‹ Essai d'une philosophie de l'histoire, Volume 1Chapitre 26 sur 139 · LIVRE !•'. —l'homme · texte numérisé non relu

LIVRE !•'. —l'homme

vers à soie ^ ne se cadierait'-il pas en lui , comme luimême s'est caché dans ce dernier? Pourquoi n'y serait-il pas aussi en puissance d'être? A coup sûr, les lois de l'analogie sont toutes en faveur de cette hypothèse. De ce qu'elle ne se vérifie pas, une seule chose est logiquement à conclure : c'est que les circonstances physiques qui entourent le papillon ne sont pas de nature à provoquer ou à laisser entrer en jeu cette force évolutive, ou bien encore que l'impulsion susceptible de la pousser à ce nouveau développement lui fait défaut. D'ailleurs, insistons sur ce point, aucune forme intermédiaire n'existe entre le têtard et la grenouille, entre le papillon et le ver à soie ; non seulement leur accouplement serait stérile, mais il est impossible. L'absence d'espèces intermédiaires, l'impossibilité du mélange des espèces actuelles par accouplement fécond, sont donc loin d'être des arguments décisifs contre leur transformation successive, contre leur ascension progressive dans l'échelle animale.

La vie se produit quelquefois d'une façon qui ajoute à la vraisemblance des idées qui précèdent. Personne n'ignore le phénomène étrange des générations spontanées, qui se passe journellement sous nos yeux. Sans doute des abeilles ne sont pas sorties toutes formées d'un taureau, comme nous le racontent les beaux vers de Virgile ; mais si le fait ne saurait être vrai pour des abeilles, il n'en est pas moins flagrant dans les degrés plusinférieursde l'animalité. On sait qu'une multitude d'insectes naissent de la putréfaction des matières animales combinées avec tels ou tels degrés de chaleur

et d'humidité. Il en est qui ne sauraient vivre que dans les viscères, les entrailles, la cervelle d'animaux domestiques, d'autres que dans le vinaigre, d'autres que dans le vin , d'autres que dans le chocolat. Où étaient-ils avant que ces animaux eussent subi le joug de la domesticité, ou bien que ces différents produits fussent sortis de la main industrieuse de l'homme? A coup sûr, rien que de rationnel à supposer que ces insectes ne sont venus au monde qu'au moment où des circonstances favorables à leur existence se sont prononcées, qu'au moment où la vie universelle s'est rencontrée avec ce qui lui était nécessaire pour se manifester de telle ou telle façon. Leurs germes, leurs types, existaient enpuissanced'étrede toute éternité; ils apparurent quand la main de l'homme leur eut préparé des circonstances convenables. Dieu n'a pas eu à guetter, pour ainsi dire , le moment où ces circonstances se présenteraient pour créer les êtres qui devaient en profiter. Leur naissance n'en remonte pas moins à la cause première; ils étment contenus, comme tout le reste de la création, en puissance d'être dans la vie universelle ; ils étaient aptes à se montrer dans telle circonstance donnée, et c'était au cours naturel des choses à amener cette circonstance. Au premier coup d'œil, de tels faits peuvent paraître peu considérables ; toutefois leur analogie demeure complète avec toutes les évolutions qui ont pu se passer dans l'ensemble du règne animal. Us tiennent peu de place dans le monde où nous vivons, ces animaux microscopiques; mais toutes les autres espèces qui couvrent le globe , que sont-elles ? mais qu'est le

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globe lui-même, au milieu de cet univers, où il disparaît , où il se perd dans l'immensité ?

Un physicien anglais (1), s'occupant de quelques expériences sur la cristallisation, se servit d'une puissante pile pour agir sur une solution de silice de potasse. Tout à coup apparurent dans le liquide des insectes jusque là inconnus. Il substitua à cette solution une autre de nitrate de cuivre, poison mortel , et de ce fluide sortirent de nouveaux insectes , différents des premiers. Des expériences analogues furent répétées par un autre physicien. Le premier, qui se servait d'une batterie voltaïque très puissante , avait obtenu ces insectes en peu de semaines-, le second, employant des moyens moins énergiques , y mit plusieurs mois. Les insectes produits dans ces deux occasions paraissent être de même nature que Tacarus , demi-transparents, se nourrissant du fluide où ils sont nés ou se dévorant entre eux; en mesure, à peine nés, de propager Tespèce. D'abord nous avons vu la vie naître de circonstances accidentellement préparées par l'homme; nous la voyons ensuite éclore y pour ainsi dire , sous ses mains. Est-ce à dire qu'il l'ait créée ? Non , sans doute. Dans ce dernier cas, il n'a été non plus qu'un instrument; il a servi à l'arrangement de certaines conditions nécessaires pour que la vie se manifestât sous certaines formes, et, lorsque ces conditions se sont rencontrées, les insectes dont nous venons de parler se sont montrés aux deux physiciens anglais.

(1) Veëtigea ofthe natural hUtory of création,

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