LIVRE VI. — LE MOMBE HELLÉNIQUE
forme d'un dragon , une seconde tête de lion , et en« tre ces deux têtes apparaissait la face du Dieu. Ces trois têtes étaient Chronos , Hercule , et Phanis. Puis, à travers cette cosmogonie inintelligible, parait, sous le nom de Zeus et aussi de Phanis , un dieu régulateur suprême. Orphée admettait en outre la foule des dieux inférieurs , des esprits et des héros , etc.
Sous ces formes bizarres on ne saurait méconnaître un sens philosophique profond. Dans ces cosmogonies , le point de départ d'Hésiode et d'Orphée c'est le Chaos, la nature cosmogonique, qui perd successiment sa puissance. La vie générale va se distinguant, se limitant, se déterminant de degré en degré, sous les noms d'Uranos , de Gaïa , de Pontus , de Chronos, d'HéUos, etc. Les forces indomptées de la nature primitive résistent encore , sous la forme de Titans, de géants aux cent bras ; elles finissent par être défini^ tivement vaincues. C'est alors que Zeus apparaît, comme le chef d'une nouvelle race de dieux. Les poésies qui portent le nom d'Orphée sont apocryphes , comme tout le monde sait ; elles ne nous enseignent pas moins ce que furent le fond et la forme de sa mythologie , au moins dans l'opinion de Tantiquité ; à l'aide de ces poésies et de celles d'Hésiode, on peut entrevoir quelque chose de ce vaste système religieux qui domina dans les premiers temps de la Grèce. C'est sur cette matière , à elle livrée par la tradition , que s'exerça la fantaisie populaire ; elle la modela, la façonna à sa guise, d'après les idées, les sentiments, les points de vue qui lui étaient familiers. Une multitude de circonstances, dont nous aurons à nous oc-
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cuper la coaduisiraat ^ en effet , à régner seule ^ près* que sans contrepoids , dans tous les ordres de fisits et d'idées. Libre d'agir à sa guise elle commença par débarrasser les dieux de leurs fisirmes étranges, bizarres, symboliques ; c'étaient autant d'expressions de choses au delà de sa pcHiée. Par un double travail j en même temps qu'elle continuait de les aaabellir , elle les dépouillait , autant qu'il était ^q eOe , de toirte signification philosophique. Dans le culte primitif, Pan était le grand Tout , le prindpe du monde matériel; on l'adorait dans les déserts, dans les sombres forêts, qui, par l'espèce de recueiHement, de terreur rdigieuse, qu'elle nous m^irent, sont propres à nous élever à ce genre d'idées; avec le t^nps il devint un être bûarre , un berger aux pieds de bouc, redouté des jeunes fiUes. Les Cabîres , dieux cosmogoniques, antique personnifica^n des deux principes opposés toujours en lutte dans la nature, expression symbolique d'un dualisme profondénteot philQS(^[)hique ; les Cabires , dieux qin, ea Samoâira* ce , avaient revêtu les fixrmes les plus étranges et les plus hideuses , finirent par devenir, dans l'imagination populaire , Castor et PoHux , jisneaux inséparables, dieux aimables et brillants de l'amilié. Apollon, Minerve, Diane, Hermès, passèrent par des transformations analogues
Les chefs des dynasties divines subirent les mêmes lois. Uranos et Chronos , divinités aux formes et aux attributs cosmogoniques, eurent pour successeur Zeus ou Jupiter, dont le règne commence par une victoire, qui doit être la dernière , sur les Titans ;
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c'esirà-dire sur les forces encore indomptées de la nature, et qui lui-niéme revêt, sous le ciseau de Phi-^ dias y des formes demeurées l'idéal de la beauté et de la majesté humaine, La hiérarchie divine se trouve alors organisée à la façon des hiérarchies humaines; Jupiter, parmi les dieux, c'est Agamemnon parmi les hommes. La pensée populaire tendait ainsi, par un effort incessant, à rendre Tidée du beau , sa préoccupation habituelle; elle employait la forme qui lui paraissait en approcher le plus , la figure humaine. C'était là une nouvelle preuve visible, à la portée de tous, de l'importance attachée par Tesprit grec à la conception de l'humanité, de l'homme microcos^ me. Toutefois, l'élément pMosc^hique^ ou primi* tif , expressions en ce moment synonymes , ne fut jamais complètement effacé de la mythologie grecque ; il continua de se trouver en présence de l'élément of>posé. Ainsi, dans les mystères il se faisait sauvent un travail contraire à celui que nous venons de raconter : là , les dieux quittaient parfois les formes et les attributs dont les avait revêtus la croyance du peuple ; ils repraiaient leurs anciens attributs et leur ancienne signification cosmogonique. Dans ces mystères, ce qui conclut dans le même sens, l'importance des dieux devenait parfois absolument inverse de celle que leur attribuait le culte public et officiel»
D'autres causes vinrent ajouter au manque de liaison et d'unité que nous remarquons dans l'ensemble du système religieux de la Grèce. Les unes tin^ rent à l'état politique du pays , les autres à l'ad-
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jonction incessante d'éléments étrangers. Nous avons dit comment, dans les sociétés primitives ou peu avancées , le prosélytisme et la guerre étaient les deux principaux mobiles d^activité sociale. La guerre avait nécessairement pour résultat d'imposer aux vaincus les dieux du vainqueur- Les règnes successifs d'UranoSy de Chronos, de Zeus, outre la signification générale que nous leur avons attribuée, pourraient bien encore être Thistoire symbolique de ces anciennes luttes. D'un autre côté des divinités nouvelless'introduisaientincessammentdansl'Oympe de la Grèce. D'après une ancienne tradition, le temple de Dodone, un des plus célèbres parmi ceux consacrés à Jupiter, fut fondé par des étrangers venus de Lybie. Jupiter Ammon se montre à nous comme une transformation d'Osiris. Dans les fêtes de Gérés , on expliquait la plus grande partie du mythe d'Isis et d'Osiris. Les dieux exotiques ne cessaient ainsi de venir s^adjoindre soit aux dieux indigènes , soit aux autres dieux qui avant eux avaient pris pied en Grèce. Quelquefois ils y trouvaient plus d'importance que ne leur en accordait le système auquel ils appartenaient; d'autres fois c'était le contraire. Hermès , qui joue un si grand rôle dans la théogonie égyptienne , devenait Mercure, divinité assez subalterne , dieu du commerce et des voleurs. Vulcain , Minerve , Vesta , également venus d'Egypte , subissaient des dégradations analo-^ gués. En général , il est à remarquer que le rôle des dieux était , dans les mystères , presque toujours différent de celui que leur attribuait le culte public ; d'où il faut induire, à ce qu'il nous semble , que les