De l’art (persiqur , jjtyimcien et fJflasjgique
Avant Jésus-Christ, convertir un peuple c’était le subjuguer; il y avait bien sans doute des guerres de prosélytisme , mais par les armes, non par la plume. Ainsi les conquêtes d’Alexandre puisaient leur principale force dans la nécessité de faire triompher la jeune civilisation de la civilisation vieillie du monde primitif . Il en avait déjà été de même de Cyrus et de Cambyse, détruisant Babylone et le sacerdoce égyptien.
Ces peuples combattans semblent avoir les premiers adopté le dualisme dans leur culte. A leur tête sont les Perses. Ces fils de la lumière , venus de l’Inde avec leur Zend-avesla
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voyaient en toutes choses le combat de deux principes opposés, le bien et le mal , l’âme et le corps , le jour et la nuit. Toute la création, arbres, oiseaux, animaux, se partageait en pure et impure , lumineuse et ténébreuse. Et le guerrier perse, placé entre ces deux camps d’Ormuzd et d’Alirimann , se croyait appelé à combattre jusqu’à la mort, au nom de Mitlira, le soleil, incarnation d’Ormuzd , les ténèbres morales et physiques. Mais dans cette doctrine , tout une moitié de la création était déclarée hideuse et mauvaise ; et l’art ainsi se privait de la moitié de ses ressources.
En outre , l’esprit hiéroglyphique , qui cherche à entasser dans un seul être les formes principales d’une foule d’êtres différens , régnait chez les Mèdes ou Perses , comme dans l’ancienne Babylone , conquise par eux , et arrêtait tout élan de l’art. Dans les ruines de Persépolis , et surtout les monumens relatifs au culte de Zoroastre , on retrouve les deux animaux , représentai des deux côtés monde et immonde de la création ; ce sont la licorne , être triple , composé des trois bêles les plus utiles à l’homme, c’est-à-dire, le cheval, le bœuf et l’âne. Ce symbole du soleil , agissant dans le règne animal , lutte incessamment avec sa corne contre son ténébreux ennemi, Marlichoras , l’égorgeur d’hommes , monstre composé de lion, d’homme et de scorpion.
Au reste , l’art persique , bien moins sacerdotal que tous les précédens, recevait peu du prêtre , et ne s’inspirait guère que des cérémonies royales et de la pompe guerrière. Les pontifes chaldéens , plus lard les mages, étaient transformés en princes et vivaient à la cour. Le monarque pouvait seul allumer le feu sacré ; seul , il pouvait faire le grand sacrifice , en immolant le bœuf, emblème de ce taureau-monde, de qui toute créature était primitivement sortie ; seul enfin il possédait le calice de Dschemchid, coupe magique, où convergeaient les
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rayons de la nature entière , et qui était censée donner à son possesseur toutes les richesses.
Aussi le camp du roi , dressé lui-même , selon toute apparence, en forme de zodiaque , était le fondement de la cité. Ecbatane avait sept enceintes de remparts en briques , dont chacune portait l’une des sept couleurs attribuées aux sept planètes. Les monumens de Persépolis offrent, au lieu de temples, des ruines de palais d’un caractère gai , pompeux et libre , expression de mœurs brillantes et frivoles. Des colonnades bien plus légères, sveltes et hautes qu’en Egypte , avec des fûts cannelés, des chapiteaux couverts de sculptures riches et diverses, y soutenaient des portiques splendides et des terrasses s’élevant par étages et couronnées de salles éblouissantes d’or et d’argent : partout des frises chargées de bas-reliefs, d’une sculpture bien plus délicate que celle de Memphis.
Tel est l’art qui , peu à peu s’avançant vers l’Asie mineure , devait inspirer l’Ionie. Mais auparavant il s’unit à l’art phénicien , qui sert comme à combler l’espace entre les monumens encore impersonnels des grands rois et ceux d’Athènes.
Les riches et démocratiques marchands de Tyr et de Sidon font donc descendre l’architecture des hauteurs impériales de Babylone et de la pompe aristocratique des Mèdes, à un caractère plus humain et plus moral , à une simplicité plus utile et plus belle. Mais pour avoir préféré, dans leurs ouvrages si vantés, le bois à la pierre , et employé le cèdre du Liban au lieu du rocher taillé par l’Inde et l’Égypte, les monumens de ce grand peuple n’oni pu survivre. Le seul temple de Salomon , dont nous nous réservons de donner plus tard une description critique , construit en partie par les architectes de Tyr , peut nous donner une idée de cet art à la fois élégant et puissant , qui fondait en métal des colonnes si fines , et taillait d’énormes rochers pour ses fondemens.
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Enlin Cadrnus va vers l’occident éclairer des barbares nouveaux qui seront un jour les Thébains , les Spartiates, les Athéniens , et chez qui naîtront Pindare, Anacréon, Sophocle, Phidias, Polygnote, Apelle.
Nation mystérieuse et insondable, mais qu’on croit avoir été agricole et simple , soumise à une caste pacifique de prêtres , organisée comme celles d’Orient , les Pelasges préparent le sol physique et moral de la Grèce à recevoir les Hellènes , race guerrière qui vient les subjuguer et fonde un régime de liberté féodale , c’est-à-dire pour quelques uns , d’où sort l’âge héroïque et épique de la Grèce remuante qui succède à l’âge orphique et sacerdotal. Les bardes chantent les héros et les exploits au lieu des mystères théologiques d’Orphée , et Homère célèbre Ilion ou les dernières splendeurs de l’Orient vaincu. Mais voici un troisième élément social qu’apportent les marchands asiatiques , accoutumés à se sentir libres au moins sur leurs vaisseaux.
Athènes est fondée ; l’aristocratie guerrière expire partout où s étend 1 influence de la ville de Minerve. Chassée même violemment , elle revient avec les Héraclides , subjugue le Péloponèse, fonde Lacédémone , et la Grèce se partage en deux races , sous deux systèmes divers de civilisation : Dorique au nord ; là tout est grave, fort, solennel et simple ; Ionique au midi , dans l’Attique , les îles de l’Archipel et l’Asie mineure; là tout est léger, doux , riant et varié. Ces deux élémens se développent en face et rivaux l’un de l’autre dans les sciences, les arts , la littérature , la politique.
Nous venons de résumer le développement des six grands foyers d’art de l’antiquité primitive. La mystérieuse triade de l’origine d’où sont venues toutes choses , l’Égypte , l’Inde et la Chine , nous ont montré la domination presque toujours idolâtrique et par conséquent tyrannique des sacerdoces constitués
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avant le temps et par la simple sagesse humaine. Souveraine absolue à Thèbes et en Éthiopie , cette prétendue théocratie va peu à peu s’affaiblissant d’intensité jusqu’à ce quelle tombe enfin dans la Chine sous le joug du pouvoir temporel. Alors s’organise par le grand Cyrus une seconde triade qui doit aboutir à Alexandre, et dont le principe est la lutte matérielle, militaire, contre le côté rétrogade du monde. Les sacerdoces peu à peu se fondent dans la science , et la science devient plus extérieure , plus profane en apparence , quoiqu’au fond beaucoup plus spiritualiste. Le mystérieux Zoroastre occupe le fond de ce second monde d’où surgit Pythagore , le premier philosophe de l’Occident. Les prêtres suivent les conquérons dont la mission est commencée. C’est le temps des splendeurs de Babylone et de Tyr-la-Grande. Jusqu’alors l’art avait été borné presque exclusivement aux animaux sacrés, lion, éléphant, taureau, sphinx et griffons ; tous ces êtres , quand ils ne sont pas chargés de hideux emblèmes, deviennent sous le ciseau de l’Orient d’un idéal puissant. Mais on n’ose encore que bien rarement aborder l’homme , et on le représente alors si gigantesque , qu’il semble de loin un rocher dont la tête se perd dans les cieux. Cet idéal demeure jusqu’à Alexandre, dont les architectes désirent tailler le mont Athos à la ressemblance de leur maître
Or, par suite de la vie idolâlrique et conséquemment stationnaire de ces peuples , ce qu’on dit de l’art dans l’antique Orient peut se dire aussi de l’Asie moderne. Là , l’esprit humain ne s’est jamais totalement dégagé des langes où la nature , comme Isis, se plaît à l’abreuver jusque dans sa vieillesse du lait des illusions et des rêves : alternativement douce ou terrible, elle berce et cache incessamment sous ses voiles magiques son contemplateur ébloui et vaincu.
Là, toujours le pouvoir spirituel, que ce soient princes ou prê-
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très qui l’exercent, fut tellement uni au pouvoir temporel, que la liberté dans les arts, comme dans les institutions, n’a pu se développer. La cour des rois et celle des dieux se ressemblent; le trône est comme le ciel , et l’autocrate qui l’occupe est comme la divinité suprême : toutes ses ordonnances infailliblement justes et vraies deviennent le catéchisme des peuples. Peut-il être même question du beau et de l’harmonie dans de telles sociétés?
Pourtant elles ont couvert le monde. Elles se sont étendues jusque dans l’Atlantide , où les Espagnols , à la suite de Colomb, les trouvèrent encore dans toute la magnificence de leur vie végétative. Le Pérou et le Mexique sont encore couverts des ruines de cette civilisation à la fois puérile et louchante. Car, comme un lys que foule un pied cruel , et qui venait de s’épanouir, elle aspirait à monter. L’histoire des monumens mexicains et péruviens occupe aujourd’hui trop d’esprits pour ne pas espérer de voir bientôt la religion et l’art primitif des Américains se dévoiler à nos yeux , du moins au même degré de clarté que ceux de l’Inde et de l’Egypte.
Or il y a trois mille ans que notre Europe était au même degré de civilisation; et se couvrait aussi de monumens celtiques et pélasgiques dont les débris nous étonnent également. Ces dolmens druidiques , ces pierres énormes dressées pour les sanglons sacrifices au fond des forêts de la Gaule, ces sanctuaires formés de quatre blocs de rochers , ces pyramides branlantes au bord de l’Océan , dans les bruyères des Bretons, et en Ausonie ces forteresses cyclopéennes, espèces de manoirs desPélasges et des Sicules, construits d’énormes polygones de granit ou de lave , unis entre eux sans ciment , et qui, du haut des Apennins, semblent menacer encore le voyageur, comme au temps d’Hercule et de Thésée ; tout cela est le crépuscule d’où nous sommes sortis par la Grèce et les Étrusques , dont les douze républiques sont comme le zodiaque lumineux qui éclaira l’Occident.
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