la sculpture et île ses perfectionnemeits matériels
Il est clair que la peinture surmontant tout l’art moderne, chacune de ses branches doit plus ou moins ressentir son influence , en tant qu elle le peut , sans perdre ses essences constituantes et primitives. Car de même que dans le monde oriental l’architecture et dans le monde grec la sculpture entraînaient nécessairement le reste dans leur cercle , même la musique , même le drame , gigantesque , architectonique dans l’Inde , sculptural dans la Grèce ; de même apparaît-il mystique et merveilleux au moyen âge, alors que l’architecture aérienne avec ses mille yeux de perspective semble en quelque sorte un dessin du pinceau. Tout cherche à faire ensemble : comment jouer sans désacord un mystère spiritualiste dans un théâtre d’une architecture toute sensuelle? Comment supposer que notre orgue catholique ne gémisse pas d’être forcé à se laire entendre dans un temple aux proportions uniquement païennes.
ET L’AVENIR DE L’ART CHRÉTIEN
Sous l'influence chrétienne qui tend à élever de plus en plus la matière à l’état lumineux, l’étude de l’harmonie des couleurs, et leur application selon le bon sens, dans tout monument quel qu’il soit , sont donc devenues indispensables. Le monochrome n’est nulle part dans la nature , pas plus que le monotone dans les sons vrais. Sous ce rapport notre sculpture a commencé déjà à subir de notables modifications. Elle a senti que les chevelures, les draperies , les regards étaient subordonnés au clair-obscur pour elle comme pour la peinture ; elle s’est rappelée que du temps de Périclès et de Phidias, les plus célèbres statues grecques n’étaient point monochromes , que souvent des chairs d’ivoire étaient couvertes par des vêternens d’or , et des corps de marbre par des armures de métal , que la Vénus de Médicis avait des cheveux d’un blond d’or et deux pierreries pour pendans d’oreilles , que le magnifique Apollon Citharède a un manteau d’un marbre différent de celui qui forme son siège et sa lyre , qu’une foule de statues romaines ont des yeux de diamant , qu’il en était de même parmi les chrétiens du moyen âge. Il ne s’agit point de colorier les sculptures , comme on faisait au treizième siècle , et comme font encore les peinluriers de village : mais ne peut-on pas employer des marbres de couleurs diverses pour exprimer avec plus de vérité les parties distinctes de la statue , telles que la chevelure , les yeux, le nu, lu draperie? L’opinion générale s’est déclarée affirmative. Le triste monochrome , qui opprime la statuaire depuis trois siècles , ne régnera plus exclusivement
L’art du fondeur va subir également d’importantes réformes. M. Triquetti ramène des beaux temps de lecole florentine des quatorzième et quinzième siècles le procédé oublié de la fonte à la cire perdue , au lieu de l’ingrate fonte en sable , laquelle force l’auteur à livrer son bronze aux mains d’un ouvrier ciseleur qui gratte , frotte à sa guise , jusqu’à ce que la souplesse
SUR LE PASSÉ, LE PRÉSENT
des chairs et les contours lisses arrivent , presque toujours en flétrissant la fleur d’inspiration répandue sur le modèle primitif. D’où il suit que le bronze est tombé dans l’industrie , et que les plus beaux objets de cet art sont maintenant les pendules , bougeoirs et candélabres , entassés dans nos boutiques de bronziers. Par le moulage à cire perdue , le bronze redeviendra l’œuvre directe de l’artiste , le fidèle reflet de sa pensée. C’est mademoiselle Fauveau, l’une des muses actuelles du moyen âge, qui a la première, en 1831, remis en pratique ce procédé.
La sculpture en bois de nos vieux temps , qui par ses ternes reflets et ses couleurs mattes , exprimait tout un ordre de senlimens intimes , inabordables au marbre qui brille et rejette la lumière au lieu de l'absorber , a de même reparu de nos jours. M. Elschoët en décore la chaire de Notre-Dame-de-Lorrelle. Ainsi l’art qui multipliait partout les riches boiseries et les admirables stalles des anciennes églises , nous sera peut-être un jour rendu.