tourné îru passe
Nous avons vu dans les siècles qui maintenant sont finis , se dérouler devant nous quatre grands cercles de nations que Dieu avait destinées à célébrer, chacune dans son langage, les gloires du Verbe. Pareilles aux quatre symboles des évangiles , elles devaient briller d’une égale splendeur aux quatre côtés de l’autel de l’Agneau. Chacune avait reçu sa mission réparatrice et les dons nécessaires pour l’accomplir. Car nul peuple , nul ordre social n’est exclu de la rédemption de Jésus. Il a convoqué toutes les facultés humaines à venir s’imprégner également de sa lumière. Aussi les quatre grandes puissances de l’homme , l’intelligence des choses et l'imagination , la raison pratique et l’amour , semblaient incarnées dans ces quatre centres , représentant les quatre faces de l’humanité , les quatre anges chantant Dieu aux quatre vents de l’univers , et amenant par leur seule parole des extrémités du monde tous les peuples
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au pied de la Croix , pour les affranchir et les réhabiliter dans leur divin patrimoine.
L 'Homme ailé, fils du progrès, venait du Nord. Appelé à débroudler par l’intelligence le sens mystérieux des figures , il s’avançait avide d’expériences , vers le Bœuf d' Orient , côté sacerdotal , conservateur des germes , côté de la science profonde des symboles , arène où tout premier sillon fut tracé , où l’homme apparut dans sa divine origine , où il versa ses premières larmes et ses premières sueurs , foyer de la lumière première et des premières ténèbres. A l’autre extrémité l 'Aigle , emblème des races douées de la parole active et vivifiante , de la pensée prompte et de la sociabilité , ou de l’aile forte qui enlève vers les cieux , l’aigle dont l’œil fixe le soleil , volait infatigable en avant de l’Arche d’alliance gardée par le Lion du Midi.
Si l’on voulait pousser plus loin la comparaison , on trouverait que ces quatre divisions de l’espèce humaine étaient au monde moral ce que sont au monde physique les quatre élémens anciens : la terre , l’eau , l’air et le feu ; principes aussi nécessaires les uns que les autres, principes indivisables et qui en se pondérant forment l’univers.
Ainsi la Croix avait fait fuir l’antique manichéisme politique et religieux , qui consacrait l’aristocratie et la prédestination , deux hérésies semblables devenues à la fin presque universelles , et qui , partageant les peuples en vainquéurs et en vaincus, forçait au nom du ciel les uns à la tyrannie, les autres à l’obéissance. Par sa mort le Christ avait tué ce monstre ; mais les passions le ressuscitèrent. Car les passions terrestres viendront jusqu’à la fin des temps troubler le plan de la Providence.
S’il avait pu en être autrement, quels espaces , quels précipices l’humanité entière aurait déjà franchis ! Et combien elle serait maintenant élevée sur la montagne dont il lui faut al-
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teindre le sonmet ! Quels horizons inconnus s’étendraient à ses yeux ! Mais ces quatre fleuves de la civilisation , après avoir quelque ternes suivi leur cours , sans dévier , s’égarèrent dans les marais. Ai lieu de se hâter par la ligne droite vers l’océan divin, ils dessinèrent leurs méandres sur ce globe de fange qu’ils s’achanèrent à posséder , et le partagèrent en une foule de zônes hostiles les unes aux autres. Par cette déviation la matière reprit ses droits sur l’esprit révolté , les deux élémens de l’inorganiane et de l’inertie, l’eau et le rocher que la nature a de préférence jetés au Nord, pays qui tout entier est une lutte terrible entre 1 Océan et le granit , réagirent de tout leur pouvoir contre leurs dominateurs. Les Grecs , chefs de l’Orient , à qui le Christ lès l’origine avait assigné le cercle des eaux , les Grecs qui nés marchands et navigateurs , propagandistes par excellence , avaient jusque-là sillonné les mers du globe terrestre et du glole des intelligences, furent pétrifiés par le schisme, et bientôt démembrés en deux parts , dont l’une par les Mahométans retomba dans le fatalisme oriental et devint momie , l’autre fut engloutie par l’avalanche slave. Ce cercle naturel du commerce, du luxe et de l’imagination devint le foyer d’une activité inféconde. Devenu froid et indifférent pour les choses de l’intelligeuce, le brillant génie oriental se tourna vers l’acquisition des richesses ; on le vit refluer de Cythère et de Path mos jusqu’à Moscou et Novogorod. Enfin sous le nom d’empire Russe ce cercle malheureux devint comme un immense lac semé d’écueils , et chargé de vapeurs croupissantes , au moral comme au pliysique.
Un vaste champ libre se trouvait par la retraite des Grecs ouvert au cercle allemand ou germanique , appelé ainsi à féconder à la fois l’imagination et l’intelligence. Mais cette race à qui était échue la terre , pour qu’elle la spiritualisât et l’arrachât pour ainsi dire des eaux , en repoussant le symbolisme
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\ers les sleppes orientales et les places polaires, tourna sa mission pure et philosophique en vocation matérielle. Regardant la terre comme son héritage , le Germain , ce géant fils du granit et des montagnes, qu’on appelle encore aujourd’hui Riesengebirge (Monts desgéans), chercha à poser sur les quatre points de l’Europe le trône de fer de ses empereurs. Ces forts d’Odin eurent pour esclaves des nains et des gnomes à tête carrée , qu’ils employèrent à fouiller les entrailles de leurs Alpes neigeuses , pour en tirer les métaux. Enfin après avoir transformé l’épée en droit divin , ces barons alchimistes du harz et des erzgebirge transformèrent la science en métallurgie et en magie. Cherchant l’or avec Faust , ils 11e trouvèrent que le doute et ses rêves, le protestantisme vint consolider la servitude , et le travail excentrique fut consommé. Principalement composé de la Suède , de la Prusse et de l’Écosse , dernier poste de l’émigration Scandinave , ce glorieux cercle germanique que Dieu avait destiné à représenter l’exaltation de l’esprit humain appuyé sur la foi, n’exprime plus depuis ce temps que l’exaltation de l’orgueil.
Nous ne sommes nullement disposés à contester aux Allemands leur supériorité comme philosophes sur le reste de l’Europe. Une nature puissante, pour être égarée, ne cesse pas d’être puissante : aussi l’Allemagne nous paraît-elle , après la France, la plus importante partie du système intellectuel moderne ; non féodale et non protestante , elle deviendrait la base naturelle sur laquelle l’esprit français et méridional élèverait la pyramide du progrès. Faute de cet appui , elle vacille quelquefois sans cesser pourtant de monter. A la rigueur le troisième cercle , celui que la France dirige , peut se passer des deux précédens ; car il pense lui-même et de plus il croit. Aussi estoc le cercle du réalisme et de l’action , le lieu de la vraie chaleur et du travail fécond. Ce n’est pas en vain que la race des
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Celtes, fille druidique des Gaules et des Brelagnes, a de tout temps eu le coq pour emblème , c’est-à-dire la parole , le cri qui frappe l’air , la propagande qui veille, la sociabilité. Le coq des Gaules est sur toutes les églises de l’Europe.
Mais l’excentricité s’empara enfin de ce cercle comme des deux autres. Hors on vit le vague des théories allemandes altérer peu à peu la clarté de l'esprit français, mais jamais au point de l’obscurcir. Car il tenait trop intimement au central ou romain , pur cjue l’alliance se rompît.
Malheureuiement ce quatrième cercle héroïque et divin , dont l’Espagne est l’épée et Rome le sanctuaire , tomba dans l’excès opposf ; à force de concentricité il s’immobilisa. La liberté cependait n’expira jamais tout-à-fait parmi ces peuples Latins , car il; s’appuient sur les Gaules ; mais elle fut réduite à pleurer. C’ist ainsi que peu à peu l’harmonie du grand carré chrétien s’est dissoute , et que l’œuvre de la Providence a été détruite. Par ’union servile de l’Église avec l’état , la paix chrétienne s’est trmsformée en latte , et la lutte en manichéisme , dont la consonmaiion a été la ligue du Nord contre le Midi , et l’organisai on de deux camps séparés , qui aujourd’hui se regardent et ;e menacent.
Nous en sommes là. Quant à la grande unité d’empire slave, dont on voud'ait effrayer l’Europe , ce n’est qu’un rêve fabriqué avec fracas par des idéologues aux gages de la seule puissance qui noircisse ce désir coupable. Les éminentes qualités morales de cttte race lui réservent sans doute de grandes destinées dans l’tvenir. Mais unité et race slave sont deux choses qui se contrée isent - Cette mer roulante de peuples et de tribus n’a jamais eu d’unité. Ce qu’on voudrait appeler race slave se compose de jlus de vingt races , originairement et perpétuellement distiniies , et que la nature contradictoire de leurs institutions oblige à demeurer séparées. C’est le seul moyen pour
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ses principaux peuples de vivre de leur vie propre, sans que l’un devienne à l’instant victime de l’autre, sa proie dévorée et à jamais renaissante.
Il n’y a d’unité possible sans asservissement et de confédération durable qu’entre les peuples Latins et Celtiques, dont les saintes Gaules sont le foyer , et avec qui tend à s’allier la pure nationalité allemande. Car depuis César jusqu’à nos jours, la limite rhénane entre les Celtes et les Germains n’a jamais été bien définie , tandis que leur fraternité a toujours été claire. Ce n’est que chez les peuples latinisés que la vraie égalité chrétienne des hommes entre eux a pris une racine profonde. Aussi n’est-ce que là que le christianisme s’est assis indestructible. Ce n’est que dans l’enceinte du vieux monde romain qu’il y a fusion des hommes en un seul homme , qu’il y a sociabilité, qu’il y a des nations compactes. En dehors de ce pomœrium sacré , tout se débat encore sous le joug des castes orientales. Chaque front y porte l’empreinte de sa tribu subjuguante ou subjuguée. Allez assiler dans ces empires à quelques grandes assemblées nationales , vous y entendrez une foule de langues, comme dans une tour de Babel ; réunies par la force et la crainte, des nations étrangères entre elles y sont conduites par un seul sceptre comme d’aveugles troupeaux ou comme des étoiles nébuleuses dans le chaos de la voie lactée. Il n’y a donc de ce côté point d’unité à espérer , il n’y a que l’esprit de l’in— organisme à craindre.
Ces antécédens étaient, ce nous semble, indispensables pour en venir à mieux juger les tendances actuelles de l’art , qui jamais ne se sépare des destinées générales des peuples.
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