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la vie. D'un autre côté, la spéculation philosophique nous fait apercevoir dans la matière et la vie deux termes nécessairement liés Tun à l'autre , ne pouvant exister indépendamment l'un de l'autre. Ils constituent une des phases du grand antagonisme universel. Le principe vital contient une multitude de modes d'existence ou de propriétés possibles qui tendent à se montrer au dehors , mais qui n'y parviennent que dans certaines circonstances données. Bien plus, sous l'influence de circonstances extérieures, la- vie peut être tour à tour ôtée et rendue à certains êtres. Des mousses desséchées dans un herbier pendant un demi-siècle ont reverdi et poussé de nouveau après avoir été plongées dans l'eau. Le même phénomène jse reproduit dans les degrés inférieurs du règne animal. « Le rotatoire de Spallanzani , qu'on a vu plusieurs fois réduit à un état de mort par une prompte dessiccation, et ensuite rendu vivant en le plongeant dans Teau pénétrée d'une douce chaleur , prouve que la vie peut être tour à tour suspendue et rétablie. Elle n'est donc qu'un ordre et qu'un état de choses dans un corps , qui y permettent les mouvements vitaux qu'une cause particulière est capable d'exciter (i). » La matière éthérée agglomérée autour de certains points de l'espace continua à se condenser de plus en plus. Le refroidissement fut l'agent de cette révolution, comme la chaleur l'est de la dilatation , de l'expansion des corps. Or , comme tout gaz condensé finit par passer à l'état liquide , un moment vint où notre
(1) Lamark.
iS PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE.
globe y le seul dont nous voulions nous occuper parmi ceux qui subirent des transformations analogues , un moment vint où notre globe se trouva tout entier à cet état; il présenta le spectacle d'un vaste océan en ébuUitioQ j soulevant, roulant çà et là des vagues gigantescpies qui ne frappaient aucun rivage. Une atr mospbère brûlante , formée de la portion de gaz qui n'avait pu entrer dans la combinaison liquide, le pressait alors d'une étreinte embrasée. Et cependant , au milieu de ce chaos apparent se continuait ce même travail de transformation dont le globe lui-même était sorti. Déjà 9 au milieu de cette matière agitée , existaient dans leurs germes les êtres et les choses qui se montrent aujourd'hui sous les formes les plus diverses ; ils devaient s'en dégager au milieu d'une évolution en quelque sorte parallèle et correspondante à celle que subiraient les milieux environnants. Ces derniers 9 ou une partie de ces derniers , sous l'influence d'un nouveau degré de refroidissement , étaient 9 en effet , destinés à se solidifier.
Toutefois des siècles entassés sur des siècles s'écoulèrent probablement avant l'accomplissement de cette révolution nouvelle. Les forces actives , les énergies créatrices de la nature, s'étaient mises en équilibre dans cet état de choses. Mais cet équilibre fut enfin troublé, détruit; les forces qui président à la constitution des minéraux l'emportèrent sur les autres ; elles amenèrent une précipitation générale , qui donna naissance aux granits, aux schistes, aux gneiss, ces premières couches, ces fondements du globe : on sait que le granit est la charpente des montagnes les plus
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élevées, qui sont aussi celles qui plongent le plus profondément dans les entrailles de la terre. La matière, d'abord incandescente, subissant de nouveaux degrés de refroidissement , se solidifia çà et là en portions plus ou moins considérables , pendant qu'une partie des gaz suspendus dans l'atmosphère se transformaient eux-mêmes en liquides. De vastes continents s'étendirent sur la surface du globe, séparés par des mers de couleurs variées et de degrés différents d'intensité. Les bouillonnements des gaz formés dans les profondeurs de la terre , et venant bruyamment éclater à sa surface , troublaient seuls l'universel silence. Des formations cristallines s'épanouissaient un moment pour se briser aussitôt. De temps à autre se montraient, comme les lies de nos mers actuelles, des portions du globe récemment abandonnées par les eaux. Ce fut une période d'orages , de transformations, de bouleversements perpétuels, dont nous pouvons lire l'effrayante histoire dans les profondeurs mêmes du globe. Les affinités chimiques, de toutes parts mises en jeu , montrèrent sous mille et mille formes les phénomènes merveilleux de la cristallisation. La vie minérale dominait, régnait seule sur le globe , à cette époque du monde.
Mais la vie ne tarda pas à franchir un espace immense ; dans la période suivante , elle se manifesta dans le règne végétal. De grandes révolutions géologiques accompagnèrent cette nouvelle évolution du principe vital. La surface du globe, en se ridant par suite du refroidissement graduel auquel il était souihiife , perdit sa régularité primitive. De hautes mon-
âA philosophie de l'histoire.
lagnes s'élevèrent. L*océan , tout en se débarrassant des matières qu'il tenait en dissolution, se creusa un lit plus profond. Un amas de matières incandescentes continua de bouillonner au dessous de la croûte terrestre récemment formée , s'ouvrant de temps en temps une issue dans de gigantesques volcans , et lançant dans les airs des jets d'un liquide enflammé. D'épouvantables cataclysmes se succédèrent alors pendant de longues années. La mer, qui en était l'agent principal , tour à tour envahit ou abandonna les parties solides du globe. Puis le moment vint où l'état des choses amené par ces transformations et ces révolutions successives permit à la vie végétale de se produire tout à la fois sur la terre et dans les eaux. Le fond de l'océan, la surface de la terre, se couvrirent d'une végétation abondante, aux formes variées, aux dimensions gigantesques. Les immenses calamités, les fougères arborescentes qui composent nos terrains houillers , se montrèrent de toutes parts. Des plantes qui se confondent actuellement avec l'herbe de nos champs égalaient alors en hauteur nos arbres les plus élevés. Sous ces formes nouvelles, la vie manifesta des propriétés nouvelles aussi. Dans le minéral , elle est pour ainsi dire extérieure ; elle va de la circonférence au centre. A peine le travail de la cristallisation est-il achevé , à peine le minéral est-il formé, que la vie s'y emprisonne, s'y ensevelit en quelque sorte ; elle cesse de se montrer, elle ne reparaît plus qu'autant qu'il vient à être brisé , et que les affinités chimiques entrent de nouveau enjeu. Dans le végétal, m^me le plus inférieur, la vie se montre déjà