‹ Essai d'une philosophie de l'artChapitre 17 sur 51 · lrt primitif tirs ratarmnbrs · texte numérisé non relu

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Mais avant de paraître ainsi dans sa pompe aux yeux de l’univers , c’est-à-dire avant que le genre humain eût reconnu, sous Constantin , la croix pour son drapeau , l’art chrétien avait déjà fourni une époque obscure de trois siècles aux Catacombes.

Ces religieux asiles , où s’assemblait le troupeau entier de la communion croissante, sur les tombeaux de ses frères journellement immolés, et de ses docteurs martyrs, rappellent d’une manière frappante les hypogées étrusques, les labyrinthes souterrains des antiques sacerdoces , les villes des morts de l’Inde, de l’Égypte , de la Perse, de l’Amérique primitive , et même les grottes sépulcrales des Hébreux.

La plupart des mosaïques qu’on y trouve , et des tableaux peints à l’encaustique sur leurs murs, dont il nous reste encore de nombreux débris , ne sont point lugubres comme les temps d’alors , mais calmes et pleins d’espérance.

Exécutées sur les voûtes en stuc des colombaires , dans les absides des chapelles souterraines , ou au dessus des sarcophages des martyrs , ces vieilles peintures , quand on les découvrit , il y aura bientôt deux siècles , étaient encore vives et fraîches , comme toutes les œuvres indestructibles faites par le procédé encaustique.

Leur étude mène aux résultats suivans. Ce qui caractérise avant tout l’art des Catacombes , c’est l’absence de toute image de torture. Dans cette première époque , qui fut pourtant celle

BT DE L’HISTOIRE.

des supplices, la victime ne se reconnaît qu’à l’attitude de la prière et de l’extase. Le culte qui grandit et triomphe cache le sang sous des lys et des palmes , n’offrant à ceux qui combattent que des images de paix , de bonheur et d’amour. Cet âge primitif de l’art se passe pour ainsi dire tout entier dans les cieux. Murs, autels, lampes, tombeaux, ne présentent que des emblèmes de résurrection , des scènes relatives aux joies de l’autre vie , ou des miracles de Jésus et de ses apôtres. Partout la prière et le profond repos de l’âme qui a vaincu ses passions. Mais aucun tableau de supplice , pas même le crucifiement de l’Homme-Dieu , dont la représentation ne sera tentée qu’aux approches du moyen âge. Celte armée de martyrs, de moines, d’anachorètes dont est formé le monde héroïque chrétien , n’apparaîtra que sous le débordement des barbares , pour dompter par les prodiges de l’esprit l’incrédulité de la chair ; jusque-là, appelé à agir sur une race d’hommes plus philosophique , l’art chrétien se borne à faire planer sur toute scène terrestre tle Sauveur, que les sarcophages et les murs des Catacombes figurent d’ordinaire en buste , d’après les images sur boucliers («ma- (jines clypeatœ ) des anciens Romains, et suivant la forme hiératique , fixée dès l’origine , qui fut maintenue dans toute la période bysantine et respectueusement transmise à l'art gothique ; c’est-à-dire taille majestueuse , tête ovale légèrement alongée, regard solennel, air mélancolique et doux, front arqué, barbe et chevelure séparées en deux niasses qui retombent.

Tel fut l’art des catacombes. Ainsi , de même que sa religion , l’art du Christ est le lys pur qui germe dans le sépulcre , et sort du cadavre dissous de l’empire romain.

DU RÉALISME SPIRITUALISTE

4. Ca symbolique chrétienne est toute basée sur bes faits accomplis.

Arrivé à son second âge , ce génie primitif atteint eniin son plus haut ternie , lorsque ayant vaincu les dernières illusions païennes , il ramène toute figure à l’histoire et à la réalité. Alors , au lieu de l’agneau aux cinq plaies saignantes sous la croix , paraît sans plus de voiles la figure même du Dieu crucifié , forme étrange , scandale de l’art païen , mais qui n’en est pas moins étonnamment artistique ; car en immolant l’orgueil des membres humains , elle provoque l’épanouissement des plus nobles poses , en même temps que l’expression la plus dramatique des passions. Et, quoi qu’on puisse dire, artistiquement parlant , il n’y a pas de forme dans la nature qui approche de celle-ci pour la beauté majestueuse , point d’idéal qui entre en parallèle avec cette grandiose image du crucifix , suspendu pour l’éternité entre le ciel et la terre. Le Jupiter olympien lui-même n’en approche pas. Mais il en coûta cher au monde pour conquérir le crucifix. Peut-être son introduction fut-elle , comme nous le verrons dans l’histoire , une des causesde l’hérésie des iconoclastes qui acheva de montrer l’antipathie du génie grec pour le vrai christianisme , c’est-à-dire le catholicisme. Mais l’introduction du crucifix n’en causa pas moins dans l’art la révolution qu’avait déjà opérée dans la société l’érection de la croix sur le Calvaire : elle a mis deux mondes et deux arts en deçà et au delà d’elle. Par son moyen

ET DE L’HISTOIRE

le temps qui pour l'œil de Dieu n’est qu’un jour , se divise en deux parts , dont l’une , l’antiquité , fut la nuit , et l’autre le retour de la lumière , qui , éclairant les nations assises dans les ténèbres , leur permit de se remettre en marche vers un progrès indéfini. Or , l’allégorie avait été comme l’astre nocturne de ce ciel vague aux nuages magiques et pleins d’illusion , qu’on appelle l’antiquité. Le réalisme au contraire fut le soleil éblouissant et sans ombre , qui succède au crépuscule ; ce fut la vérité remplaçant le pressentiment , la splendeur des faits accomplis succédant à l’attente et aux figures.

Loin de nous la pensée de vouloir repousser de l’art toute allégorie , c’est-à-dire toute fiction morale et belle. Le merveilleux chrétien au contraire est le plus riche , le plus puissant de tous , car il repose entièrement sur la vérité et l’histoire idéalisée.

Ainsi l’ange de l’Annonciation présentant le lys à Marie couronnée d’étoiles et la lune sous ses pieds , ou écrasant la tête du dragon qui enveloppe le monde 3 Adam et Ève qui cueillent le fruit de mort au pied de la croix où Jésus se laisse attacher en expiation ; les anges planans et prosternés qui recueillent dans des calices le sang découlant de ses plaies, pour transporter ensuite par toute la terre ce vin eucharisticpie , sont des fictions d’autant plus sublimes quelles n’ont rien de mythologique. Le christianisme ne repousse l’allégorie qu’en tantqu’elle porte à dénaturer l’histoire , en la rejetant dans le mythe et l’ancienne religion des figures ; nous voyons au contraire que l’Evangile est plein de paraboles , mais toujours unies au fait.

Ainsi, tandis que dans l’antiquité le symbole s’incarnait dans le mythe qui devenait fait historique aux yeux fascinés du vulgaire , dans le christianisme le fait lui-même engendre le symbole et la légende merveilleuse , qui ne viennent qu’à la suite, pareils aux nuages flolians que dore la lumière.

DU RÉALISME SPIRITUALISTE

Vérité et réalisme, imitation de ia nature et fidélité aux types reçus , ou exclusion de l’anachronisme , tel est donc l’élément principal issu du Verbe fait homme , cpii correspond dans l’ordre social à la foi, et que l’Esprit saint lui-même a inspiré à l’art par l’organe des conciles.

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