Tome I
386 PHILOSOPHIE DE l'H|STOIRB.
race dans un sens restreint) principales de la Grèce : les Ioniens, les Doriens , lesÉoliei^s. Cette tribu des Hellènes venait , suivant toute apparence , de TAsie , probablement des environs du Caucase; elle devait descendre de ce même rameau 'des populations pri* mitives dont une partie était allée se fixer dans la presqu'île indoue. Les Ëoliens prirent possession de la Thessalie , les Doriens du Pélpponèçe , les lo^îens principalement de TAttique. D'ailleurs , le mariage n'étant point interdit entre ces races , elles d;evaieDt finir par se mélanger, sexonfondre. Enfin des colo^ nies , sous la conduite de chefs puissants , arrivèrent à diverses époques, et de divers lieux , de l'Orieiit. Cécrops, à la tête de Tune d'elles, s'établit à Athènes; ]>anaus , à la tête d'une, seconde , à Argos, où régnait Inachus , le plus ancien des fondateurs de cités; tous deux venaient d'Egypte. Cadmus , parti de Phénicie, se fixa àThèbes. La nation grecque sortit de tous ces germes , auxquels on pourrait en ajouter plusieurs. L'âge primitif ou divin de la Grèce finit à ce mélange des peuples, et son 'âge: héroïque comme(nce.
Parmi ces populations étrangles qui vinrent s'implanter dans la péninsule hellénique plusieurs lui étaient bien supérieures en civilisation. C'est ce q\ii explique comment les étranges ont toujours joué un rôle considérable dans les traditions primitives de la Grèce ; et, en effet, c'est à des étrangers que se rattadient d'ordinaire le&origines de la culture, delà civit sation, des institutions politicpies. L'introduction de l'alph^et signale l'arrivée de Cadmus, qui l'importe de Phéçipie. IJn autre étranger^ Anfigltictyon, oo^Qoit,
LITRE VI.— LE MON^E HELLÉfflQUE. 3S7
à ce qu'il sendble, lapeusée d'une vaste unité politique pour la Grèce; se proposant d*uïrir par un lîôn commun tous les petits états qui la composent, il institue comme autorité centrale le grand Conseil des Amphictyons, auquel il donne son nom. Aleur[arrivée , à leur débarquement , ces chefs étrangers dont nous parlons s'enfermèrent sans doute dans des demeures fcKrtifiées , peut-être au milieu de ces vastes constructions que nous avons appelées] pelasgiqties , et ces lieux où ils dëposCTent leurs -trésors , leurs armes , leurs effets précieux , devinrent par la suite les capitales d^autant d'états, des centres d*où l'activité sociale rayonna bientôt dans tous les sens. Leur autorité , déjà acceptée de ceux de leurs compatriotes qui les avaient accompagnés, s'étendit peu à peu, à l'aide de ceux-ci , sur les |aborigènes qui les 'entouraient ; ils les soumirent ou les attirèrnt à leurjservice. Ce fut là sans aucun doute , dans le plus grand nombre dé cas, l'origine des plus anciennes royautés helléniques. Homère nous montre l'autorité des rois, comme essentiellement fondée sur la bravoure , la richesse, l'illustration de la naissance. Les rois et les héros sont évidemment par tous ces côtés supérieurs au reste des hommes; mais ils n'appartiennent pas à des castes distinctes, séparées, pour ainsi dire à une autre espèce* Le pouvoir qu'ils exercent n'a aucune analogie avec cette autorité patriarcale, d'origine divine, que nous avons vue ailleurs. Des supériorités de diverses sortes, possédées d'un côté , subies de l'autre , voilà , s'il faut le redire , les seuls liens entre les rois et les peuples. Agamemnon parcourt le camp des Grecs en
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proie à la sédition : rencontre-t-ii un chef , un héros , il le rappelle au sentiment de la gloire , il lui adresse de nobles paroles ; a-t-il aflTaire à un homme du peuple y a il le rosse à grands coups de sceptre » , c'est-àdirede bâton. C'est par des moyens de même sorte que s'exerce dans tous les autres cas Tautorité royale.
Les particularités que nous venons de rappeler nous initient à beaucoup de choses de Thistoire intérieure de la Grèce; elles nous font comprendre, en outre , le genre d'action qu'elle exerce tout d'abord à Textérieur . Nous voyons la Grèce , dès son aurore , divisée en un grand nombre de petits états. Un moment devait venir où ces tribus éparses tendirent à se rapprocher l'une de l'autre , à s'unir aux:colonies étrangères ; mais de ce contact devaient nécessairement sortir des guerres fréquentes. C'est au milieu de ces troubles y de cette agitation politique, qu'apparaissent les premiers héros de la Grèce, Hercule, Thésée, Castor et PoUux , dont les travaux marquent en même temps le début d'une lutte acharnée contre la nature encore indomptée. Thucydide nous décrit les peuples de la Grèce comme vivant , peu de siècles , peu de générations même avant les événements qu'il raconte, aumi- Ueu de guerres , de pillages , de courses maritimes, en un mot dans un mouvement perpétuel. La mer les invitait bien plus à la piraterie qu'au commerce, car l'industrie, déjà florissante en Egypte et en Phénicie, n'était pas encore née en Grèce. Aussi voyons-nous que , du temps d'Homère , la piraterie était en grand honneur dans l'imagination p(^ulaire. Ces tribus se faisant une guerre perpétuelle, ildevaitarriver, il arri-