , les planètes , surtout les trois grands dieux , l’air ou le feu , les eaux ou la mer , le monde inférieur ou la terre inorganique , autrement appelés Jupiter , Neptune et Pluton , avaient au dessous d’eux des génies subalternes , individualisations moins générales des règnes secondaires de la nature. Mais tous ces dieux matériels tendaient à l’esprit ; le fond de la mythologie c’est leur combat contre la matière informe qui les opprime et veut par ses Titans les précipiter de l’Olympe. Les héros sont modelés sur les dieux , et envoyés , souvent même engendrés par eux ici-bas , comme leurs auxiliaires pour y poursuivre la lutte qu’eux-mêmes ont engagée dans un monde supérieur. Les héros grecs luttent donc incessamment contre tous les monstres , mais leur lutte n’est que matérielle.
Celte chevalerie , ou lutte militaire contre le mal , commencée par Hercule , patron de tous les chevaliers , fut développée en grand par les Romains : leur empire fut comme un puissant navire Argo , voguant à travers les mers contre tous les dragons de la barbarie. La féodalité ne fut que la queue de ce gigantesque météore ; elle prolongea la lutte physique contre le mal , lutte qui du reste était peut-être encore nécessaire , quoiqu’elle retînt le monde so us le joug aveugledu destin.
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Mais pendant ce temps le christianisme était venu briser le fatum , et ouvrir la voie de l’infini à ÏEros , cet amour souffrant des Grecs , qui après avoir couvé sous ses ailes d’ange et de colombe la matière , et l’avoir animée de son souffle , avait été asservi par elle , et languissait captif. Mais une fois les derniers autels du paganisme et de la force brute renversés , il redevint l’éternel , le tout-puissant Eros , qui plane sur tout être. Alors le vrai Dieu apparut dans son immensité , au delà des barrières des sens. Son incarnation comme homme proclama prochaine et nécessaire la fin de la lutte physique : la lutte morale commença sous la direction de l’Eros , ou de l’amour dégagé de la matière. Les triomphateurs chrétiens, ce sont les martyrs qui succombent pour la vérité ; les dépouilles opimes que portent à leur Capitole ces héros d’une espèce jusqu alors inconnue , c’est la victoire sur leurs passions.
La chevalerie errante , si vainement vantée , vient faire un dernier essai pour rejeter le monde dans le paganisme grec ou la lutte contre les monstres de la nature au lieu de la lutte contre les vices. Ces preux invincibles , si intrépides contre les félons , ne l’étaient plus au même degré contre leurs propres passions. Leurs épopées et leurs chants, admirés tant qu’011 ne les connut pas, prouvent, comme les peintures de leurs châteaux, qu’ils n’étaient rien moins qu’humbles et chastes.
Après cet infructueux essai pour perpétuer la lutte physique
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à la place de la lutte morale , la contrainte à la place de l’amour, on voit la personnalité se dégager enfin dans l’histoire , non plus physique et partage exclusif d’un petit nombre, comme chez les Grecs , mais morale et donnée à tous.
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Or , la personnalité dans l’art , c’cst la beauté morale , c’est la fleur devenue fruit , conséquence des promesses accomplies et du réalisme mis a la place des symboles. La vie personnelle se révèle d abord par le mouvement, puis par le caractère propre de l’être mis en scène. Dans ces deux qualités , le mouvement et le caractère ont surtout excellé les Grecs; car elles dépendent principalement de la justesse et de l’harmonie du dessin ; et l’on sait que le dessin leur était en quelque sorte échu en partage ; aussi 1 ont-ils labouré à fond ; et ce sera long-temps encore une question de savoir si les modernes les ont surpassés dans celte branche. Mais au delà s’est ouverte une source immense d intarissables beautés , par l’expression dans les trois arts , et par le clair-obscur et la perspective aérienne , ce verbe de la peinture, que les anciens soupçonnèrent à peine; car il est né des demi-teintes chrétiennes et des couleurs médiatrices,, c’est-à-dire amorties, immolées. Ceux qui par dessinateurs en peinture entendent les spiritualistes , et par coloristes les partisans de la tendance opposée , nous paraissent mal comprendre la notion de couleur.
Le coloris sur un corps, c’est la manière dont la lumière le
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frappe ; lumière et couleur sont donc synonymes ; et les millions de modifications des teintes que recèle le pinceau ne sont pas autre chose que les rayons solaires dans leurs millions d’inflexions. Dans ce sens , il est clair que la lumière est , dans la peinture , ce que la parole est à la pensée , ce que la vie est au corps. Mais il est clair aussi , par l’histoire , que les chrétiens seuls ont connu l’harmonie complète de la lumière , dans ses nuances et dégradations infinies , de même que sous la clarté du Christ, ou soleil moral dévoilé, ils sont les premiers arrivés à une harmonie complète des diverses parties de l’intelligence. Faire monter de plus en plus l’esprit dans les clartés divines , et , pour la peinture , mettre de plus en plus les figures en lumière , par la fusion toujours plus grande des couleurs, jusqu’à ce que le corps , sans cesser d’être tel , devienne enfin tout esprit ; tel est le but du génie chrétien. Or, expression , lumière , couleur, tout ceci est le Verbe , réconciliant, unissant l’esprit et la matière ; et de même que les rayons solaires pénètrent toute la nature et l’animent , de même l’expression et le coloris doivent circuler dans l’œuvre comme le sang dans le corps, pour animer la forme et le dessin. De ceci , les Grecs n’avaient eu qu’une vague idée ; les peuples , sans le Verbe incarné , n’offrent dans leurs peintures que des couleurs tranchées, profondes et ardentes comme les soupirs de ces âmes asservies vers un libérateur, mais aucunes nuances intermédiaires : tels sont les tableaux des chinois , qui ont peut-être les couleurs les plus magnifiques du monde , mais ne comprennent pas même notre perspective. C’est que le vieil homme et l’homme nouveau , avec l’art qu’ils ont créé , ne peuvent d’aucune manière se ressembler. Ici , affranchissement de l’individu ; chacun marche et se développe à son gré ; point de système exclusivement suivi , point de direction unique et permanente , mais toutes les directions ensemble ; il y a à Rome une immense quantité d’ob-
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jets d’art chrétien primitif, où se montrent déjà mille chemins divers ; tandis que l’art grec , apogée de l’antique, est toujours un , et ne dévie pas d’une ligne de sa route , presque fatalement tracée, du berceau à la tombe. Une seconde face de la personnalité, c’est le caractère historique des figures, leur pleine authenticité. Les anciens dieux grecs n’étaient que de purs symboles des idées ou des forces de la nature , et n’avaient qu’une fabuleuse existence , pendant que les saints du christianisme sont à la fois des idées et des personnes historiques.
Fils de la vérité révélée , l’art chrétien individualise avec amour son objet , au lieu de le généraliser comme les Grecs. Et pendant que les génies d’Athènes ne sont élevés que par la divinité de leurs formes au dessus de l’humanité, les prophètes, patriarches, apôtres et martyrs dans la gloire, offrent surtout une transfiguration morale. Leurs corps ont peu changé , celui du Christ même n’est point d’une nature différente, ni plus fine; il est soumis aux mêmes besoins que le nôtre ; car ainsi le veut l’histoire ou la vérité.
De là il suit que le portrait, toutes les fois qu’il est possible, et à son défit ut la tradition universellement reçue, sont le fondement, la condition de tout travail chrétien sur les images ; de sorte que ces icônes ont toujours une double signification : la réalité et le symbole , qui ne doit jamais être complètement étouffé ; car ce serait comme quand le portrait absorbe l’idéal. Mais le symbole se retire silencieux dans le fond du tableau et de la pensée ; il flotte , souvenir lointain des choses évanouies, comme un voile léger et diaphane sur le drame qui occupe seul l’attention principale.
Enfin , du développement de la personnalité , non plus physique , mais morale , et de cette tendance chrétienne à surnaturaliser la vie , ou pour mieux dire à spiritualiser la nature ,
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il suit directement que le chrétien, négligeant le sens plastique, 'herche à faire prédominer la poésie sur toute autre littérature, la peinture sur la statuaire , la musique sur tout le reste , car ce sont les trois arts qui parlent le plus à lame.
Le drame , qui est le sommet de l’art et le résume, exprime parfaitement cette grande différence : chez les Grecs , simple et un , il tombait dans le bas-relief ; chez les modernes, libre et multiple , il se rapproche de la peinture.
1 0. Œroisihnc riment, passion întunr ou sacrifice.
Mais l’histoire comme la mythologie aboutissent au drame; car le terme de tout ce qui a vie , c’est l’amour qui produit la passion ou la lutte contre les obstacles placés entre soi et ce que l’on aime. La passion, chez les Grecs, était celle des sens. La passion qui découle des deux élémens déjà développés de l’art chrétien, c’est-à-dire l’agrandissement de la conscience de soi , et une plus haute spiritualisation de la vie , ne peut être autre chose que la passion divine pour l’homme , pour la nature et pour leur commun auteur. Cette sainte passion, fille duCalvaire, les Grecs ne la comprenaient point. Le dénouement de leur drame se faisait sur la terre ; la transfiguration qui s’en suivait n’était que l’apothéose des sens. L’aspiration vers une région plus haute ne troublait point leur repos comme celui du chrétien. Mais le drame et la passion , incomplets chez eux, n’ont été achevés que par le christianisme , après que la grande voix eut crié du Golgotha : Mon père ! mon père î pourquoi m’avezvous délaissé ?
Alors commencèrent les soupirs de l’âme, brûlant pour son ce-
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leste époux ; alors , comme Hercule , qui meurt consumé sous la tunique ardente de la passion humaine, le chrétien monta sur un autre bûcher , pour brûler librement son être dans les flammes de la passion divine, et être ensuite réuni à jamais à l’objet de son amour, c’est-à-dire être enfin délivré de la souffrance et du mal. Par la passion , ou le sacrifice de soi , se trouve résolu le problème de la vie , si scandaleux pour la raison humaine ,. puisque par là le mal est définitivement refoulé dans le monde extérieur , et vaincu au fond du cœur de l’homme par les ardeurs du pur amour. Ainsi , cette existence servant d’introduction au bonheur éternel , ne peut plus être , comme pour le vieux Job, un sujet de blasphème ou une tentation de scepticisme.
La passion est la clef de voûte de tout l’édifice chrétien. Par elle , l’homme se fond en amour et tâche de s’anéantir aux pieds de la beauté éternelle qu’il adore , et dont il sait avoir été aimé jusqu’à la mort de la croix.
« Voilà , dit Michelet , parlant du moyen âge , le secret de ses larmes intarissables et de son génie profond . Larmes précieuses ! elles ont coulé en limpides légendes , en merveilleux poèmes , et s’amoncelant vers le ciel , elle se sont cristallisées en gigantesques cathédrales qui voulaient monter au Sei-* gneur. »
La passion est en effet tout le mystère de l’architecture gothique. Destinée à être le lieu de scène où se célèbre chaque jour le drame éternel et divin , le plus haut mystère de l’amour, l’église est elle-même « un mystère pétrifié , une passion de pierre, » dit Michelet. C’est l’image vivante du Sauveur, étendant ses deux bras sur la croix; ce chœur incliné par rapport à la nef, se penche du côté où le Christ est censé avoir penché sa tête dans l’agonie; ses regards brûlans d’amour et le sang coulant de ses blessures , se reflètent en quelque sorte dans la pourpre et le feu des vitraux. Dans la,
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crypte lugubre , l’Église semble s’ensevelir au tombeau avec son Dieu expiré ; enfin , dans la tour élancée e t la flèche qui monte légère et diaphane , elle semble avec lui ressusciter et faire son ascension dans les cieux.
Alors rachetée par l’homme divin de l’antique esclavage , la nature est redevenue si pure, que l’âme se joue avec elle comme avec une jeune sœur. Aux mains amoureuses du chrétien la matière se transsubstantie et passe presque à l’état d’esprit. La pierre de ces tours aériennes ne connaît plus les lois de la pesanteur. En sculpture l’âme de l’artiste passe tellement dans la forme qu’il façonne , que l’hymen de l’esprit et de la matière ne connaît plus de bornes. Tout cela, c’est la passion divine.
Or, de même que le Saint-Esprit procède du Fils éternel en même temps que du Père, de même dans l’art la passion découle du sentiment et de la beauté morale en même temps que de la spiritualisation de l’être , sans laquelle toute passion est terrestre et vaine. Cet élément suprême est donc produit directement par le second , oul’élémentmédiateur , qui en fait jaillir le beau moral, et par lui l’art est enfin complet.
Ce beau moral , les anciens cherchaient surtout à le rendre par le mouvement des formes et l’observance rigoureuse des caractères, qui par eux sont toujours étonnamment saisis. Depuis le Jupiter Olympien jusqu’aux quatre colombes en mosaïque de Furietti , qui boivent dans un vase , les Grecs n’ont pas échoué pour un seul. C’était la base de leur idéal’; c’était la vérité de l’art antique, son réalisme. Mais ce réalisme tenait directement au symbole, et nullement au portrait individuel ; il n’aspirait vers aucune idée pure , et toujours vers des images sensuelles. Aussi , même à ses époques les plus claires, les plus hautes, a-t-il constamment au fond de lui-même quelque chose de dur et de terrestre qui repousse l’amour; l’âme s’y montre comprimée par la matière ? et comme endurcie dans les sens.
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C’est l’art sous l’ancienne loi , sous la religion de colère et d’esclayage ; on sent que la justice divine n’est pas apaisée : l’égoïsme est le fond de la vie , l’effroi du néant écrase l’âme ; car la grande victime n’a pas encore souffert. Au contraire , dans l’art lout-à-fait chrétien , l’âme étreint doucement le corps sous ses chastes baisers, et l’enveloppe comme d’un voile céleste , car elle a conçu et réalise le sacrifice ; et toutes les vertus qui , chez les anciens , étaient composées de force , se composent pour elle d’amour. Aussi , l’art antique exprime la vie de la nature , sans âme , mais rien de plus ; c’est l’énergie de l’être dans l’existence présente. Les chefs-d’œuvre de l’art grec disent : Nous sommes; qu’y a-t-il besoin d’autre chose, qui peut nous nier ? Plus élevé, le chrétien aspire incessamment à franchir les limites de l’être mortel et du présent passager. Il place la vraie force dans la patience à souffrir, et non dans la négation stoïque de la souffrance. Pour lui , le présent ténébreux ne peut rayonner, s’il ne reflète la lumière éternelle.
Son idéal , tout d’amour et de soupir, cherchant à saisir l’infini , à embrasser dans le moment présent l’éternité , sera donc nécessairement plus incomplet, moins fini dans ses ouvrages, que l’art grec païen , borné à un cercle beaucoup plus étroit. Là , il n’y a d’éternité que celle de la terre ; et encore celle-là ne se révèle que par une lutte acharnée contre le présent, que comme une fatalité terrible ; et quand elle frappe , elle est sans consolation ; car les Champs-Élysées même ne valent pas le monde où nous sommes. Comparez la passion d’une Mater dolorosa avec celle de la Niobé qui a tout perdu , et vous aurez la différence des deux arts.
Or, ces trois élémens divins de l’art et de tout être vivifiaient bien déjà sans doute l’antiquité, mais ils y étaient endormis, et chez les Grecs même ils ne se sont point éveillés. Ce n’est que le Christ qui les a tirés de leur sommeil ; par lui, ils devinrent
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clairs et distincts ; car, comme Dieu, il spiritualisait la vie et la forme , appelées à s’élever au dessus de l’antique illusion des sens ; il transsubstantiait en quelque sorte la matière en esprit. Comme homme , il jetait dans le monde le glaive de la lutte morale, uniquement basée sur l’intention et le désir, et par là, fondait la vraie personnalité , celle qui marche dégagée de toute contrainte.
Enfin, comme médiateur et réconcilialeur entre Dieu et l’homme , entre la matière et l’esprit , il établissait le règne universel de l’amour, qui, dans l’art, se révélant par l’expression , s’épanche de là sur toute la forme , devenue de plus en plus personnelle et libre. Car l’amour ne peut naître que de la conscience de sa liberté ; mais la liberté , sans être dirigée par 1 esprit et la foi sainte , ne peut enfanter l’amour, pour compléter la triade. Ainsi Père, Fils et Saint-Esprit, tels sont les trois soleils dont les rayons convergens viennent former aux yeux du chrétien le beau idéal complet.
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