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La rédemption avait complètement changé la face de toutes choses; Dieu s’était justifié en quelque sorte devant la froide sagesse humaine d’avoir créé le monde ; le grand problème était expliqué. Désormais la philosophie consistait à croire à la vie, tandis que celle des anciens , à son apogée , consistait à la nier, à n’y voir que Maïa , le rêve du sommeil divin. Par la rédemption , le monde n’est plus une illusion amère ; il est une vérité consolante , il est l’impérissable réalité.
Forcée à une lutte sans repos contre les ténèbres et les êtres ennemis , en faveur de la nature amie , l’antiquité, lasse du combat, demandait à Dieu , dans tous ses mythes , pourquoi il 1 avait créée. Comme Andromède , attachée nue au rocher d’Asie , tremblante devant le monstre , elle attendait dans l’angoisse son Persée. La philosophie qui se prétendait la seule lumière, l’unique salut, disait qu’il ne viendrait pas ; mais quand
DU RÉALISME SPIRITUALISTE il eut paru , toutes ces doctrines orgueilleuses du néant redevinrent ténèbres , et l’humble foi aux promesses accomplies fut la seule lumière , la seule philosophie digne de porter ce nom.
Or, le Christ a souffert non seulement pour ses disciples , mais encore pour ses ennemis et ceux qui ne le reconnaissent pas. Les mérites infinis de son sacrifice ont relevé le monde entier et arrêté sa chute vers l’abîme. Toute l’humanité moderne a été modifiée par Jésus. C’est pourquoi , jusque dans les Musulmans , il y a trace du souffle divin; et même les peuples restés païens ont reçu sur leurs têtes quelques gouttes du sang rédempteur.
Par ce sang, qui incessamment coule sur la terre , l’homme, réconcilié en même temps avec le ciel et avec la nature , cesse sa lutte matérielle contre le mal, déjà abandonné à lui-même dès ce monde , comme il le sera plus tard dans les enfers. Car Jésus a souffert pour délivrer la vérité , la liberté et l’amour, attachés au dur rocher de la matière ; et pour faire remonter ces trois sœurs sur le trône du monde moral , il a amené du ciel en terre la justice et la paix. Il a défendu de se servir en son nom de la force brute,- sous peine de mourir par elle ; il a proscrit les haines des nations entre elles, a commandé à tous les hommes de s’entr’aimer ; et tout en opérant une séparation intérieure complète des bons d’avec les mauvais , il a préparé pour la fin des temps , quand les nations seraient mûres enfin pour le recevoir , le grand dogme de la tolérance , c’est àdire le triomphe complet de la vérité, subsistant libre et invulnérable , sans aucun secours humain , au milieu même de ses ennemis. Mais il fallait deux mille ans pour que ce but , néanmoins si clair, de l’évangile, fût compris.
ET DE L’HISTOIRE
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2. transformation tirs symboles matirfofo ïrr l’antiquifo en symboles spiritualistes.
En attendant , le christianisme devait se borner à rejeter de son sein toute forme arbitraire , tout symbole qui n’est pas directement issu d’un lait ; par lui tous les signes conventionnels furent abolis , car le Christ était venu réaliser les figures, et les transformer en histoire.
Mais d’abord l’art chrétien se borna à reprendre, en l’appliquant à des idées plus pures, la vieille parabole orientale que les Grecs ne connaissaient plus , et une partie du symbolisme oublié des anciens Indous , Mèdes , Perses, Egyptiens , Pélages : car chez ces peuples, toute parole monumentale ou poétique servait de voile aux dogmes primitifs et aux traditions du genre humain. Mais le christianisme, en reprenant une partie de ces allégories , les éleva au dessus des sens, les purifia de tous les mythes sacerdotaux païens ; et peu à peu transfigurées , elles devinrent capables de recevoir sous leurs voiles mystérieux les plus hautes croyances de la raison. Sous l’abri de ces svmboles, les dogmes sublimes , qui devaient de plus en plus éclairer l’homme , traversèrent la période primitive , celle des gémissemens et des épreuves , se rendant par de telles images plus compréhensibles au* peuples , encore dans l’enfance , ou que les débauches du polythéisme y avaient fait retomber. Enfin , livrées comme domaine libre aux poètes et aux artistes , ces allégories alternativement graves ou tendres , timides ou solennelles , se développèrent en naïves légendes , en gracieuses idylles; telle fut celle du bon pasteur.
DU RÉALISME SPIRITUALISTE
Mais cet art symbolique 11e pouvait exister que comme période de passage. C’était l’image de Jésus enfant , qui joue parmi les fleurs du jardin de son père , avant d’apparaître homme et roi. Quand le christianisme fut suffisamment mûri , le réalisme grandiose envahît le symbole ; et la mythologie même , étonnée , se trouva dans ses travaux de quatre mille ans, n’avoir que préparé l’histoire. Ainsi, le soleil, ce verbe de la nature matérielle , si souvent adoré en Asie , avec ses douze signes , entourés eux-mêmes par des milliers d’étoiles , n’avait été attaché au firmament que pour symboliser le soleil de justice qui devait venir , entouré de ses douze apôtres , éclairer et féconder la terre.
Après l’âge des paraboles , c’est-à-dire quand l’Église sortit des catacombes et des persécutions , le vrai soleil des hommes, dont l’autre n’est que l’image , avec ses douze rayonnans satellites, parut représenté en mosaïque sur les arcs triomphaux des sanctuaires , comme on le voit encore dans plusieurs églises romaines du cinquième siècle , notamment à Saint-Paul extra mur os.
Mais la première fleur qui sortit pleine de grâce et de parfum de ces froides cendres du symbole , fut l’idéalisation de la Yierge-mère , portant son enfant sur son sein , expression de tout ce qu’il y a de plus divin dans l’amour et la maternité , et qui paraît déjà comme une douce aurore se levant peu à peu au milieu des ténèbres de l’art des cinquième et sixième siècles. Cette image tout historique , et dont cependant rien n’approche , parmi tous les produits de la fiction poétique , est le miracle qui prouve le plus clairement la divinité de l’art du Christ. L’Inde , la Chine , l’Égypte avaient déjà pressenti ce mystère , et en avaient posé le symbole dans leurs mythes de l’engendrement de Bouddha , d’Osiris, d’Horus, l’Enfant-monde, le dieu père de toute civilisation, que la nature porte enveloppé
ET DE L’HISTOIRE
de langes sur son dos , ou qu’elle tient debout sur ses genoux, le berçant , lui donnant ses mamelles. Mais combien il y a loin de ce type grossier , resté dans l’idée de la génération matérielle , au type si mystique et si chaste de la maternité chrétienne ! Là , est le voile nébuleux ; ici , la réalité glorieuse.
Le Christ , ainsi engendré par la Vierge sans tache , la couronne ensuite au milieu des anges , la proclame reine des Cieux , et sa fiancée éternelle , patronne de toutes les âmes chastes et vertueuses , qu’un même sort attend , pour réaliser le vieux mythe oriental et universel , dans lequel la nature purifiée se lie d’un mystique hymen avec le verbe de Dieu. Ce sujet, à l’époque du triomphe de l’Eglise primitive, délivrée des persécuteurs, se reproduisit partout. On le voit encore aujourd’hui exprimé dans toutes ses pompes , à Sainte-Marie Majeure, et à Sainte-Marie Transtiberine.
Ailleurs ce fut le Christ au milieu de sa cour céleste de vierges , de martyrs , de docteurs , roi sur son trône , réalisant dans ce monde la seule monarchie sans esclaves , et dont toutes les autres ne sont que la triste et ténébreuse image.
Or , toutes ces mosaïques des basiliques primitives resteront à jamais , non comme dessin ni coloris , mais comme types sacrés de la peinture chrétienne, ce qu’étaient, si l’on peut se permettre cette profane comparaison , les gigantesques sculptures de Thèbes et de Memphis , qu’on allait encore étudier de toutes les parties du monde romain , sous les derniers Césars du paganisme , et qui frapperont toujours d’un muet étonnement. De même ces mosaïques sans ombres , surgissant d’un océan d’or et de lumière , comme des apparitions colossales d’un monde passé que nous ne comprenons plus, sont pleines d’un grandiose étrange. Il semble que ces âmes souffrantes vont briser à force de soupirs leur enveloppe grossière : remplissant de leur majesté les hautes tribunes des basiliques impériales
DU RÉALISME SPIRITUALISTE
des premiers siècles , d’où elles se penchent vers vous comma du ciel , on croit qu’elles vont embrasser la terre.