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Pour maintenir ce glorieux statu quo, germaient de toutes parts les académies de beaux arts et de littérature, qui venaient donner des règles à ce qui n’en peut avoir , et couper les ailes du génie trop avides de repousser et de reprendre un vol indépendant. Louis XIV avait fondé à Rome sa fameuse académie française des beaux arts , où vingt-deux élèves émérites étaient et sont encore entretenus par l’état, pour apprendre pendant de longues années à bien répéter l’antique. L’habileté qu’ils gagnèrent peu à peu dans leur rôle , séduisit les autres nations. Chacune eut son académie, dispensatrice de la gloire, qu’elle seule s’arrogea le droit de couronner. L’humble peuple qui renonçait alors simultanément à toutes ses souverainetés , ouvrait des yeux ébahis , et s’efforçait d’être plein de joie, quand on daignait exposer à ses yeux quelques unes des productions émérites. Enfin l’académie elle-même s’aperçut que l’art était mort. Une dernièretentative fut faite pour le ranimer. Le vieil éclectisme , à son plus haut degré de perfection , se renouvela dans l’habile Mengs. Cet ouvrier vraiment étonnant posséda tous les styles ; il fut Raphaël , l’Albane, le Corrège , Guido Reni ; il fut tout , excepté lui-même ; il eut tous les dons , excepté celui de la vie. Aussi l’illusion ne dura pas. On s’aperçut vite du mensonge qui, dans ses figures fardées, avait fait croire à la
DES ÉPOQUES DE L’ART
vie ; et quand un sentit l’odeur du cadavre, le découragement lut tel que nul n’osa plus espérer du salut de la commune patrie. Pas un seul homme ne demanda sursis avant d’enterrer le mort, pour voir s’il ressusciterait. Ses funérailles furent faites ; et même à Rome , on n’osa plus parler de christianisme dans l’art. Créateur d’une école éphémère, et plus stérile encore que lui , Mengs avait abandonné l’arène à son rival , le génois Bailoni. Cet autre copiste , doué d’un esprit plus philosophique, et se doutant bien que ses toiles ne pourraient lui survivre, prit le parti d écrire au lieu de peindre , et a laissé des mémoires utiles sur l’art.
Or , avant d’en venir à ce point , l’académie française de peinture avait régné dans l’ordre suivant :
Coypel, Subleyras, Largollière, encore sérieux dans leur maniérisme ; Lebrun , Mignard , Lemoine , déjà bien plus dégradés ; Yanloo , Watteau , Boucher, ne sontplusquedes courtisans. Avec ces derniers arrive le dernier degré de l’indécence. L’art ne fait plus que des portraits de femmes du grand monde ou de comédiennes au sein nu , aux pieds coquets, au port impudique , aux larges paniers ; quelquefois pour comble de ridicule avec des moutons et des houlettes. Joseph Vernet , Latour et Greuse s’efforcent de sauver au moins la dignité morale de l’art, ce qui réussit davantage à Pien , dont la noble vie fut une réaction contre le style de Boucher, qu’il détrôna enfin par son élève David.
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Laissez toutes ces choses croître jusqu’à la moisson.
(Évangile. Parabole de l’Ivraie et du bon grain.)
On peut dire qu’il y a lutte en Europe entre le sens commun et l’admiration factice des amateurs. Le public cependant aimerait la peinture , si on ne
lui offrait que des tableaux utiles.
F. db Montabert. ( Traité de peinture, tome IX6.)
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