‹ Essai d'une philosophie de l'artChapitre 26 sur 51 · ÎDrs pantins · texte numérisé non relu

ÎDrs pantins

Ces quatre puissantes races , représentant les quatre principes de la création nouvelle , étaient primitivement destinées à agir comme quatre hiérarchies d’anges , chacune suivant sa nature ; libres et réunies dans une commune prière , elles devaient en quelque sorte réaliser ici-bas la vision apocalyptique des quatre animaux adorant le Verbe parmi les astres. Le taureau , emblème de la science , le taureau ruminant du sacrifice et des mystères sacerdotaux , parut avoir été donné à Bysance par l’évangéliste grec , saint Luc. Placée comme le bœuf à la crèche de Noël , Bysance en effet adora la première par ses philosophes néoplatoniciens la science nouvelle. Et de même que l’animal du labour est le symbole antique de la fécondité sensuelle , l’emblème des eaux de la nature humectant un sol préparé , de même la Grèce eut pour mission de lisser avec son imagination le voile magique du spiritualisme chrétien, de rehausser par mille pierres précieuses les appas de cette muse nouvelle , consacrée à l’histoire et à la sévère vérité.

Historiquement considérée , Bysance , la reine au trône qui pose sur l’Europe et sur l’Asie, qui donne la main à l’Orient , berceau de toutes choses , est la première nourrice de l’art moderne. Né à Rome , centre de l’Occident ou du monde accompli , cet art fut envoyé quatre siècles après sa naissance , à l’extrémité orientale de l’univers romain ou de la sphère civilisée, afin que dans cet exil il pût être élevé avec plus de sécurité , pendant que sa mère légitime , après avoir vu , sous le souffle de son nouvel époux , se dissoudre et se ruer sur elle

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toutes les zones de glace qui l’entouraient, réorganisait lentement par son propre martyre l’intérieur du globe chrétien. Pendant que Rome au pouvoir des barbares est étendue , victime, sur son bûcher , au centre du monde , la Grèce lointaine , qui par la mer Noire touche aux régions des ténèbres et de l’inexpugnable barbarie , conservait et échauffait dans son sein tous les germes de l’art et de l’esprit modernes.

Mais ce nouveau génie grec , si digne rejeton de l'antique,, est arrêté dans sa croissance d’abord par l’arianisme , puis par les iconoclastes , et enfin par le schisme , au moment où «on essor allait l’enlever vers les deux.

Sous le bas-empire il va se rapetissant. Les artistes grecs n’ayant plus de centre , plus d’unité catholique , pressés de toutes parts par la servitude et la barbarie , se dispersent. Partout mieux que chez eux , ils fuient par le monde , mais conservent obstinément leur style demi-oriental sur la terre étrangère. Et le pâle ciel de l’Occident , sous lequel ils vont errer , ne leur présentant plus rien de grec dans ses teintes et ses paysages , ils sont portés encore davantage à se séparer de la nature. La sculpture même , l’art hellénique par excellence , expire dans le conventionnel.

Néanmoins Bysance schismatique, tombée sous des Gésars papes dans le pire de tous les esclavages, l’esclavage religieux, conserve encore assez de force pour produire en Orient l’art mauresque , et influer en Occident sur les deux arts , germanique et italien. Par eux, le beau génie qui était mort d’inanition à Bysance reprend peu à peu une vie si forte et si riche , si variée et si brillante , que jamais il n’y eut d’époque semblable.

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Charlemagne et ses successeurs avaient fait venir en Gaule et en Germanie des artistes néo-grecs et romains. La rotonde bysantine et le monastère romane s’élevaient au milieu des forêts , lourds et pesans comme les Germains , mais trouvés merveilleux par des barbares qui n’avaient eu jusqu’ici pour temples et pour palais que des huttes de bois de chêne et de sapin. Enfin l’art que l’on a depuis appelé gothique , après de longs efforts , fut enfanté presque simultanément dans le midi Golh ou Espagnol et Provençal , et aux bords du Rhin.

Alors s’accomplit dans le monde un grand hymen de l’homme avec la nature : la poésie , fondement de tous les arts , ne fut plus séparée d’eux : les peintres et les sculpteurs furent des poètes , et leurs tableaux comme leurs statues des odes à l’Eternel. Ils conçurent et rendirent sensible la plus haute beauté morale qui ait encore existé , et l’enveloppèrent de tout ce qui charme les sens , mais sans chercher à les flatter.

Deux peuples ont été spécialement chargés de développer cette beauté appelée gothique , et qui n’est au fond que la pri mitive beauté chrétienne , eonçue sous d’autres couleurs par des nations nouvelles ; les deux plus puissantes pour l’art sont les Normands et les Allemands.

Nés architectes et mathématiciens , moins poètes que les rois de la mer Francs et Normands, mais aussi moins mobiles et plus profonds , fils de Strasbourg et de Cologne , les Allemands représentent au nord les vieux Romains dont ils prétendent avoir hérité , et cherchent dans l’art comme dans la société à

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renouer le monde moderne au monde antique , le dur caractère païen à l’expression de l’amour , la liberté à l’esclavage. Leurs châteaux et leurs cathédrales ont , ainsi que les statues de leurs héros, un aplomb terrestre, un orgueil de domination matérielle , que les autres peuples chrétiens plus mystiques n’offrent point au même degré. Mais ce caractère n’exclut en rien le triomphe de l’intelligence ; elle semble, sur les tours des églises allemandes , commander aux pierres même. Seulement cette puissance paraît être exercée surtout en architecture. La sculpture gothique et la peinture sur verre ne furent élevées à leur apogée que par les Normands.

Un grand développement d’art, réellement national dans une autre branche que l’architecture, l’Allemagne ne peut l’offrir. En sculpture, les célèbres travaux des églises de Niïruberg sont déjà de la dernière période du moyen âge. Dans les expressifs apôtres du tombeau de saint Sebald , on reconnaît distinctement l’influence italienne et le penchant à se jeter dans des effets de peinture. Pourtant Fischer et Adam Kraft n’en doivent pas moins être placés parmi les génies qui ont le mieux mérité de la statuaire chrétienne. Mais le gigantesque monument de Maximilien Ier, à Innsbruck, où il occupe tout une église , marque déjà le moment de l’invasion française dans la sculpture germanique. L’habit de cour et tous les airs de la gentilhommerie de Louis XIV se révèlent sur les fins bas-reliefs du mausolée , tandis que les anguleuses formes teutoniques régnent encore sur plusieurs des colosses qui l’entourent.

En peinture , l’Allemagne a encore moins d’originalité. Cranach et Ilolbein , quoique nés dans son sein, ne lui appartiennent qu’ indirectement , car ils sont allés se développer ailleurs. Si leur style fort et leur coloris sec et dur indiquent la patience allemande , le réalisme de leurs portraits est anglais ou flamand. Martin Schœn et Wohlgennilh, sculptent plus souvent

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qu’ils ne peignent. Il manqua à ces anges d’être plus favorisés par une technique éclairée. Et quand elle parut, Durer, ce Dante du nord , mais Dante sans amour, jeta l’art dans l’exagération et l’abus d’une forme si péniblement conquise.

Il ne faut donc point chercher au delà du Rhin un monde ou organisme complet : c’est qu’en effet jamais les Teutons , malgré leurs gigantesques tentatives d’empire, n’ont pu fonder sur leur sol une nationalité compacte et indépendante ; la partie danubienne de celte zone de rochers a toujours reçu sa lumière de l’Italie , la partie du nord tire du monde Slavo-Grec son principe vital ; les provinces rhénanes se sont toujours inspirées de l’esprit français et belge. Aussi , grâce à ce mariage, dont témoigne toute l’histoire , depuis Charlemagne , le Rhin coule entre les deux plus grands peuples, comme le fleuve saint de la civilisation. « A l’approche des villes sacrées de Cologne, de Mayence et de Strasbourg, dit Michelet, il s’adoucit, il devient populaire , ses rives ondulent doucement en belles plaines, il coule silencieux sous les barques qui fdenl , et les rets étendus des pêcheurs. Mais une immense poésie dort sur le fleuve , c’est l’impression vague d’une calme et douce nature , peut-être une voix maternelle qui rappelle l’homme aux élémens, et , comme dans la ballade , l’attire altéré au fond des fraîches ondes j peut-être l’attrait poétique de la Vierge , dont les églises s’élèvent tout le long du Rhin , jusqu’à sa ville de Cologne , la ville des onze mille vierges....

« La \ierge était partout sur le Rhin , simple femme allemande,... pure, touchante , résignée... tout cela se voit dans le tableau de l’Annonciation à Cologne ; l’ange y présente à la Vierge, non un beau lys, comme dans les tableaux italiens, mais un livre, une dure sentence , la passion du Christ avant la conception. »

Ce dernier fait dit toute l’Allemagne et prophétisait ce qu’elle

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était appelée à devenir. Car, de même que la Grèce, si elle avait pu rester fidèle , aurait formé la limite lumineuse et infranchissable entre le nouveau réalisme chrétien et l’antique mythologie, et serait demeurée à jamais le merveilleux Orient; de même la lorle humanité du septentrion, ou le cercle germanique , ballotté entre les tempêtes des Alpes et les tempêtes de la Baltique , aurait labouré à larges sillons le champ de la philosophie et de la science expérimentale , et aurait proclamé le triomphe de l’esprit sur la matière rebelle. Mais séduit par Bysance , sa compagne , le dur germanisme, naturellement enclin au doute , toujours prêt à s’échapper par la tangente , à se laisser entraîner par enchantement pour sa propre intelligence hors des fondemens de la foi , s’éloigna des traditions romaines , passa du froid symbole aux débauches de la forme , et il avait déjà protesté dans l’empire de l’art , long-temps avant de devenir protestant en religion. De cette manière, tout son génie est allé de plus en plus s’absorbant en stériles travaux de patience.

Un peintre allemand nommé Denner a fait des portraits où, en les regardant à la loupe, on distingue l’ombre de chaque ride , sa demi-teinte , et son clair , chaque poil des sourcils et de la barbe. Rien n’est oublié que la vie , et le dessin est faible et la couleur mauvaise. Où mènent ces désespérans travaux?

Ainsi ces deux cercles grec et germanique n’atteignirent point la maturité ; ils restèrent esclaves des sens , et par là soumis aux illusions terrestres, dont la plus triste est celle des armes et des distinctions qu’elle engendre. Tous les peuples de ces zones réclamèrent pour drapeau l’aigle stupide et rapace des victoires de l’antiquité. Mais sous le règne d’une religion spiritualiste comme la chrétienne , l’aigle de la conquête romaine est hors la loi , elle n’est plus que l'instrument du mal. Ce qui

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s’appelait le saint empire allemand n’avait pour base que l’antique droit de la force brute ; c’était le veau d’or dans le camp d’Israël , qui laissait , sans le savoir, réédifier au sein de la lumière la cité féodale d’Ahrimane.

9. Hé l’art flaityiqitf îlormanït ou Sln^lo-./rançaio. <£i)ute î»e cct art , trc #raîtr par l’roprit anti-traditionnel du Xtord.

Heureusement pour le monde , il se formait peu à peu dans les Gaules et l’Angleterre une humanité plus compacte et plus équilibrée , fruit du mariage du nord avec le midi , résultat de la fusion des trois races , Scandinave , celtique et latine. De ce cercle , qui est le troisième , sortit enfin une vie complète , vie d’action et de pensée tout à la fois , vie de progrès et de liberté. A peine apparaissent-ils en corps de nation que les Francs sont déjà les chevaliers de la papauté , c’est-à-dire les défenseurs de l’esprit contre la matière. Dès lors emblème de la pensée qui ne s’endort jamais , veillant nuit et jour pour le salut de tous, le coq des Gaules , au sommet de ce cercle, commence à crier l’heure au monde. Héraut vigilant de la civilisation , il en marque tous les pas , il en dévoile tous les ennemis. Sous sa protection les républiques municipales grandissent , les Celtes se relèvent; mêlés aux Scandinaves, ils s’appelleront Normands et Belges. Impressionnables et mobiles comme la mer sous le souffle de Dieu , unissant le sang-froid batave au feu ardent des âmes latines , ils engendrent un art qui forme comme le passage de la Germanie à l’Italie , de l’architecture à la peinture.

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Gracieux et légers artistes, vrais anges s’ils n étaient pus des hommes , disait un pape des Angles , l’une de leurs tribus, iaisant pour ainsi dire des cathédrales de dentelles, les Normands et les Belges étaient principalement sculpteurs et décorateurs. La solitude et le silence de la forme leur sont un supplice ; tout ce qu’ils composent est en quelque sorte inondé d expression. La vie déborde dans leurs mouvemens , là où 1 Allemand aime au contraire une majestueuse immobilité. C est pourquoi il est architecte ; c’est pourquoi son pays est destiné à être le mur de granit qui relient l’avalanche du nord ; et quand le Teuton s’avance au midi , et veut en adopter les arts sans restriction, il s’énerve et se fond comme une cire molle. Car les Normands seuls ou les Celtes, dont le centre d’action est la France, furent constitués par la nature , dès l’origine, comme médiateurs entre le nord et le midi. Et c’est pour cela que leurs colonies occupèrent primitivement les deux extrémités de l’Europe civilisée , l’Angleterre et la Sicile.

On a comparé , peut-être avec plus d’esprit que de logique , le génie rêveur et profond de l’Allemagne à celui de l’Inde , en même temps sacerdotale et guerrière. Dans ce sens , les Normands correspondraient aux Perses , le côté libre et brillant de l’Asie , les chevaliers errans de l’antiquité. Quelquefois , comme au temps de Brennus, on a vu en effet l’aigle-vautour partir encore des Gaules , pour aller porter le ravage sur la face du globe : mais c’était en même temps l’aigle de la pensée , versant la lumière sur les peuples, même alors quelle foudroyait les princes.

La haine ordinaire entre frères , quand ils sont forcés d’être ennemis , avait, il est vrai , paralysé durant des siècles le développement de l’art , chez les deux puissantes tribus normaniques, héritières de la souche celtique. Mais tout en chevau chant , les chevaliers composaient des poèmes , et les bourgeois

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bâtissaient ou sculptaient, tenant le marteau d’une main et lepée de l’autre.

Or, ce qui distingue surtout les blanches et légères cathédrales normandes de leurs sombres et noires rivales d’outre Rhin, c’est la magnificence des vitraux. Il était simple et naturel que le peuple à la fois le plus vif et le plus intelligent de l’Europe , fût le principal créateur du plus impressionnant et du plus spiritualiste des arts du dessin , la peinturé sur verre. Ce fut donc chez les Normands de France qu’elle eut son foyer le plus actif. Que cet art soit venu de la Perse , ou de la Chine , en occident, peu importe : il n’a dû, comme l’imprimerie, son développement qu’aux chrétiens. Malheureusement , il existe bien peu de verrières exécutées dans un goût pur. Pourtant deux ou trois, à Rouen , sont des chefs-d’œuvre du premier ordre ; on en cite également plusieurs en Belgique. Mais son triomphe c’est la décoration ; ce sont ces deux roses, étincelantes de toutes les couleurs de la nature , et qui , placées de chaque coté du chœur , inondant de rayons le maître-autel , semblent les deux yeux de diamans de la cathédrale , regardant, l’un vers l’orient, l’autre vers l’occident. Sans doute cette peinture de fête, et pour ainsi dire d’apparat, est bien au dessous de la peinture ordinaire pour la vérité complète, la réalité sévère, et l’universalité des effets. Mais , aux yeux des Français , elle doit être d’un prix inestimable. Car, de tous les travaux de nos aïeux, fresques immenses peintes sur les murailles des temples , tableaux encaustiques, peintures à l’eau d’œuf, même celles exécutées à l’huile, presque tout a disparu. Il n’y a que les éternels vitraux peints qui puissent nous faire connaître le génie de nos vieux peintres d’histoire. Deux moines , l’un de Florence , l’autre d’Ulm, en Bavière, Fiesole et Jacques l’Allemand, tous deux regardés comme saints , sont devenus les patrons de cet art. Mais jusqu’à Van Eyck, les plus belles verrières n’étaient guère

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qu’use espèce de mosaïque transparente , à vitres de diverses couleurs , liées ensemble avec du plomb. Sur ces verres coloriés dans leur masse , on se bornait à buriner des sillons pour former des draperies , et à remplir ces entrailles d’émaux en fusion. Ce fut, dit-on, Jean de Bruges, qui parvint le premier à appliquer avec le feu les couleurs vitrifiées sur le verre blanc; et alors cet art put réellement s’appeler peinture. Grâce à ce procédé encaustique, Mellein et Pinaigrier , à Paris , atteignirent enfin , comme peintres vitriers , le plus haut point d’originalité ; après quoi , Enguerrand le prince et ses successeurs ne firent plus que copier Raphaël ou Michel-Ange sur le verre , sans s’apercevoir du contre-sens.

Les Français étaient alors les premiers peintres verriers de l’Europe. L’un d’eux, Guillaume de Marseille, travaillait aux fenêtres du Vatican , en même temps que Raphaël en peignait les murailles. Enfin , Bernard de Palissy , à force de patience , parvint à créer des émaux infiniment plus parfaits que ceux de Bruges. Mais au milieu de ces perfectionnemens matériels, la peinture des vitraux tombait de plus en plus dans la miniature , où elle finit par s’engloutir.

Alors le moyen âge était en lambeaux par toute l’Europe ; personne ne le comprenait plus. Cependant l’art gothique avait grandi avec une pleine conscience de son but et de ses moyens, ne cédant qu’accidentellement aux caprices qu’on lui attribue, et montrant au contraire dans l’ensemble de sa marche une régularité admirable. Mais arrivé à ce qu’il crut l’apogée de son développement , il méprisa les types sacrés qui , en sculpture , comme en architecture , auraient toujours dù le diriger, il nia la tradition, se jeta dans toutes sortes d’excès ; et, pendant ce temps , le protestantisme vint ; les guerres religieuses de France, d’Angleterre et d’Allemagne commencèrent ; le chaos militaire et royal de l’Europe enterra, encore tout palpitant

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de vie, cet art sublime né de la plus divine et de la plus ardente passion.

Albert Durer , la dernière figure , trop souvent grimaçante, de ce grand âge , en élevant à son apogée la peinture allemande , éteignait en même temps le peu de mysticisme qui l’avait animée jadis , et legarait dans des régions sans amour , où il sut rester géant , mais où ses successeurs s’évanouirent comme des ombres bizarres. Ce style forcé, caricature du gothique, qu’on appelle le style baroque , et dont la terre classique est l’Allemagne , naquit à la chute du moyen âge , par le mépris de l’idéal sacré , transmis par les Romains depuis la primitive Eglise, et qui avait inspiré tous les beaux monumens du christianisme. Durer, dans la peinture, mit une nature triviale, souvent ignoble, à la place de ces types solennels conservés à l’art avec tant de sollicitude par les décrets même des conciles contre les innovations des Barbares. Dès lors , tout s’en alla pêle-mêle dans l’abîme du caprice et de la mode. La nature fut copiée sans choix ; on en prit même avec plaisir le côté bas et dégradé. Le supplice réel vint au lieu de la passion , l’homme seul à la place de l’homme-dieu. Pour créer de nouveaux effets, tous les arts empiétèrent les uns sur les autres , la sculpture imita les tableaux, et renonçant à sa vie propre, tomba dans la peinture. Une agitation bizarre de gestes et de muscles succéda aux expressions calmes etvivantes. Ce style baroque, dans les trois arts du dessin, fait la transition entre le spiritualisme des quatorzième et quinzième siècles , si intimement marié à la nature , et l’art alternativement idéaliste et matérialiste des temps modernes.

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