Etyute î»f Tait issu ta rmaissanar païenne
Ce qui caractérise l’arl français, ce n’est ni le sens fin et délicat du beau , ni l’exquis du sentiment ; c’est l’observation juste, l’expression précise , claire , monumentale. En nous s’est incarnée la logique de la beauté : aussi sommes-nous les peintres sociaux, comme nous sommes la nation sociale. C’est nous qui formulons la foi du monde ; nous ne pouvons ni précéder les temps , ni manquer aux choses quand elles sont mûres. Moins inspirés que les Italiens , mais donnant nous-mêmes le mouvement au Nord, pendant que les Allemands débutent par l’architecture, et que l’Italie s’enivre de peinture, nous ouvrons notre course par des monumens de statuaire. C’est pourquoi le seizième siècle en France n’offrit que de grands sculpteurs ; mais le dix-septième eut des peintres, tous formés par Voüet, élève du Guide, et maître du divin Lesueur. Après eûx vinrent Claude Lorrain et Poussin , les plus grands peintres de-
DE L’ART
puis Raphaël. Parle premier, le christianisme, qui venait d’être exclus de la peinture monumentale, prostituée aux cours, parvint à se fraye clans le paysage une nouvelle roule au cœur de l’homme. Le paysage , proprement dit, est d’origine chrétienne. Par le second , l’asservissement à l’antique fut , il est vrai , accéléré ; mais en même temps l’anachronisme de l’art du moyen âge fut détruit. Poussin est le premier qui ait traité la peinture historiquement, avec toute la précision d’un chroniqueur et d’un poète antiquaire. Il porte celle vérité jusque dans ses paysages. Aussi est-il le père du réalisme actuel. Philosophe avant tout , il eut le tort de regarder la couleur comme un luxe non nécessaire : il ne comprenait rien à la magie des teintes de Titien, de Corrège et des Flamands. Aussi toutes ses toiles ontelles souvent l’air de bas-reliefs. Mais observateur profond , en même temps qu’homme de solitude , il a mis dans ses scènes tout le silencieux recueillement de son âme sévère et passionnée. Ses tableaux survivans auraient suffi seuls pour sauver l’art du naufrage des monarchies.
Mais, pendant que la France rétablissait ainsi par son peintre philosophe le réalisme de l’histoire, au moins en ce qui regarde l’antiquité profane, un autre peuple, plus accoutumé à la souffrance , fondait sur des bases plus larges que jamais le réalisme de la naturel, ou la passion. C’était l’école flamande , couronnée par Rubens.
Jetés dans un industrialisme aride , avec une imagination ardente , les Belges cherchèrent de bonne heure à se consoler par Fart , qui fut pour eux comme un festin à la fois joyeux et grave, comme une coupe divine où l’on boit à longs traits l’oubli des tristesses présentes. Mais la prose des chansons bachiques n’avait point encore envahi ce noble banquet , lorsque Rubens parut. Alors l’école vénitienne, résumée dans Titien, Tintorello et Véroiièse , dominait l'Europe. La peinture de ce peuple,
AU DIX NEUVIÈME SIÈCLE
pompeuse comme les palais de ses sénateurs, triomphante comme ses floues dorées , exprimait le luxe delà vie et la force des citoyens; c’était comme une odyssée destinée à faire passer l’art du moyen âge aux temps modernes , comme une émanation profane delà sainte et solennelle peinture romaine. Rubens devait faire entrer l’art encore plus avant dans les joies et les douleurs de la vie. L’école ombrienne et latine avait peint l’humanité glorifiée , et toute recouverte de Dieu ; c’était la transfiguration du Thabor. Avec les Flamands vint le réalisme du Calvaire , Xecce homo , suant le sang et honni.
Le céleste Raphaël fut complété par Rubens, l’homme d’ici bas , le peintre aux chairs palpitantes , élastiques , à l’âme profondément entrée dans la matière, sans cesser d’être divine. Il fut le dernier peintre d’eglise , et composa encore pour les autels beaucoup de tableaux à volets. Ce riche souverain de l’art flamand vivait à Anvers dans une espèce de palais romain , construit par lui-même , au sein de la gothique ville. Quand il mourut, son convoi fut celui d’un monarque. Quoiqu’il eût été grand diplomate , et plusieurs fois ambassadeur , ce n’était pas le gentilhomme , c’était le roi de la peinture qu’on honorait.
Un an après , Vandyck , l’ami de Charles Ier, mourut à Londres, où il vivait aussi en prince. Avec eux finit la grande peinture , et le règne du génie flamand.
Or, pendant qu’ils nageaient dans les richesses , Rembrandt végétait à La Haie, obscur et pauvre, et mettait le dernier sceau à une grande révolution.
Ainsi , quatre génies puissans fondaient pour l’avenir le réalisme de l’art ; mais, pour qu’il pût se développer, l’art du passé devait être enseveli. Il le fut parles prosaïques Hollandais, et par ce qu’on a nommé assez improprement la peinture de genre, dont le père est David Teniers. Par la magie de son exécution,
DE L’ART
il tua ie grand style italien et français ; et bientôt ses élèves dégénérés substituèrent aux gigantesques effets de clair-obscur de Rubens et de Rembrandt , la fumée des pipes , la couleur grise des tavernes balaves , la mousse argentée des pots de bière, et les bouteilles de vin du Rhin, avec leur jaune auréole. Dans les Hollandais , le génie allemand portait enfin ses fruits. Incapable de telles mesquineries , l’art français faisait la débauche plus en grand. A la cour de Louis XV et du régent , la peinture et la statuaire, pour pouvoir continuer de vivre, se faisaient courtisanes. Aux hommes blasés de cet âge de voluptés et d’agonie , il ne fallait que des chairs potelées , des nudités lascives , des regards langoureusement éteints. Qu’importe l’âme ! disaient-ils ; l’âme , c’est le sang ; l’art n’a pas de but moral ! son but est de nous faire jouir.
Il était nécessaire que Sodome fût détruite. La république française vint ouvrir le volcan des vengeances divines, dont les laves allaient inonder l’Europe. Comme la société, l’art se trouva jeté par la Providence dans une chaudière bouillonnante , où toutes les passions en délire fermentèrent confondues , pour atteindre à une sublimation nouvelle. Celle période d’efforts stériles , mais gigantesques , est ce que le monde étonné a appelé l’art de la république et de l’empire.