‹ Essai d'une philosophie de l'artChapitre 8 sur 51 · u partirait · texte numérisé non relu

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Déclamer contre le portrait est une folie moderne que le moyen âge ignorait. « Il semble , dit Cicognara , que l’alpha et 1 oméga de l’art est le portrait. » Mais plus loin il ajoute : « L’idéal , dans les arts , n’est autre chose que la représentation de 1 objet , tel qu’il devrait être , si la nature n’était pas continuellement dégradée par mille causes. »

De cette vérité mal comprise , les idéalistes concluent qu’il faut réatteindre la nature et l’homme d’avant la chute , tels qu ils sortirent parfaits des mains du Créateur : et ils citent alors une lettre de Raphaël , où il disait : « Je ne trouve dans la na-

DU BEAU IDÉAL

ture aucune forme qui réponde à l’idée que j’ai de la plus belle déesse. » Ce qui les porte à se figurer que le plus grand des portraitistes , celui qui s’est le plus identifié à la nature , ne tirait ses magiques traits que de son imagination. Mais cet idéal parfait qu’ils rêvent , existe encore moins dans l’imagination de. l’homme. Car, la création de Dieu , prise en général, n’en sera pas moins toujours , malgré ses imperfections de détail , mille fois plus majestueuse et plus belle que celle de l’homme. Et ainsi l’expression populaire : c’est vrai , c’est beau comme nature , n’en demeure pas moins le suprême éloge. Croyons en tout le peuple : vox populi, vox Dei.

Mais la nature est passive sous la main de l’artiste : selon que sa vue est élevée ou infime , il y puise la beauté ou la laideur, la vie ou la mort. L inspiration demeure donc la seule règle : autrement l’art ne serait plus un art , c’est-à-dire une action ; ce ne serait plus qu’un travail passif de manœuvre, copiant ce qu’il a sous les yeux , comme un ouvrier imprimeur fait pour un manuscrit ; et alors la ressemblance la plus servilement exacte , telle qu’est celle d’un buste en cire , serait aussi l’œuvre d’art le plus accompli ; tandis qu’au contraire il est reconnu que ces imitations de la vie, poussées jusqu à 1 illusion , ont un faux air de fantôme qui elfraye , en faisant naître plus clairement l’idée que c’est un mensonge.

L’art, tout en se proposant l’imitation de la nature, doit donc néanmoins rester lui-même , et ne jamais se confondre avec elle. Ainsi l’œuvre de l’art doit être une création , tout comme la nature elle-même en est une , mais dans un cercle différent, inférieur. Car comment, sur la toile , animer d’une vie semblable ce cheval qui passe , cette population qui s’avance, cet homme dont le cœur bat , dont le regard est animé d’une pensée immortelle?

EN GÉNÉRAL

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