‹ Essai d'une philosophie de l'histoire, Volume 1Chapitre 123 sur 139 · LIVRE Vf. — LE MONDE HELLÉNIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE Vf. — LE MONDE HELLÉNIQUE

Sparte tombe alors dans un abattement ^ un décou* ragenient inexprimable; elle ne prend aucune résolution, nefaitaucune tentative. « Les Spartiates, au dire de Thucydide , montraient plus d'hésitation que jamais à former des projets militaires qu'il faudrait soutenir par des combats maritimes, sorte de guerre dont ils n'avaient pas l'habitude , et encore contre les Athéniens, peuple qui croyait trahir ses justes espérances s'il ne formait pas sans cesse des entreprises nouvelles. >y « Us ne pouvaient remuer , ajoute-t-il un peu plus loin, sans croire qu'ils faisaient une faute; devenus craintifs et irrésolus , parce qu'ils n'avaient pas l'habitude du malheur. » Pendant la guerre médique, les Athéniens avaient éprouvé les mêmes revers de fortune sans être accablés de la sorte ; plus tard , ils virent à leur tour plusieurs fois les Lacédémoniens établis dans le voisinage même d'Athènes, et les représentations d'Aristophane n'en furent pas désertées. Mais Athènes pécha par excès d'entraînement, comme Sparte par excès de prudence. Tout occupée qu'elle fût de la guerre du Péloponèse, elle rêva la conquête de la Sicile. Le départ de cette flotte de 500 voiles qui s'éloigne en bon ordre du Pirée, tandis que les chefs, à la proue des navires, font des libations et entonnent le chant consacré (le Paean) , est le moment le plus brillant de son histoire. Mais ce beau jour est gros d'un sombre avenir. La moitié de ces forces que, dans un caprice d'artiste et de poète, elle envoyait en Sicile , débarquées à Pylos , eussent donné à la guerre une issue différente : c'est à Sparte que sans aucun doute elle eût été funeste. Au

Ai A PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE.

contraire, épuisée fd'hommes et d'argent pwr ses dé'sastres en Sicile, Athènes reçut la loi d'un vainqueur impitoyable. Lacédémone , élevant sa puissance sut* les ruines de la liberté, étaUit à Athènes lés trente tyrans , coup fatal qui annula celle-ci comme pouvoir politique. Mais elle continua de tenir le sceptre de rintelligence , tant il était dans sa nature qu'elle demeurât à la tète de la Grèce , tant était douée de fécondité cette civilisation dont elle Ait le brillant organe. Sparte , quand elle perdit sa puissance politique , perdit tout; elle ne tarda pas à se décomposer, à se dissoudre , pour ainsi dire , dans une effrayante corruption , qui n'eut ni excuse ni compensation. Athènes vaincue , Athènes dans les fers , continue de porter la couronne du monde ancien.

La Grèce ne se borna pas au rôle politique que nous venons de lui voir remplir; eîle a un rôle analogue dans toutes les sphères où il est donné à l'intelligence humaine de se manifester. L'élément religieux, Télément divin domine dans sa poésie aux premiers temps de son histoire; alors apparaissent Orphée , Linus , Thamyris , Musée , AmpWon , poètes primitifs , dont quelques fragments à peine nous sont parvenus. Dans ce qui nous en reste se montrent encore çà et là les traces de ceâ grands systèmes religieux qui , selon nous , ont dû précéder la mythologie vulgaire. Des chants populaires , à côté de ces enseignements sacrés , racontaient les traditions primitives; plus tard , rassemblés par la main de quelque rapsode habile, ou seulement, comme quelques uns Font cru , en vertu de leur propre affinité , ces chants

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