LIVRE YI. — LB MONDE UELLÉlflQUE
appelèrent plus d'une fois au secours de leurs intérêts particuliers : Spartiates , Thébains , Athéniens euxmêmes, ces Athéniens brillants représentants du génie grec , commirent cette faute ou ce crime. Un moment était venu oiil, dans le traité d'Antalcidas, la suprématie persane s'était insolemment imposée à la Grèce entière (1). Le souvenir des anciennes invasions n'en vivait pas moins, dans les cœurs, amer et saignant. Après quelques instants de répit amenés par d'autres intérêts, la haine instinctive contre l'Orient se réveillait bientôt toute puissante. Peu à peu la pensée d'une revanche nationale, d'une invasion de la Perse, devint une pensée générale, une pensée grecque, une de ces pensées qui ne sont à personne à force d'être à tout le monde. Philippe s'en constitua l'organe , le représentant. Nommé solennellement généralissime des troupes helléniques (on sait comment les formes de la liberté survivent long-temps à la liberté elle-même) , Philippe avait tout disposé pour obéir à l'inspiration nationale ; arrêté par la fortune à ses premiers pas dans la.carrière, il dut léguer à Alexandre l'accomplissement de la grande œuvre. Gimon et Miltiade l'avaient peut-être entrevue , Philippe avait passé la meilleure partie de sa vie à s'y préparer ; mais la gloire d'Alexandre ne peut que s'en accroître. La grandeur des hommes historiques est d'autant plus éclatante , qu'ils réalisent une pensée plus vaste, plus générale.
Les circonstances les plus favorables se trouvaient
(1)387 dns avant Jésua-Christ.
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réunies pour élever Alexandre au niveau de cette tâche gigantesque. Philippe lui laissait une vieille armée, aguerrie dans vingt campagnes, et qu'il allait animer de Timpétueuse ardeur de sa propre jeunesse. Admirateur d'Homère et disciple d'Aristote , il unissait en lui l'héroïsme antique et la science moderne; la pensée dont il s'inspirait était pleine d'élan, de naïveté, d'enthousiasme, et il procédait à sa mise en pratique avec prudence, mesure, réflexion. Personnage des temps héroïques , fils des dieux, c'était aussi le représentant d'une civilisation avancée. L'histoire ne saurait le dépouiller de ce double caractère. S'il se présente à l'imagination en personnage homérique, il est en même temps un politique profond , et devient un général si habile et si promptement consommé qu'il demeure, même aujourd'hui, sous ce rapport, un objet d'études toujours profitables. Nommé généraUssime de la Grèce, il s'occupe aussitôt des préparatifs de son expédition en Orient. Loin de cédera une ardeur imprudente , il commence par affermir son pouvoir en Grèce; il resserre toutes ses alliances; il place vingt mille soldats sous le commandement d'Antipater , qui doit lui répondre du pays. Il effraie ses ennemis par la prise et le sac de Thèbes ; mais, connaissant le prix du temps, il dédaigne de se venger de Sparte, qui lui a refusé un inutile suffrage. S'il n'emmène avec lui que trente-cinq mille combattants, c'est qu'il a compris que c'est l'organisation , non le nombre, qui constitue la supériorité de l'Occident sur rOrient , c'est qu'il espère surtout en cette redoutable phalange , contre laquelle les multitudes armées de