Ile rSUatâtmi, îtes eûitfûurs et îtes igproitiong
Le choix de ces types doit donc être dirigé par la plus saine philosophie , soumise au bon sens général. Les fixer n’appartient pas plus à l’académie que le droit de prononcer sans le public sur le mérite d’un ouvrage. Elle ne peut pas plus décréter ce qui est vrai que ce qui est beau. L’un et l’autre sont le droit du peuple. Les types ressortent de l’histoire, contre qui les académies ne peuvent rien. Seulement , aussi longtemps qu’elles subsisteront , telles du moins qu’elles sont au-
ET L’AVENIR DE L’ART CHRÉTIEN
jourd’hui , il n’y a point à espérer de régénération de l’art , pour toute la partie qui dépend d’elles , ou la partie monumentale.
Le moyen de paralyser leur influence , est de rendre les expositions de plus en plus solennelles. Car là , le public juge seul , et le sens commun reprend ses droits.
« Les organes viciés , dit M. de Montabert, sont en général beaucoup plus rares qu’on ne pense... en fait de couleurs, bien peu de personnes saines se méprennent. C’est insulter à la nature que de supposer les yeux des hommes différens entre eux, quant au mécanisme et à la faculté de percevoir. »
C’est pourquoi les concours sans exposition sont doublement des lits de Procuste, où l’on aligne des artistes comme des troupeaux de gladiateurs , munis d’armes inégales , et qui n’ont pas même la consolation de combattre en face de tous , outre qu’on leur a ôté le droit de choisir leurs moyens propres , en fixant le sujet et le mode d’exécution.
Ainsi , tant que la majorité de la nation ne distribuera pas elle-même, parles organes de son choix, les travaux publics qu’elle solde de ses impôts , on n’aura que des monumens élevés par la médiocrité ou par les artistes d’une coterie. Les républiques du moyen âge faisaient bien autrement, lorsqu’elles appelaient , témoin Milan et Florence , les architectes de toute l’Europe à dresser les plans de leurs temples et à les discuter en commun ; dans l’ancienne Grèce , ce qu’on appelait les concours était le choix , par tous les citoyens , des tableaux ou des modèles exposés sous leurs yeux.
Le jury d’adoption est une barbarie nouvelle. Il est vrai que la direction d’un seul avait fait , sous la restauration , beaucoup plus de mal que le jury actuel n’en peut faire ; cependant , on ne sera toul-à-fait à l’abri de la prévention et de la vénalité , que quand le peuple entier sera jury. La morale exigera tou-
SUR LE PASSÉ. LE PRÉSENT
jours , sans doute , pour l’admission devant lui , un jury préparatoire ; mais comme surveillant des mœurs , nullement pour décider la beauté de l’œuvre.
Transporter les concours à l’exposition , et laisser la voix publique se prononcer librement, est le seul moyen de faire mentir le proverbe , que le siècle des budgets et de la petite propriété ne peut être celui des arts. On verra alors quels monumens saurait faire éclore un peuple libre et chrétien. L’espoir d’une prompte régénération est donc uniquement dans les expo- * sitions libres , et la publicité de plus en plus grande qui leur sera donnée.
Mais que , faute d’un local qui leur soit spécialement destiné, notre Musée , la plus belle chose de Paris, se dérobe chaque année, pendant plusieurs mois, à tous les yeux , c’est un crime delèse-civilisation. Une salle d’exposition est donc bien difficile à construire 1
Depuis 1830 qu’elles sont devenues annuelles, six ans ont suffi pour obtenir la dissolution de l’école, c’est-à-dire l’affranchissement de chaque talent individuel , placé sous l’œil et la protection du public , aussitôt qu’il est sorti des études de l’atelier. Il suit son impulsion qui peut quelquefois l’égarer ; mais s’il a du génie , il retrouvera sa route ; s’il n’en a pas , il prendra un autre moyen de vivre. La médiocrité, qui seule avait à gagner à l’ancien ordre de soumission , ne mérite pas d’égards. Boileau lui-même l’a dit : « Soyez plutôt maçon, si c’est votre métier » . Il est résulté de cet affranchissement une espèce de pêle-mêle : histoire , genre , paysage , marines , intérieurs, tout va de front , et se trouve souvent ensemble sur la même toile. Plus de système , mais la libre inspiration qui n’est pas l’anarchie.
Cependant la facilité actuelle d’atteindre à la possession technique de l’art, multiplie les médiocrités. La science, en
ET L’AVENIR DE L’ART CHRÉTIEN
s’étendant, a fait comune la propriété; elle est devenue de moyenne taille. On a vingt arbustes pour un chêne; une foule de lalens , et poinit de génie qui se lève. A l’exposition de 1765 , il y avait deux cent vingt-neuf tableaux , quatrevingt-huit dessins , trois groupes , dix statues , dix-huit bustes. Aujourd’hui , il y a tous les ans des milliers de tableaux et des centaines de statues <et de bustes ; et chaque année le nombre augmente. Aux deux mille trois cent quatorze articles de 1834, ont succédé les deux mille cinq cent trente-cinq de l’année suivante.
Il y a maintenant , dit-on , huit mille peintres à Paris. L’art se détruira-t-il à force de nous inonder ? Au contraire ; car il ne s’agit de rien moins que de le faire pénétrer dans toutes les veines du corps social.
Le dessin est , après l’écriture des lettres , l’élément le plus indispensable de toute éducation. C’est la seconde écriture , sans laquelle l’homme ne peut rendre que la moitié de ce qu’il sent; unie aux couleurs, elle est l’organe d’un ordre entier d’impressions qui complètent la vie. On ne peut trop accélérer le moment où chaque classe de la société en jouira. Alors seulement on cessera d’être surchargé de peintres , parce que tout le monde le sera , et que cet art ne pourra plus être une profession que pour les talens supérieurs.
Une autre chose serait à désirer, si l’exécution en devenait un jour possible ; ce serait une exposition universelle. Il faudrait que les chefs-d’œuvre nouveaux de chaque nation pussent faire le tour de l'Ëiurope. Les Allemands ont beau faire , ils ne peuvent guère avoir dans leurs petites capitales que des expositions provinciales;. Il n’y a sur le continent que deux centres d'art, où se trouive habituellement ou occasionellement réuni un public assez n ombreux et assez éclairé pour former un jury compétent : ce sont Rome et Paris ; l’une , espèce de
couvent de l’art; l’autre, vaste forum où s’agite l’humanité. Dans ces deux villes , où se résument le plus clairement l’ancien ordre et la liberté nouvelle , deux mondes se livrent pour l’art un combat acharné, sans cesser de rester étroitement unis, parce qu’ils sentent que sans l’un, l’autre ne pourrait vivre. Le reste de l’Europe se borne à prendre alternativement parti pour ou contre ; mais sans exposition universelle , elle ne peut suffisamment être informée dans le procès.
Ce serait donc aux Français à donner le premier exemple , en exposant leurs meilleurs œuvres dans les capitales où ils pourraient avoir accès. Ils peuvent bien , sans crainte , se montrer aux autres peuples.
De cette manière , s’épanouirait peu à peu une ère nouvelle ; et le salut , comme toujours , viendrait de la France.
En même temps , les plus importantes découvertes dans la partie technique de l’art s’achèveront. Les longs travaux de Montabert , Roux , Soehnee , Frery , qui nous ont rendu l’ardente encaustique des Grecs et des Romains , et ont déjà produit la restauration de Fontainebleau suivant ce procédé , seront couronnés de plus en plus.
Grâce à ces teintes vives et splendides , les voûtes de nos églises pourront s’animer ; au lieu de ces fresques ternes qui s’altèrent et au bout d’un siècle ou deux ne sont plus, on aura d’indestructibles tableaux. Également enrichie de couleurs plus vivantes , la peinture à l’huile n’en suivra que mieux sa route , aidée de sa nouvelle compagne. Car nulle conquête de l’esprit humain n’est perdue pour l’avenir et le progrès ; tout ce que l’humanité arrache au chaos , elle en jouira éternellement.
ET L’A VENIR DE L’ART CHRÉTIEN