‹ Essai d'une philosophie de l'histoire, Volume 1Chapitre 25 sur 139 · LIVRE 1**. — L HOMME · texte numérisé non relu

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ration absolue des degrés de l'animalité commence à être fort ébranlée, même au point de vue purement scientifique.

Les résultats de l'observation ne nous paraissent donc pas établir d'une manière concluante la fixité des espèces ; tout au plus , en leur accordant toute la portée imaginable , pourrions-nous en conclure qu'elles ont été fixées dans les derniers quatre mille ans. Mais l'état du globe, nous le répétons, stable pendant cette période , a pu ne pas l'être avant qu'elle commençât. Or les évolutions de la vie sont liées, nous le redisons aussi, à celle des milieux où elle se manifeste , et dès lors les transformations de la vie d'une création sur l'autre donnent de la vraisemblance à l'hypothèse qu'elle a dû subir , dans l'époque actuelle, une évolution analogue. Dans ce cas, on pourrait admettre que les espèces se sont transformées pour se mettre en harmonie avec les évolutions du milieu environnant, puis, qu'elles se sont fixées ,% sont devenues stables , en même temps que ce milieu lui-même. D'un autre côté, l'absence d'espèces intermédiaires entre celles aujourd'hui existantes ne prouve rien contre leurs transformations primitives. La nécessité supposée de ces espèces intermédiaires pour expliquer leurs transformations repose sur une fausse donnée quant à la manière dont celles-ci ont dû s'accomplir. L'évolution de la vie , cela a déjà été remarqué , ne s'est pas faite par un mouvement continu , mais par bonds , par sauts. Le principe vital , sous l'influence du milieu environnant, obéissant en outre à une impulsion inté-

rieure, a dû se porter subitement de telle forme inférieure à telle autre forme supérieure. Les choses se passent encore ainsi dans certaines espèces qui , pour être loin de nous dans l'échelle des êtres, n'en présentent pas moins de merveilleux phénomènes. Chaque jour la grenouille , d'abord poisson , se transforme en reptile; sous sa première forme elle^ des branchies , qui sous la seconde deviennent des poumons. Le ver à soie s'ensevelit dans le tcnnbeau qu'il a construit , d'où il sortira bientôt, léger papillon , pour s'élancer dans les airs et voltiger au dessus du lieu où naguère il rampait.

Le même principe vital se manifeste dans les deux cas sous deux formes bien distinctes, bien éloignées Tune de l'autre, qui ne se rattachent par aucune forme intermédiaire, et qui ne se mêlercmt plus ; la grenouille ne s'est jamais accouplée avec le têtard , ni le papillon avec le vers à soie. Là où se présentent des abîmes apparents, il y a pourtant continuité dans le développement d'un seul et même être. Les organes qui doivent différencier la grenouille du têtard, le papillon du vers à soie, existent donc déjà, quoique non visibles, quoique seulement en puissance d'être, dans le têtard et le vers à soie. Ce dernier, tout en se traînant, en rampant sur le sol, possède déjà en germe la faculté de voltiger dans l'air, et celle-ci se manifestera aussitôt qu'il aura accompli une certaine évolution physique, aussitôt que les circonstances lui auront permis de se procurer des organes convenables à l'exercice de cette faculté. Or pourquw un troisième être, aussi différent du papillon que celui-ci l'est du

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