‹ Essai d'une philosophie de l'histoire, Volume 1Chapitre 18 sur 139 · LIVRE I«'. — L^HOMME · texte numérisé non relu

LIVRE I«'. — L^HOMME

acte de sa vie comme créature morale, condition nécessaire de tous les autres , c'est-à-dire de cet ensem* ble de sensations et de perceptions qui compose sa vie intellectuelle. C'est encore à l'occasion de ces rap* ports j amenés entre nous et le mcHide par la néces* site où nous sommes de nous manifester extérieurement, que se forment dans notre esprit toutes les notions que nous nous faisons des êtres et des choses qui nous environnent, qui remplissent l'espace, qui pour nous sont l'univers. Or , ces notions , nous ne pourrions les acquérir , les fixer dans notre intelligence, si le verbe nous était refusé, car nous ne pouvons avoir d'autre notion , d'autres idées que celles qu'il nous est possible d'exprimer par nos langues. C'est ce que nous ne saurions méconnaître au premier coup d'œil que nous jetons sur ce qui se passe dans notre intelligence. Si Thomme se sait, s'il se comprend, s'il parcourt les diverses phases d'une évolution intellectuelle au bout de laquelle il s'apparaît dans toute la grandeur de sa nature, c'est donc grâce à la parole. S'il arrive à la connaissance, et par suite, jusqu'à un certain point , à la possession du monde matériel, c'est encore grâce à la parole. Par la parole humaine , le monde , tel qu'il doit exister pour l'homme, sort en quelque sorte de l'abime, comme en sortirent, par la parole divine, les mondes qui peuplent l'immensité. Nous nous trouvons associés par cette prérogative magnifique à la grande œuvre de la création. Nous enfantons le monde, nous nous enfantons nous-mêmes, par la vertu de notre propre verbe. Les livres saints contiennent une parole qui suffit

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à jeter une vive lumière sur la nature intime de Thomme. D'après la Genèse, au moment de tirer Adam du limon , Dieu aurait dit : <c Faisons Thomme à notre image. » Or Dieu est infini dans la manifestation de son activité, comme dans toutes ses manières d'être , dans tous ses modes d'existence; c'est par un mystère de sa volonté qu'il lui impose certaines limites. L'homme, par cela même qu'il est fait à l'image de Dieu, est donc aussi une activité infinie; lui aussi s'épanche et rayonne, ou du moins tend à s'épancher, à rayonner en tout sens ; lui aussi s'arrête, revient sur lui-même. Dans révolution de son activité intellectuelle, comme dans celle de l'activité divine , il s'agit toujours de deux termes liés , rapprochés , tenus en contact par la puissance du verbe : procédé qui seul fait pour lui la possibilité de la connaissance, c'est-àdire de toute vie morale. Ce que nous nous étions hasardé à entrevoir dans le développement de l'activité suprême, nous l'avons retrouvé dans la formation et le développement de nos langues. Mais au sein même de cette identité d'essence et de modes d'action ne laisse pas d'exister un abîme qui sépare les destinées humaines des destinées divines. Sous cette grandeur de l'homme, c'est-à-dire sa ressemblance avec Dieu, se montre aussitôt sa petitesse , c'est-à-dire ce qui l'en éloigne, ce qui l'en fait différent. C'est ce que nous apercevons, en effet, dans les conditions mêmes sous l'empire desquelles l'intelligence humaine est appelée à se manifester. L'activité divine se meut librement dans les espaces infinis, elle ne reçoit d'autres limitations que celles qu'elle s'impose ; l'activité hu-

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