LIVRE VI.^LE MONDE HELLÉNIQUE
l'Orient se briseront sans l'ébranler, comme les vagues contre le rocher du rivage. S'il se contente d'emporter soixante-dix talents suivant les uns, cent soixante-dix selon d'autres , c'est qu'il compte sur l'or des Perses pour remplir son trésor. Aussi distribue-t-il joyeusement à ses amis tout ce qu'il possède, et à ceux qui s'alarment de sa prodigalité et demandent ce qui lui restera, il répond : « L'espérance ! » Lorsqu'il a fait tout ce qu'exigeait la prudence ou l'habileté du général et de l'homme d'état , lorsque, sous une apparente témérité, il n'a rien négligé de ce qui pouvait préparer et assurer le succès, il se livre à son inspiration d'artiste et de poète, il s'abandonne à l'impulsion qui le pousse vers l'Orient. Toutefois nous ne cesserons jamais de retrouver dans tout le cours de sa gigantesque entreprise le même mélange d'inspiration et de réflexion, d'ardeur et de prudence, de jeunesse et de maturité, que mous venons de remarquer dans ses préparatifs.
Dès son entrée en Asie, il s'achemine vers Içs lieux illustrés par la guerre de Troie. Sur le tombeau d'Achille il offre un sacrifice à Minerve et répand des libations en l'honneur des héros morts dans cette guerre fameuse. Suivant la coutume , il frotte d'huile les colonnes du tombeau , se dépouille de ses vêtements et se livre, avec ses compagnons, à des jeux funéraires. Plus d'une fois on l'entend vanter le bonheur d'Achille d'avoir trouvé pendant sa vie « un ami fidèle, et après sa mort un grand héraut de sa vertu (1) »• On veut lui montrer la lyre de Paris,
(1) Plutarque^ Dacier.