‹ Essai d'une philosophie de l'artChapitre 6 sur 51 · Br la ftriniti ïrans l’art · texte numérisé non relu

Br la ftriniti ïrans l’art

Le vrai beau dans l’art doit donc se composer d’une triade qu’il s’agit de trouver. Le grand Bacon cherchait déjà l’idéale beauté dans ce nombre mystérieux. Il dit : in pulchriiudine prœfertur venustas colori, ei decorus oris et corporis motus ipsi venusiaii. Plusieurs écrivains de notre temps , principalement M. de Montabert, ont distingué dans le beau deux élémens : la partie sensible ou optique , et la partie intelligible , c’est-à-dire satisfaisant l’esprit. Mais il y a encore l’expression ou la passion , sans laquelle le monument, quelque rigoureusement optique et intelligible qu’il fût, demeurerait hiéroglyphe.

M. Rumohr, dans l’introduction à ses Recherches italiennes, ouvrage qui a rectifié tant d’erreurs , partage l’objet que l’art se propose d’atteindre en conception , représentation et sujet ou matière , qu’il regarde comme les trois élémens nécessaires de tout engendrement artistique. Malgré son peu de clarté , cette division jette pourtant une lumière nouvelle sur la question.

On conçoit que si ces trois parties sont à la hauteur les unes

EN GÉNÉRAL. Il

des autres, il devra y avoir chef-d’œuvre. Mais cette triade idéale, c'est Dieu, dit saint Augustin; la nature ne la révèle nulle part absolument parfaite; elle en développe tantôt un point , tantôt un autre , sans pouvoir réunir l’ensemble : car Dieu seul embrasse le beau parfait ou l’infini. C’est pourquoi l’on a vainement écrit des volumes pour montrer dans quel type, dans quelle forme se trouve la beauté. Après avoir discuté des siècles sur la ligne qui l’engendre , on semble aujourd’hui reconnaître unanimement que ce n’est ni la courbe ou l’arc , ni la perpendiculaire ou rectiligne , mais que c’est la ligne ondoyante, le méplat, terme moyen entre le plat et le rond ou la bosse. Mais ceci démontré, est-on beaucoup plus avancé? il reste encore à trouver la beauté , qui n’est pas une ligne idéale , mais une chose réelle. Or, la beauté parfaite ne se rencontre nulle part sur les individus ; elle n’existe que dans la nature collective. Aussi voit-on chaque époque et chaque artiste concevoir un côté particulier du beau idéal , celui qui répond le mieux à leurs besoins présens; et c’est là ce qui doit faire partager l’art complet en trois époques , où le plus souvent l’un des trois élémens domine les autres , et les entraîne comme à son char.

6. Drs trois âgro bu brou ibrol rt bu prrmirr ru partinüirr, ou bu sujrt.

Mais quels sont donc ces trois élémens du beau? Il nous semble qu’on peut les tirer des trois puissances de notre être : intelligence, imagination , sentiment, telles sont les trois choses qui veulent être satisfaites par l’art. Ainsi la jouissance du beau

DU BEAU IDÉAL

e$t partie intelleciueile, partie sensuelle, partie morale ; c’eslà-dire qu’on veut d’abord jouir par le sujet ou la pensée qui intéresse l’esprit, par la forme ou le dessin qui frappe l’imagination et les sens ; enfin par le mouvement ou l’expression morale , qui émeut le cœur et l’attendrit.

Le premier âge, penché à l’hiéroglyphe, s’occupe toujours du sujet. Tel est l’art de l’Église primitive.

Il est clair que ce premier élément est uniquement passif, le seul qui ne se subordonne pas à l’inspiration , le seul qui puisse s’imposer et presque le seul sur lequel on puisse écrire. Mais ces types, si on ne sait leur donner la vie, resteront inertes. Ainsi, toutes ces éludes sans inspiration des symboles primitifs sont vides , quand il n’y a que cela. On 11e sauvera point l’art en le ramenant à l’imitation des premiers types chrétiens , si en même temps il ne revient à la foi qui est la poésie et la vie. Au fond la nature est le seul éternel type ; mais pour l’atteindre , il y a des degrés plus vrais et plus simples , il y a un escalier pour monter au ciel de l’art , et c’est l’âge primitif qui est en possession de le tailler. Sous ce rapport l’art dépend directement du culte , il est le culte même ; et clair ou sombre , produit ou les monstrueuses idoles , ou les objets sacrés de la vénération de l’homme.

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