‹ Essai d'une philosophie de l'artChapitre 46 sur 51 · JJrélimtnair · texte numérisé non relu

JJrélimtnair

Rome antique était la passion humaine parvenue à son apogée et montée comme sur son calvaire. C’était la passion acharnée à la possession de la terre , de ses gloires , de ses richesses, de ses joies. Rien de vraiment divin ne se remuait dans son sein. De la cité éternelle il n’y avait là que l’image ; le ver de la mort rongeait déjà ce cœur dès sa plus tendre jeunesse. Aussi n’y a-t-il point de progrès moral dans son histoire. Comme tout être organisé, elle se meut parce qu’elle a vie. Mais comme tout être d’où le divin et l’amour se sont envolés , cette nation de soldats ne se développe que physiquement. Ses destinées sont donc en grand celles de chaque être qui naît, grandit et meurt, parcourant ainsi les trois termes de la triade mortelle : jeunesse, âge mûr et décrépitude. Sur ces trois points se concentre tout le vaste empire romain, le plus grand effort de l’homme. Et la même chose peut se dire en masse de toute l’antiquité.

PRÉMISSES

C’est une seule vie qui se déroule , et , à mesure quelle grandit, s’approche davantage du tombeau. Le progrès, dans le monde antique , ne se faisait qu’aux dépens de la vie des peuples, dont les jours étaient comptés comme ceux de l’homme passager.

Aussi le génie de l’art antique , sentant la mort au bout de la carrière , marchait-il lentement , comme s’il eût voulu immobiliser chacun de ses pas. Point , comme chez les modernes, de ces grandes et subites découvertes , de ces élans imprévus , de ces bonds de géant des nations , qui sous le christianisme mûrissent tout d’un coup l’humanité de mille ans sans la faire vieillir. C’est pourquoi nous pourrons distinguer dans l’art chrétien plusieurs époques, chacune animée d’une vie distincte, chacune aussi complète en elle-même que l’antiquité tout entière. Car, à nous, chrétiens, le temps ne manquera pas pour notre développement : que nous fait la mort? D’une vie nous passons à l’autre ; d’un principe épuisé , nous nous élevons à d’autres principes plus féconds. Et toujours le progrès s’avance, et éternellement il s’avancera , comme un Océan qui roule dans l’infini.

On peut distinguer , dans le développement passé de l’art chrétien, trois époques qui sont comme trois mondes distincts, et auxquelles nous espérons consacrer trois trilogies.

Nous avons adopté ce nom de trilogie , moitié parce qu’il rend mieux notre pensée sur le triple développement du Verbe incarné dans chaque époque chrétienne , et moitié aussi par respect pour l’histoire et la tradition religieuse de ce christianisme primitif , où presque toute manifestation de pensée se déroule sous forme de triade. Et ce ne sont pas les seuls docteurs primitifs de l’Église , saint Irenée , saint Clément d’Alexandrie, Origène, qui procèdent ainsi ; les néoplatoniciens, tels que Proclus, Plotin , Yambliquc, Porphyre, à l’exemple

D’UNE TRILOGIE CHRÉTIENNE

de Platon , leur maître , composent des trilogies subdivisées en une foule de triades. Cette méthode d’exposition s’est plus tard renfermée dans la prison du syllogisme scolastique ; nous voudrions l’en voir sortir.

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