‹ Essai d'une philosophie de l'artChapitre 22 sur 51 · De l’art 3nî>ten , QE^ptirn rt (Usinais · texte numérisé non relu

De l’art 3nî>ten , QE^ptirn rt (Usinais

Par l’art l’homme et la nalure se livrent un combat d’amour. Or , toute passion suppose un sacrifice de soi ; l’homme donne ses sueurs , et la pierre façonnée par lui endure la mort amère. Ên s’unissant tous deux ils finissent par produire un fils , image

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à la fois de l’un el de l’autre. Mais selon que les germes du père ou de la mère ont prévalu dans l’acte de l’hymen, le monument est spirituel ou matériel , clair et triomphant ou nébuleux et souffrant. « Il faut donc , dit M. Michelet , distinguer des caractères sexuels en architecture , comme en botanique et en zoologie. Cela est frappant dans l’Inde. Elle présente alternativement des monumens mâles et femelles , ceux-ci vastes cavernes,.... vulves de la nature au sein des montagnes, ont reçu dans leurs ténèbres la fécondation de l’art. Elles aspirent l’homme , et tendent à l’absorber. D’autres monumens représentent... la véhémente aspiration de l’amour. Ils se dressent en luxurieuses pyramides qui voudraient féconder le ciel. Aspiration , respiration ; vie mortelle et mort féconde ; lumière et ténèbres , mâle et femelle , homme et nature ; activité , pasrsivilé : pour total le drame du monde. »

Mais ce drame resta sans dénouement , tant que la rédemption ne vint pas , et la rédemption de l’art c’est sa liberté. Il faut que ce soit là une vérité bien forte , puisque les Indiens , peut-être le plus heureusement organisé de tous les peuples de la terre pour sentir et créer le beau , n’ont pu déroger à la règle , el sont restés au bas de l’échelle , comme tous les peuples flétris par la servitude.

Or, deux grands faits se sont partagé l’Inde , le Brahmanisme el le Bouddhisme. La première de ces doctrines , consacrant le droit irrévocable de toute possession , immobilisant l’ordre établi , parquant les hommes en troupeaux d’après le hasard de la naissance, créait un fatalisme social effrayant, par lequel toute énergie individuelle retombait foudroyée sur elle-même. L’humanité trop foulée paraît avoir réagi avec délire contre les Brahmanes. On croit que le Bouddhisme à son origine vint jeter ses croyans dans l’excès opposé , en proclamant l’irrésis tilde puissance de la volonté humaine T presque auéantiepar le

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premier système. Bouddha enseigna l’yogha ou le moyen pour l’homme de se faire Dieu , en s’identifiant à l’univers et à la nature pour la dominer et l’absorber. Mais cette réunion de l’atome individuel au grand tout par la vie extatique , l’abnégation totale de soi et des autres , et la toute-puissante prière dans la solitude , ne pouvait s’exécuter sans annuler la vie extérieure et active ; le lien de l’homme avec ses semblables était rompu , il retombait de nouveau, comme par le brahmanisme , dans 1 immobilité. L’individu se noyait dans le tout.

Or, de cette confusion du fini et de l’infini ne peut naître une pure plastique. Aussi, en poésie, en architecture, en sculpture , ce peuple excite 1 étonnement par le grandiose de sa pensée , la patience de l’exécution, le luxe des détails, les caprices et la richesse de l’invention ; mais le bon sens de l’ensemble , 1 harmonieuse beaule des formes, l’Inde en est privée ; car ses deux prodigieuses épopées, le Mahbarata et le Ramayana , qui sont comme 1 Iliade et 1 Odyssée de l’Homère indien, Lalmiki, malgré leur simplicité toute biblique, sont loin encore d’offrir le beau idéal rationnel et affranchi des Hellènes. D ailleurs une grande partie du Mahbarata, espèce d’encyclopédie mythologique, surtout le long épisode didactique du Bhagavat-Ghita , ont été refaits aux approches de l’avénement de J.-C. , et présentent la civilisation indienne, modifiée par 1 invasion d Alexandre, et arrivée, comme l’Égvpte romaine dans 1 école d Alexandrie , a un vaste éclectisme religieux.

Aussi , bien plus imparfaite que cette poésie parfois sublime, se présente 1 architecture des bords du Gange. Sa première époque n offre guère qu une quantité , à la vérité innombrable, de temples-grottes , longue suite de salles et de corridors , souvent longs de plusieurs lieues et à divers étages, creusés clans les entrailles des montagnes. Deux , quatre et jusqu’à six rangées de colonnes, espacées les unes derrière les autres,

portent la masse des rochers supérieurs; d’énormes pilastres, chargés des plus bizarres sculptures , en décorent les façades écrasées , et annoncent énergiquement que là réside la terreur.

Au dessus de ces ténébreux sanctuaires , on voit peu à peu dans le second âge les vastes et brillantes pagodes , espèce de pyramides compliquées, qui montent en diminuant par degrés, et se terminent en coupole , ouvrir timidement leurs yeux vers le soleil ; tristement éclairées par de rares et étroites fenêtres , elles sont encore moitié catacombes.

Les statues , ou mieux les colosses qui ornent ces temples , sont toujours plus ou moins hiéroglyphiques. Dans le fameux sanctuaire souterrain dEllora, un Dieu assis, entouré de génies , ligure 1 architecte des mondes , tenant l’équerre ou triangle , instrument élémentaire de tout art , et traçant avec la règle une ligne verticale qu’une horizontale traverse , pour désigner la formation de l’angle droit , principe de tout engendrement des choses et des êtres dans la philosophie chinoise et orientale. Ces deux lignes au fond ne sont autre chose que la mystérieuse croix des prophètes , ou le Tau Phénicien, hébraïque et grec, qu’on trouve déjà comme clef de de la vie future en Égypte , placée sous forme d’un T renversé , entre les mains de la femme ou Isis, et de tous les grands prêtres, chargés d ouvrir 1 entrée du monde des mystères. On sait maintenant que ce phallus , emblème de la rédemption par la génération physique et morale, ou du sacrifice au moyen duquel 1 être renaît dosa mort, fut universellement vénéré jusqu’à l’arrivée du Messie.

Ainsi les nombres s allient aux formes ou plutôt les engendrent, comme de l’arithmétique et de l’algèbre naît la géométrie, base de 1 architecture. De même que des deux lignes croisées jaillit toute la série des lignes d’un édifice , de même, au moral,

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une union correspondante engendre ie fils ou le sauveur , fondement de la famille à venir.

Ce Verbe du ciel , époux des âmes et dieu de l’amour, est représenté partout sous le nom de Vishnou et de Crishna, voyageant sur un éléphant , formé de neuf corps de jeunes filles enlacées ensemble, qui figurent les trois Grâces grecques, dominées par l’Esprit , et multipliées trois fois à l’honneur de la trinité , dont les deux autres personnes , Siva et Brahma , sont ordinairement d’affreuses idoles, l’une en femme qui dévore la vie et s’environne de squelettes , l’autre en vieillard barbu et conservateur.

Dans quelque région qu’on étudie cette sculpture , fille de l’Indus, le caractère colossal ne l’abandonne jamais. Les Anglais viennent de découvrir dans l’île de Ceylan des temples circulaires de cent pieds , que surmontent des obélisques , et que des lumulus funèbres environnent 1 . Au milieu de cette enceinte , qui semble avoir été un cimetière, règne sur les morts la statue de Bouddha, élevée de quatre-vingts pieds, dont trente sont occupés par le piédestal , et qu’on dit bien proportionnée, avec une autre figure à genoux devant elle ; toutes deux taillées dans le roc , ne se détachent point de l’ensemble du monument , et font comme partie de l’architecture.

Du reste , quelque inférieur qu’il soit , l’art des Brahmanes a de l’élan. C’est une vie enchaînée , mais ardente. On dirait la réalisation morale de ce bel arbre du Gange, qui dans sa fécondité inépuisable se dresse sans cesse vers le ciel , pour retomber rampant vers la terre , et transformer ses rameaux en racines.

Bien différent est l’art égyptien. Lugubre et résigné, il n’a d’autre culte que celui de la momie, et d’autre inspiration que

' V Artiste, 1834.

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la mort. Plus lourd , et infiniment moins varié que son rival, il n’a pas même encore appris à couronner le temple par une voûte; tout est plat, tout rampe, suivant l’inflexible ligne droite. Il répète partout ses uniformes obélisques, comme plus tard ses grossières pyramides. Tous ces fruits de la patience séculaire de générations manœuvres ne soutiennent point la comparaison avec les travaux du reste de l’Orient. Tandis que les Indous , légers même sous la chape de plomb qui les écrase , semblent un peuple d enfans spirituels qui jouent parmi des fleurs , on croirait que l’Égypte , dans sa solennité lugubre, est une veuve pleurant devant un cercueil. Tout ce qu’elle fait semble ne tendre qu’à éterniser ce qui est passager , à immobiliser ce qui marche et change.

Il y eut au moins une chose dans laquelle l’Égvpte excella , ce fut dans la caractérisation par la sculpture des forces brutes de la matière. L’homme , en tant qu’animal , et tous les autres animaux sacrés furent exprimés avec une effrayante puissance. Ce fut, certes, malgré son matérialisme, une gigantesque nation, celle qui créa les deux lions de la rampe du Capitole. Aujourd’hui même que l’homme est affranchi de la terreur , il est encore difficile de passer devant eux sans craindre, en quelque sorte, d’en être dévoré.

Quant à l’art des Chinois , il eut long-temps la même destinée que celui de ses voisins du Bengale et de llndostan. D’abord sombre et lourd, promenant comme un reptile , au sein ténébreux de la terre , les replis de ses labyrinthes et de ses catacombes sacerdotales , maintenant encore desservies par les bonzes et visitées par des armées de pèlerins, cet art s’épuisa long-temps à creuser d’immenses cavernes , qui excitent aujourd’hui l’étonnement. Mais peu à peu il devint léger, au point de créer des tours de porcelaine , plus hautes , à en croire les chroniques de ce peuple, que nos plus hautes tours

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gothiques. Mais ces espèces de vases gigantesques , dont les* plus fameux n existent plus , loin de prouver en faveur de la Chine , montrent déplorablement sa totale absence de goût , et combien vite celte nation de vieux enfans est descendue de 1 idéal au moins grandiose des autres nations primitives , pour ne plus se développer que dans un sens purement mécanique. Dès lois, arrivés avant lâge au maniéré d’une civilisation momie, les Chinois perdent tout désir d’éterniser leurs œuvres. Sentant leur propre néant , ils ne voient plus dans l’art qu’un jeu puéril , un délassement pour l’ennui. L’élégant palais en bois vernis du mandarin, rappelant la hutte de bambou duMongole , s élève bizarre et contourné, avec ses colonnes aux mille couleurs , ses poutres qui s’élancent comme des monstres , ses toits en tentes , ornés de rangées de clochettes , et ses crêtes où sont sculptés en guise de girouettes une foule de personnages grimaçans.

Dans la statuaire et la peinture , une incroyable patience s use a créer des choses grotesques ou vétilleuses, dont l’exécution nous étonne souvent comme perfection des détails , mais dont l’ensemble n’impose jamais.

Pris en masse , 1 art religieux des Chinois nie la morale et la dignité humaine , il rit du monde et de la vie , comme ferait un sophiste grec.

Mais auprès de cet art mesquin des mandarins , des moines lems esc.aves , et du peuple qu’ils abusent, se montre un art puissant, solennel et presque romain, c’est l’art que solde le gouvernement. De sorte qu’ici , par un renversement d’idées qui ne se voit nulle part ailleurs, le côté de l’art profane, mobile et sans lois, comme sans grandeur, est le côté religieux et sacerdotal , tandis que l’autre, moitié purement politique et militaire, est la partie monumentale, immuable, sacrée. Les plus fameux temples ne sont rien auprès de la demeure impériale.

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Les arc* triomphaux , les ponts surtout , et les grandes routes, seraient digues d’un peuple européen. Malheureusement cet art demeure, comme la littérature dont il émane, enfermé dans l’hiéroglyphe.

Il ny aurait qu’un moyen de ressusciter cette importante moitié de 1 Asie , ce serait de lui donner l’alphabet et la presse proprement dite. On assure que les Anglais secouent plus fortement que jamais le sommeil de plomb de la Chine. Si ce vieux Saturne pouvait se remettre en marche, etcherchait,pour fondre

ses glaces , le soleil de l'occident ! rencontrant le colosse

Russe , par une nécessité géographique , dans son premier contact avec l’Europe , nul ne sait quels événemens pourraient surgir alors dans la lutte de vie ou de mort qui commencerait nécessairement entre les deux plus vastes empires du globe ; les deux formidables chimères , les deux grandes momies religieuses du septentrion et de l’orient se rencontrant face à face.

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