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elle continua de s'occuper d'abord , avant tout , de préférence à tout, de Fintelligence humaine. C'est de là que la spéculation put s'élancer dans deux directions opposées, par l'inspiration et l'intuition, ou bien par l'examen et la réflexion. Platon et Aristote sont demeurés les personnifications de cette double tendance de la Grèce»
Le génie de Platon laisse voir l'intuition et la réflexion, la synthèse et l'analyse , harmonieusement en présence. Ouvrez ses immortels Dialogues : d'abord c'est l'art, la subtilité, la sophistique, si chers à la Grèce, qui vous frappent ; mais çàetlà vous apparaîtra quelque tradition empruntée à l'Orient ; étrangère en apparence à l'œuvre par le peu de place qu'elle y occupe, c'est pourtant par rapport à elle que tout s'arrange, se lie, se coordonne. 'Ainsi les Pyramides d'Egypte, delà vaste plaine où elles s'élèvent, demeurent visibles jusqu'aux dernières limites de l'horizon. Cette tendance à l'intuition, à l'inspiration , continue à se développer chez les disciples de Platon; c'est par elle qu'ils ont conquis leur immense influence sur le monde. Aristote manifeste exclusivement, au contraire , l'esprit de réflexion , d'examen, d'analyse: tête vraiment encyclopédique, la plus vaste peut-être qui ait jamais existé, où tenait à l'aise toute la science d'une époque. Platon représente ce mouvementde l'esprit qui descenddela notion généraleaufait particulier; Aristote, cet autre mouvement par lequel l'esprit remonte des faits particuliers à la loi générale. Pôles du monde intellectuel sur lesquels la spéculation n'a jamais cessé , ne cessera jamais de tour-
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ner, ils sont demeurés les complètes et fidèles expressions des deux éléments qui, se combinant à différents degrés, constituent notre nature intellectuelle elle-même. A titres différents, ils ont tour à tour régné sur le monde et s'en sont partagé Tempire. Mais tous deux, essentiellement grecs d'ailleurs, n'ont pas franchi le cercle tracé par Socrate. Ainsi l'intelligence humaine se concentra dans l'étude de l'homme ; la place qu'il devait occuper dans l'ordre général des choses fut entrevue, l'esprit humain se prit pour but aussi bien que pour moyen. Les dogmes anciens furent modifiés , mais aucun dogme philosophique ne surgit qui pût engendrer une nouvelle organisation sociale. Le génie de la Grèce, brisant les anciennes formes religieuses que lui livrait la tradition, sut en extraire un élément purement rationnel, purement humain, remplissant delà sorte un rôle tout à la fois immense et nécessaire. Alors conamença l'alUance de la tradition et de l'innovation , de l'inspiration et delà réflexion, de l'Orient et de l'Occident , qui fut l'histoire morale du monde.
La Grèce , dans le domaine de l'art , respecta volontairement certaines limites étroitement tracées. Elle se proposa bien moins la grandeur de l'œuvre que l'harmonie des proportions , la perfection des détails. Elle s'efforça, dès son début, d'atteindre le beau , de l'exprimer sous toutes les formes. Les dieux et les héros d'Homère se plaisent à se couvrir de riches vêtements, d'armes étincelantes ; ils aiment à faire ressortir la grâce et la majesté de leur port, à s'embellir aux yeux des autres. Les jeux aux-
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quels ils se livrent , la lutte , la course , le disque , le chaut, ont un but analogue. Vulcain sculpte en relief sur le bouclier d'Achille des danseuses dont Homère compare Tagilité à la vitesse de la roue du potier lorsqu'elle tourne sur elle-même. Le marbre, la pierre, l'airain , l'or, l'argent, les matières les plus précieuses, comme les plus vulgaires , sous la main de l'artiste revêtent les formes les plus variées pour exprimer cette idée. Le culte participe de cette disposition d'esprit, ou, pour mieux dire, en est né. Les dieux de la Grèce , dégagés peu à peu , par la fantaisie populaire , du chaos cosmogonique , sont de merveilleuses personnifications de la notion du beau, sous la forme humaine idéalisée. Le temple est une autre traduction de la même idée ; on y retrouve ce même sentiment du beau , cette même apothéose de la nature humaine. Là Tart grec ne s'est point inspiré de l'idée de l'infini , de l'éternité ; là aussi , c'est surtout à la perfection des détails , à l'harmonie des proportions , qu'il a demandé ses effets. Le temple grec , suivant les uns , est la copie réduite du grand temple égyptien lui-même ; suivant d'autres , la copie exacte des petits temples placés à côté, à l'entrée de ce dernier, et consacrés au principe femelle ou passif de la nature. En tout cas , la distribution intérieure des édifices était essentiellement différente. Le temple égyptien se partageait en un grand nombre de pièces en rapport avec les divers degrés de l'initiation; un art savant, aidé d'une profonde symbolique , agissait sur l'esprit des fidèles, les conduisait peu à peu à l'idée de l'infini, de l'éternité; le gran-
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diose des proportions extérieures les avait déjà pré* parés à cette impression ; à mesure qu'il pénétrait dans ces vastes labyrinthes, le néophyte oubliait de plus en plus le monde extérieur. Le temple grec , entouré d'un péristyle , ne consistait , le plus souvent, qu'en une seule , tout au plus en deux salles ; ses proportions permettaient toujours de l'embrasser d'un regard. Le sacrifice , offert au nom de tous , ayant pour tous la même signification , s'accomplissait sur le seuil du temple , sous les yeux de la foule ; là , pcMot de ces longues , de ces mystérieuses cérémonies , dont le sens ne doit être que progressivement révélé , et en proportion du grade des initiés. La statuaire, en raison de toutes ces choses, se trouvait merveilleusement en harmonie avec le caractère spécial du génie grec ; aussi manifesta-t-elle, dès l'origine, une supériorité incontestée sur l'Orient. A la voix , au soufHe de l'art grec , les masses colossales de la statuaire égyptienne s'amoindrissent et revotent d'harmonieuses proportions ; les créations fantastiques où se complaisait l'ancien symbolisme disparaissent du domaine de l'art. La statue se dégage de ces longues gaines où l'emprisonnait un art enfantin ; les mains se détachent du corps , les pieds s'avancent dans l'espace ; la forme humaine apparaît dans toute sa beauté , elle n'attend que la vie , que le mouvement.
Le génie de la Grèce a également marqué son passage par sa lutte contre la nature ; l'invention des arts propres à cette lutte ne lui appartient pas, mais elle n'en a reçu aucun qu'elle ne l'ail perfectionné, métamorphosé. Les traditions grecques nous mon-
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trent ragriculture comme le fondement môme de la société; toutefois, on ne saurait en faire remonter Torigine à des époques aintérieures à l'arrivée des colonies égyptiennes. L'état de misère, dedénûment, où vécurent dans les premiers siècles les habitants autochtones de la Péninsule , nous est attesté par l'unanimité dés anciens historiens. La pratique de l'agriculture, la charrue, Tartde dompter lesanimaux, de les attacher au joug, de semer le grain, paraissent avoir été apportés de Sicile. L^olivier, le cheval, c'est-à-dire l'art de se servir du cheval , furent contemporains de la fondation d'Athènes : c'est ce que nous enseigne une scène mythologique célèbre. Du temps d'Hésiode la herse n'était pas encore connue; un jeune esclave suivait le laboureur pour recouvrir avec la bêche la semence que celui-ci venait de répandre sur la surface de la terre. Les arts industriels, d'où devait naître le commerce , ne tardèrent pas à suivre ces premiers pas de l'agriculture. Ce qui caractérisa la civilisation grecque, ce fut le développement simultané de tous les éléments poUtiques dont elle se trouvait receler les germes ; il en fut de même pour cette portion de la vie sociale que nous avons appelée la lutte de l'homme contre la nature. Dans l'Orient , les divers instruments , les diverses armes employées par l'homme dans le cours de cette lutte , l'agriculture, l'industrie, le commerce, demeurèrent, en des mains séparées , devinrent les lots des diverses classes de la société ; les peuples se laissèrent eux-mêmes dominer exclusivement par Tune ou l'autre de
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ces occupations ; mais la Grèce se livra simultanément à toutes.
Les Perses , uniquement livrés à la guerre , restèrent étrangers à la marine ; quand ils abordèrent en Grèce, ce fut sur des vaisseaux fournis par la Phénicie et les colonies grecques de TAsie. La navigation fut, au contraire, dès l'origine , un des principaux éléments de la civilisation grecque. Le vaisseau sur lequel Danaûs arrive d'Egypte est demeuré célèbre dans l'antiquité; les récits mythologiques des voyages de Bellérophon , de Persée et d'Hercule , où se retrouvent quelques traces d'expéditions maritimes; l'invention de Dédale, qui passe pour être le premier qui se soit servi de la voile ; enfin, le fameux voyage des Argonautes, toutes ces traditions semblent présenter comme autant de dates dans le développement de l'art nautique. D'après la tradition , le vaisseau des Argonautes contenait une poutre parlante : cette poutre ne serait-elle pas le symbole de quelque procédé alors nouvellement inventé pour la direction des navires? La Grèce, tout à la fois poussée vers la mer par sa situation géographique et le penchant de ses habitants , ne pouvait ne pas faire de grands progrès maritimes. Effectivement , nous la voyons déjà mettre en mer douze cents vaisseaux pour la guerre de Troie , et c'est encore à la marine qu'elle dut en grande partie ses triomphes sur les Perses. Le rôle de la Grèce , quant au développement du grand art de la guerre et de tous les arts qui s'y rattachent, est analogue à celui que nous lui avons vu