‹ Essai d'une philosophie de l'histoire, Volume 1Chapitre 127 sur 139 · LIVRE VI. — LE MONDE HELLÉNIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LE MONDE HELLÉNIQUE

le génie même de l'Europe qui prend œntre TOrient une offensive hardie et que depuis lors il n'a point désertée. Dans celte guerre nouvelle il s'agit de toute autre chose que dans celles qui soumirent au grand roi TEgypte et la Phénicie , qui rangèrent sous son sceptre la plus grande partie du monde. Ici ce sont deux principes opposés qui se trouvent en présence; on comprend qu'il n'est plus seulement question de la possession matérielle, mais de l'empire moral du monde; et de là l'indicible émotion dont nous sommes saisis. La Thrace, la Macédoine, la Thessalie, ont déjà disparu sous les hordes de l'Orient; les murailles d'Athènes ont reçu l'étranger. Que va-tril se passer? En est-ce fait à jamais de la spontanéité humaine , de l'individualité morale, de la liberté politique? Vont-elles disparaître à jamais de l'histoire , comme déjà elles semblent avoir disparu du monde matériel? Nous osons à peine fixer les yeux sur ces points à peine visibles dans l'étendue, le pas des Thermopyles , le détroit de Salamine , où le grand problème va se résou* dre par le glaive. Marathon, Platée, Salamine, les Thermopyles, voilà des noms, en effet, destinés à retentir plus glorieusement dans la mémoire des hommes qu'aucun autre nom de victoire. Ailleiirs , des milliers de guerriers mourront courageusement pour la patrie; ailleurs, la fortune couronnera d'autres grands capitaines ; mais jamais , dans les siècles qui suivront, les destinées de l'humanité ne. seront une autre fois mises en jeu d'une façon aussi dramatique. A Salamine, à Marathon, cette grande question fut posée dans les conseils de la Providence : À qui ap-

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partiendra la suprême direction de Thistoire du monde 9 au génie de l'Orient, ou bien au génie de l'Europe ? La Grèce, par le poids de son épée, fit pencher la balance de son côté. Sans doute les champs de bataille , labourés par la lance et Tépée, ont été plus d'une fois fertiles en idées généreuses , en sentiments héroïques, en résultats politiques; mais ici la moisson ne fut rien moins que le monde moderne , que la civilisation de l'avenir.

La Grèce, depuis ses commencements les plus éloignés, n'avait cessé d'avoir en vue la constitution d'une unité politique; c'était à quoi tendaient plus ou moins les jeux publics , l'oracle de Delphes , le conseil des Amphictyons. Elle atteignit cette unité par une autre voie , à la suite d'une série d'événements imprévus que nous n'avons pas à raconter, mais que nous devons indiquer. Les Phocéens , condamnés à une amende , avaient profané et pillé le temple de Delphes, et l'oracle, ce symbole de la nationalité grecque, se vit réduit au silence. Philippe de Macédoine punit ces injures; il marcha, à la tête des forces de la Grèce, contre les profanateurs , et non seulement vengea le Dieu, mais jusqu'à un certain point le remplaça. A la fin de la guerre sacrée , il se trouva le chef, le représentant , la personnification de l'unité grecque. Une puissance visible et matérielle succéda ainsi à la puissance mystérieuse et cachée de Toracle. En ce même temps, un sentiment profond , énergique , tourmentait depuis longues années la Grèce. Les Perses , bien que repoussés du sol national , avaient continué à se mêler aux affaires de ce pays ; les cités grecques les

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