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primé j et dès lors toute prête à faire sortir des ténèbres les couleurs éclatantes qu'allait revêtir la création. Le calorique devint le grand agent de la transformation et de révolution des choses ; il exerça une immense puissance d'extension et de décomposition : s'accumulait-il en tel ou tel lieu de l'espace , la matière se dispersait en molécules insaisissables ; s'en retirait-il , elle s'agglomérait en masses compactes. Le fluide électrique résuma en lui cet antagonisme de forces opposées qui constitue le monde; il en devint l'expression la plus générale. Avant que ces trois fluides s'échappassent de l'éther , comme d'une source commune , d'autres s'en étaient-ils dégagés, qui devaient nous rester cachés ? Cette question demeure insoluble pour nous du point de l'espace et de la durée où nous sommes conviés au spectacle du monde. Nous ne savons pas davantage ce qu'était alors la plus élevée de toutes les forces qui allaient se montrer dans le monde matériel, la force vitale. Sans doute elle était déjà enfouie au sein de l'éther. La vie universelle pressait, étreignaitpar tous les points la matière universelle, avant que cette matière s'agglomérât, se condensât dans l'espace , pour engendrer les planètes, les soleils, les comètes.
Des phénomènes semblables apparaissent encore çà et là dans l'immensité. La simple observation nous révèle des merveilles qui confirment la spéculation philosophique, qui surpassent l'imagination ellemême. Dans les étoiles appelées nébuleuses, nous apercevons , sous la voûte du ciel , des mondes à divers états de formation ; parmi ces étoiles, les unes
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ne présentent à Fœil qu'une lumière diffuse et homogène ; chez d'autres on remarque, au centre de cette lumière, certains points brillants autour desquels les molécules gazeuses commencent à s'agglomérer en parties plus solides ; ces points , d'abord éclatants , s'obscurcissent à mesure qu'ils grossissent, et absorbent de plus en plus le gaz qui les entoure. Ce sont les germes d'autant de mondes destinés à peupler un jour l'immensité. Telle fut sans doute l'origine de celui que nous habitons. Comment admettre qu'il ait commencé autrement que tous ceux qui se forment encore à présent ? Que notre globe ait existé, pendant de longues périodes de siècles, à l'état liquide, c'est un fait acquis à la science, élevé par elle à Tétat de certitude. Que ce liquide soit provenu de la condensation d'un gaz, c'est un autre fait qui, sans avdr la certitude du premier, a du moins en sa faveur toutes les analogies. Pourquoi chercherions-nous ses origines dans un état de choses évidemment secondaire, puisque nous voyons tous les autres encore à l'état de formation commencer par l'état gazeux, puisque l'^t gazeux est la forme même de cette matière éthérée d'où toutes choses sonUorties ? La seule spéculation, par voie d'induction, avait déjà conduit notre grand astronome Laplace à cette hypothèse ; elle semble depuis lors pleinement confirmée par le spectacle auquel nous fait assister aujourd'hui l'observation, armée de ses tout-puissants instruments. Habitants d'un globe parvenu , suivant toute vraisemblance , à son état de maturité, nous apercevons ça et là, dans l'espace , d'autres globes qui se dégagent à peine de leurs
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matrices lumineuses. Et sans doute il en est d'autres encore qui ne roulent plus dans leurs ellipses accoutumées que des mondes éteints.
Une objection se présentera sans Aonte : on dira que nous ne saurions conclure avec certitude de ce qui se passe aujourd'hui dans l'espace à ce qui a pu s'y passer jadis , notamment pour ce qui est de notre globe. L'analogie du moins , il faut en convenir, suffirait à elle seule pour nous faire supposer qu'il en a été, qu'il en a dû être ainsi. « De même , dit Herschell , que pour faire l'histoire d'un chêne l'homme n'a pas besoin de suivre un être de cette espèce pendant la longue durée de son existence, qu'il lui suffit de parcourir une forêt pour y observer des chênes dans tous les états par lesquels ils passent successivement , depuis le développement de leurs cotylédons jusqu^à leur décrépitude et leur mort; de même il suffirait de trouver dans le ciel des nébuleuses qui représentassent les difiFérentes époques de la formation d'un monde pour en déduire les états successifs par lesquels chacune d'elles a passé ou passera. » Pendant cette époque où le globe n'exista qu'à l'état gazeux, la vie essaya-t-elle de se développer ? Parvint-elle à revêtir certaines formes déterminées ? L'éther, en même temps qu'il obéissait à ce mouvement de condensation successive qui vint aboutir à l'état liquide , permit-il au principe vital de se manifester par quelques ébauches d'organisation, ébauches qui, dans tous les cas, eussent été sans analogie avec ce que nous connaissons, puisque , pour se trouver en harmonie avec le milieu
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enviroDnaDt, elles n'auraient dû avoir ni consistance, ni durée ? On ne saurait ni l'affirmer, ni le nier ; on ne saurait dire si, dès Tétat gazeux , la vie a ou n'a pas fait son apparition sur le globe. Toutefois ce n'est pas sans quelque probabilité qu'on pourrait conjecturer qu'elle s'y est effectivement montrée. Ces premières manifestations de la vie , sous des formes que nous ne pouvons encore appeler ni minérale, ni végétale, ni animale, n'auraient en tout cas laissé aucune trace ; mais cela n'est nullement une objection sérieuse : les animaux microscopiques, les infusoires, n'en laissent pas non plus dans le liquide où ils soiit nés, où ils sont rentrés.
La vie en elle-même , dans ce qu'elle a de plus général, dans ce qui est son essence, peut être considérée comme répandue en tout et partout. Le microscope 9 ainsi que chacun sait, nous fait assister à un merveilleux spectacle. Présentez-lui au bout d'une épingle une goutte d'eau , et vous la voyez se peupler d'une multitude d'êtres animés, pour qui elle est un océan. S'il arrivait que nos instruments acquissent tout à coup une nouvelle puissance , soudain les bornes de l'observation reculeraient, et nous apercevrions de nouveaux êtres auprès desquels les premiers nous apparaîtraient gigantesques. La moindre plante , la moindre herbe , est toute remplie d'animaux vivants. Dans certaines contrées , le vent soulève une poussière dont chaque grain est pour l'observateur comme le cadavre d'un univers autrefois animé. L'observation , si loin qu'elle ait pénétré dans les profondeurs et les secrets de la nature, n'a jamais manqué d'y rencontrer la vie , ou les traces de