‹ Essai d'une philosophie de l'histoire, Volume 1Chapitre 23 sur 139 · LIVRE !«'. — L'HOMHE · texte numérisé non relu

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ment féconds ; bien plus, ces unions souvent renouvelées aboutiraient, suivant toute probabilité, à effacer toute dissemblance , à reproduire Tunité primitive. L'opinion contraire a été soutenue; mais les observations sur lesquelles on s'appuyait , faites dans des limites très resserrées, sont loin d'être concluantes. Selon toute vraisemblance, les diversités qui se montrent aujourd'hui entre les races humaines se fondraient dans leur mélange, à moins qu'elles ne se confondissent en un type nouveau, comme font le blanc et le nègre dans le mulâtre.

Les classifications de l'humanité, telles que nous venons de les énoncer, n'impliquent donc point la nécessité de l'existence de plusieurs races à l'origine des choses ; cette descendance de l'espèce humaine d'une seule race ou d'un seul couple n'était nullement un obstacle à ce que les différences qu'elles supposent se produisissent. Les descendants de cette première race, ou de ce premier couple , n'ont pas dû , dans leurs primitives agrégations sociales, mener long-temps une môme vie ou une vie analogue. Tout au contraire, ils se sont trouvés nécessairement conduits à vivre au milieu des circonstances les plus diverses , dès lors à ne pas employer de la même façon leur activité physique et morale. La diversité de climats, celle des besoins qui en résultaient , mille autres causes , ont dû, dès l'origine, modifier en sens divers l'organisation physique de ces premiers habitants. Puisl'action de toutes ces influences, s'accroissant sans cesse pendant la durée des siècles, a fini par devenir considérable. Chaque génération a transmis à

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ceUe qui la remplaçait un type quelque peu plus caractérisé , plus différent du type primitif que celui qu'ellemême avait reçu. De là, suivant le degré de généralisation d'où Ton considère le fait (1), et la différence des races actuelles, et la différence des peuples dans les mêmes races, en raison des circonstances de leur histoire particulière. Les influences extérieures de toutes sortes ne pouvaient manquer d'avoir, à l'origine de l'histoire, plus d'intensité d'action qu'elles n'en ont eu plus tard. Leshabitantsprimitifs de la terre se trouvaient dépourvus de la plupart des moyens que nous possédons aujourd'hui pour lutter contre la nature et nous soustraire à sa puissance. D'un autre côté, leurs facultés morales, n'étant encore ni émoussées, ni fatiguées , entraient plus facilement en jeu; elles obéissaient plus long-temps et plus complètement aux mêmes impulsions. La vie intellectuelle , moins éparpillée alors qu'aujourd'hui, moindre en surface , si l'on peut ainsi parler , se concentrait plus fortement sur certains points; elle possédait une plus grande puis-

(1) Un peuple, dans le caurs de son histoire, c'est-à-dire de sa vie, se trouve dans des circonstances qui le forcent a développer des facultés différentes, ou k exercer ces mêmes facultés dans des circonstances différentes. Or de Tensemble de toutes ces choses se forme le type physique et moral qui le constitue. Cest ainsi qu'on a remarqué certaines différences dans la forme extérieure du crâne chez un même peuple aux diverses époques de son histoire; c'est ainsi qu*il est arrivé à certains peuples de différer entièrement de leur race originaire en raison des circonstances de leur histoire, des climats où ils avaient vécu, des régions où il s'étaient définitivement fixés, etc., etc.

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sauce pour se mettre en quelque sorte en relief dans Torganisation physique.

Nous valons de suivre la vie dans sa longue évolution. Après avoir commencé à se manifester par certaines formes qui la différenciaient peu de la matière où elle se trouvait comme enfouie, elle est venue aboutir à Thomme. Elle a traversé une longue série de transformations y mais toujours elle a obéi à cette loi qui veut qu'elle ne puisse arriver à Texistence finie, déterminée, qu'après s'être assujetti une certaine portion de matière, qu'ellerégit, gouverne, qu'en un mot nous appelons un organisme. Cet organisme cesse-t-il de fonctionner , la vie est elle-même suspendue , enchaînée ; eslril usé par le temps , brisé par un accident, la vie le délaisse pour se proc^urer ailleurs un autre instrument semblable , tandis que lui-même par ses molécules intégrantes entre bientôt dans de nouvelles combinaisons. Cette portion de matière qui obéit momentanément à des lois spéciales peut être considérée comme un terme intermédiaire entre le principe vital qu'elle enferme et le reste de l'univers matériel. Dans ce qu'il a de plus général, l'organisme est la synthèse de la vie universelle et de la matière universelle ; les modifications qu'il peut subir sont autant de cas particuliers de cette synthèse. Comme il a pour objet de tenir en contact , de mettre en rapport ces deux termes , la vie et la matière, il joue en définitive , dans un autre ordre de choses , le même rôle que le verbe dans Tordre intellectuel. Se trouve-til supprimé, les deux termes qu'il unissait se disjoignent , à l'instar de ceux d'une proposition dont on a

retiré le verbe. Les diverses phases, les divers degrés de révolution organique, sont les modes et les temps de la conjugaison de ce verbe. Comme la vie et la matière sont partout, l'organisme qui les unit est aussi partout. Nul ne peut dire où il commence, nul où il finit. Il embrasse dans ses innombrables degrés l'universalité des choses ; il s'élève, dans son mouvement ascensionnel, du grain de sable à la montagne, du brin d'herbe au chêne, de l'infusoire à l'homme; il plonge dans les profondeurs du globe , il le couvre d'une trame aux mailles innombrables.

La vie ne cesse de monter et de descendre cette échelle de l'organisation. Elle recèle dans l'intimité même de son essence des multitudes de modes d'existence ou de manières d'être possibles ; mais pour que ces modes d'existence, ces manières d'être, puissentse réaliser extérieurement, telles ou telles conditions sont nécessaires. Il faut d'abord que certaines excitations, provenant soit de la vie elle-même, soit des milieux environnants, les poussent à se produire ; puis il faut qu'obéissant à ces influences , la vie se trouve en mesure de s'assujettir cette portion de matière qui doit devenir un organisme. Ainsi trois choses dans la manifestation de la vie : l'instinct qui porte le principe vital à se produire de telle ou telle façon, le terme intermédiaire qui se place entre lui et le monde extérieur , enfin le monde extérieur lui-même ; autrement dit, la faculté, l'organe, le milieu environnant. Toutes trois se provoquent, s'appellent, se supposent nécessairement. Que serait la faculté de marcher chez un homme qui, en venant au monde, serait dénué de

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