‹ Essai d'une philosophie de l'histoire, Volume 1Chapitre 16 sur 139 · LIVRE !«'. — l'homme · texte numérisé non relu

LIVRE !«'. — l'homme

quels se trouvait la vie lui offrant des conditions toujours plus favorables à son développement , elle ne devait pas s'arrêter dans cette marche progressive que nous venons de signaler ; la création dont nous faisons partie est le dernier terme de cette progression ascendante. Aujourd'hui Tépoque des grands cataclysmes semble passée ; la persistance et la sta« bilité se sont glissées peu à peu au sein des révolutions de la nature physique, elles ont fini par dominer. Les forces indomptées de la nature se sont successivement dépouillées de la puissance qui les avait rendues si terribles dans les époques antérieures. Çà et là fument bien encore quelques volcans; çà et là quelques îles sortent encore de la mer ; çà et là certaines plages subissent des altérations de niveau ; les madrépores et les coraux continuent de bâtir, au fond de Tocéan, leurs innombrables cellules, maintenant rescife dangereux, et que l'avenir verra transformés en continents ; les fleuves exhaussent encore le niveau des plaines qu'ils arrosent, ils construisent à leur embouchure de nombreux deltas avec la terre enlevée aux montagnes. Mais la surface du globe, depuis la démise grande catastrophe , ne se modifie plus que lentement , que progressivement. Nous ne voulons pas dire cependant que le globe terrestre soit au bout des révolutions qu'il doit subir : toutes les analogies seraient contre cette hypothèse; nous disons seulement que de nouvelles révolutions du globe ne paraissent point à craindre dans une épor que rapprochée, que la création actuelle semble

appelée à poursuivre long-temps encore et sans interruption ses développements réguliers.

Non seulement les créations successives ont été en progrès Tune sur l'autre , mais la même hiérarchie y ou une hiérarchie analogue , se trouve encore dans l'intérieur , pour ainsi dire , de chacune ce ces créations ; les espèces s'y ordonnent dans un ordre semblable. La vie s'y manifeste , à partir des plus inférieures jusqu'aux plus élevées , sous des formes de plus en plus complexes, elle s'y exprime par un plus grand nombre de propriétés. Mais, chose étrange ! la vie ^ dans cette progression des êtres, ne se meut pas en parcourant successivement tous les points d'une ligne continue ; elle s'élève, au contraire , par une suite de bonds réguliers, dans chacun desquels elle franchit une certaine portion de cette ligne ; elle avance non pas en glissant , mais en sautant. Nous pouvons encore nous la représenter comme gravissant une échelle qu'elle doit parcourir tout entière ; à chacun des échelons elle manifeste les mêmes formes , les mêmes propriétés qu'au précédent ; elle leur ajoute des formes et des propriétés nouvelles. On sait comment dans chaque espèce le fœtus reproduit tout le développement de l'animalité inf^ieure. A-t-il atteint l'espèce qui précède immédiatement celle à laquelle il doit appartenir, il fait un dernier effort, il s'élance, pour ainsi dire , dans un dernier bond , jusqu'à la forme définitive qu'il devra conserver; il est dès lors arrivé^ dans la hiérarchie des êtres , au rang où s'accomplira sa destinée terrestre. L'ensemble des êtres créés

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