tat prisait. C’ai t îm ttarï» et l’art toi Jîlito
Il est clair aujourd’hui que le monde civilisé se partage de plus en plus ei deux hémisphères , où régnent d’un côté le génie excentriqie du Septentrion, et de l’autre le génie concentrique et unitaire, mais libre, du Midi. Or dès l’origine de la civilisation moderne , un mauvais génie pousse déjà à former deux camps , ’un rangé autour de Rome , appuyé sur les Gaules et poussan sa tête dans les îles bretonnes , l’autre formé par l’Allemagne, îppuyé sur Bysance et l’Orient, avec son cortège de symboles artistiques et de théories philosophiques panthéistes. Les nonumens de l’art témoignent hautement de cette grande antithtse : au midi est la réalité , au nord son symbole ou son ombre C’est donc bien à tort qu’on appelle le Nord spiritualiste parce qu’il est fantastique ; mystique , parce qu’il est enveloppé de nuages. Madame de Staël et les Schlegel, avec leur nombreuse école , ont importé chez nous cette erreur , inconnue à nos aïeux qui avaient le bon sens de croire l’esprit français supéreur à l’esprit d’outre-Rhin. Ne nous abusons plus à notre propre détriment. A part le bienfait de la révélation et ses conséqiences qui sont pour toute la nature fidèle , le mysticisme sut la lumière , et le matérialisme les ténèbres. Au nord règne la clarté lunaire , prélude des froides aurores du pôle. Celte chrté, pareille à celle des baïonnettes luisantes, éblouit , mais l’échauffe pas ; blanche comme la neige , elle est froide. Le Nord peut avoir des théories profondes , creuser Jusque dans l’nfini un point donné ; mais l’intelligenceunie à l’amour , le regard brûlant de l’aigle qui plane sur l’ensemble
SUR LE PASSÉ , LE PRÉSENT
île la nature , le Nord n’en est pas doué. Il tend dans ses rêves à la matière grossière ou à un idéalisme sans fond. Nous espérons prouver un jour ceci par les monumens de l’art. En attendant, qu’il suffise d’observer que le mysticisme prétendu de l’Allemagne ne se déduit nullement de sa peinture sans amour et sans couleur. Tandis que dans la peinture catholique des Belges, des Français, des Espagnols éclate l’ardent coloris, au contraire le dessin prédomine dans la peinture allemande qui tient par toutes ses origines à la grandiose sculpture bysantine. L’Allemand par sa nature est sculpteur sur la toile , et dans sa sculpture rude et anguleuse , il n’est presque plus qu’architecte. Il est vrai que le moyen âge européen fut presque tout entier exclusivement dessinateur ; ainsi les tableaux de Giotto ont encore l’air de bas-reliefs. Mais ceci dura peu ; sous le pinceau des Italiens et des Espagnols, le coloris s’éleva bientôt jusqu’à la conception des corps lumineux, ainsi que leur mysticisme morua jusqu’à l’extase. Pendant que l’Allemagne maintenait encore dans ses tableaux le froid idéalisme bysantin , il se fondait en amour sous la main des peintres ombriens, siennois et latins.
Et lorsque le coloris moderne avec la perspective partit de la Flandre , sous les Van Eyck , pour régénérer l’art ; on vit l’Allemagne, incarnée alors dans la Hollande, passer subitement de la tristesse de ses symboles momies à un matérialisme sans noblesse , du culte absolu de l’idée au culte dégoûtant de la forme. L’Allemagne alors gâta l’Italie toute pleine d’un chaste mysticisme, quand Durer déjà n’en avait plus. C’est ce géant et son école qui sont allés glacer l’amour dans le cœur de l’Europe méridionale , que ravissaient en extase , au sein d’une nature divine , Francia , le Pérugin , Fra Bartolomeo , Raphaël .
Ainsi , le spiritualisme n’est point du nord nébuleux : ceci
ET L’A VENIR DE L’ART CHRÉTIEN
est une des erreurs les plus funestes qu’ait accréditées le protestantisme. Que la science et l’érudition soient septentrionales , nous l’avouons volontiers ; mais cette science n’engendre ni l’action ni la vie. Au midi , est la vraie science divine. Là , on est enthousiaste du bien comme du beau. Là, on élève des monumens. Le soleil , en y échauflant les corps , anime les expressions, épanouit le regard, vivifie l’âme , rend les pensées plus claires , les sentimens plus purs ; en un mot , rapproche de 1a divinité, qu’on est porté à louer et à aimer davantage. Là , régnent l’abandon , la vie indulgente et facile , la pensée tolérante et pleine d’amour. Le Sud est le foyer de la prière. Dans le Nord, au contraire , règne la pensée violente ; c’est la pairied’Odin et de l eternel Faïda ; c’est le manoir du Germain, du brave ou de l’homme de guerre. Comme son corps , son intelligence travaille isolée , lutte presque seule contre la matière. L’homme n’y conçoit l’art, ainsi que la religion, que sous son côté pour ainsi dire humain. L’art , comme le culte , y est par nature absolu, exclusif, protestant. Il nie ou l’esprit ou le corps , s’absorbe dans la pensée ou dans la forme. A leur origine , les Germains ne purent croire à la divinité incarnée dans un homme. Tous les Golhs étaient ariens : eux , à peine sortis de l’extrême barbarie , cherchaient déjà , comme les Grecs , dans le christianisme , une pure philosophie ou idéologie appuyée sur des symboles. L’affinité native des Allemands avec les Bysantins se révèle dans le mol même qui désigne, chez eux, une église. Kirche , primitivement Kyrch, d’après le vieil auteur teuton , Valalrid , vient de Kyrica , nom donné par lçs Grecs aux maisons du Seigneur ( Kyrios)1. Des langes bysantins, l’Allemagne , à son dernier âge, se jeta dans l’extrême opposé , elle adora la forme sans restriction , ne vit plus que le
4 Rheinwald. ( Kirchiiche archœologie , in-8<>, p. 129. Berlin, 1850.)
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vase , et encore sous son côté le plus intime ; le secret orgueil de relever , par son esprit et sa puissante patience, cette réalité dégradée , fit tomber l’art jusque dans les ustensiles de cuisine hollandaise et prussienne. Toute la partie élevée, générale, sublime de l’art chrétien disparut. Le Nord avait triomphé.
Ce génie allemand, capable de creuser une pensée unique , comme un puits qui semble se perdre dans l’infini , travaillait un chat durant des années ; et ce chat en peinture lui devenait l’univers. Au lieu de la beauté , il savait lui donner une désespérante vérité de ressemblance ; il animait une casserole d’un caractère énorme. Mais où était le but moral et divin , qui est la fin dernière de l’art ?
Il fallait un changement. Winkelmann commença et les Français achevèrent la révolution , par le retour violent et forcé à l’idéal héroïque des Grecs et des Romains. Doué d’un sens exquis, possédant au plus haut degré la géométrie de la beauté, Winkelmann arracha le monde artiste à celte plate imitation de la nature ; mais là , du moins , il y avait la vie : il ne sut y substituer que la mort. Quelque belle et séduisante que soit la mythologie d’Homère , que peut-elle aujourd’hui pour le progrès? Cet art n’était plus dans nos mœurs ; il fallait revenir au christianisme. Seulement ce retour, qui s’accomplit depuis bientôt vingt années, chacun le conçoit à sa manière.
Ainsi, l’engouement actuel de l’art du Nord pour l’allégorie et le bysantin est une conséquence naturelle du caractère que nous lui avons reconnu ; il correspond d’ailleurs au retour à la féodalité , qui est aussi le symbolisme et le conventionnel dans un autre ordre. L’un et l’autre, avec leurs hiéroglyphes et leurs armoiries à chimères et à griffons , ont dù naturellement ressaisir la bonne Allemagne, depuis quelle s’est séparée de la France. Son activité idéaliste est , en effet , plus à son aise dans le symbolisme que dans la nature. Mais, par là , elle s’est séparée du
ET L’AVENIR DE L’ART CHRÉTIEN
mouvement européen , qui de plus en plus se fait sans elle. C’est aux Schlegel et à Goethe que l’Allemagne est principalement redevable de ce bienfait.
Écoulons un savant distingué de la Prusse parler sur son propre pays , dans une de ces réunions nationales, qui sont censées résumer le bon sens ou l’opinion générale d’un peuple.
M. Karl Schnaase disait , en 1831 , au Kunst-Verein du Rhin et de Westphalie :
« Au nord , l’homme , repoussé par une nature hostile et malveillante , grandit en combattant contre elle. Le monde extérieur y est informe , la sensualité grossière ; la forme humaine y porte plus visiblement les traces de la chute dans la matière , et l’expression de désirs non satisfaits... En lutte avec le septentrion , la figure humaine , dépouillée du repos de la beauté, acquiert d’un autre côté plus de caractère, une plus grande force individuelle. La hauteur et la pureté divines ne sont point, il est vrai , obtenues par cette route ; mais elle plonge dans les profondeurs de l’homme , et par là le cœur soupire aussi , quoique terrestrement , vers Dieu
« Pendant que le méridional se développe davantage, d’après les lois universelles , qui le conduisent à une civilisation plus régulière , et par conséquent aussi plus générale , l’homme du Nord , plus exclusif, se fond moins avec la pensée de tous ; il retient pour lui ce qu’il a eu plus de peine à conquérir. Il est plus séparé de ses semblables ; et, dans la réalité, il a aussi plus besoin de cette séparation , et d’une solitude intime. Car là où l’esprit du Midi s’éveille et déjà jette la flamme , l’esprit septentrional , frappé d’assoupissement , dort encore au fond de lui-même
« Le cercle domestique qui, dans ces contrées, se forme autour de chaque foyer, devient d’autant plus compacte qu’il est plus borné et plus rétréci Il en est de même dans l’art
SUR LE PASSÉ , LE PRÉSENT
Tout ce qui est borné est de son domaine... Il peint ï’hoinme dans l’intérieur de son ménage , entouré de ses enfans, au milieu de ses occupations matérielles, de ses inslrumens de travail , dans sa bonhomie et sa lourde joie. Et ce n’est pas seulement ce côté de la vie humaine , c’est encore tout ce qu’il y a de terrestre et d’isolé dans la nature; c’est le paysage, l’animal , l’être même inorganique que la peinture du Nord affectionne Au septentrion règne l’homme ; au midi , Dieu. »
Traduit du Kunstblalt, 1831.
Il n’y a rien à ajoutera ces belles paroles, où le Nord se juge lui-même , reconnaît être l’isolement , la protestation de l’individuel contre l’universel, et avoue son infériorité artistique ei sociale sur le Midi ou l’unité catholique.