LITRE II. — LA SOCIÉTÉ
hommes se créent une langue religieuse, comme ils se sont créé un langage parlé. S'ils se comprirent en parlant cette langue religieuse, ce fut aussi en raison de cette sorte d'harmonie préétablie que nous ne cessons de constater entre l'intelligence humaine et son ei[{îression extérieure. Ces rapports harmoniques rendirent intelligibles à ses auditeurs celui qui, le premier, parla de Dieu , delà vie à venir, des relations de l'hommeet de Dieu. Le langage de la croyance fut entendu, fut compris, comme l'avait été la langue parlée, et le fut par les mêmes raisons. Ce fut aussi le sentiment de l'infini que, dans cet ordre de choses, l'homme essaya d'abord d'exprimer : de là le caractère de grandeur et de majesté de ses premières conceptions religieuses .Dans leur idée premièreet leur ordonnance générale, les plus anciens systèmes de croyances font partout saisir ces caractères ; ils sont en rapport avec ces monuments d'architecture primitive dont nous retrouvons çà et là de merveilleux débris. La pauvreté de l'expression n'aurait, au reste, dans le cas contraire, rien prouvé contre la sublimité de ces premiers instincts. Le bois ou la pierre grossièrement taillés par la main du sauvage respirent l'idée de Dieu aussi bien que les chefs-d'œuvre de la peinture et de la statuaire d'un art perfectionné; la cabane qu'il consacre à son culte , tout autant que le Parthénon et Saint-Pierre de Rome. Le Parthénon et Saint- Pierre sont nés de l'idée de Dieu , dont ils sont de magnifiques expressions; ils ne l'ont pas engendrée, pas plus que ne l'a engendrée la construction gros-' sière du sauvage. Les uns et les autres sont les for-
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mes extérieifres dont il a plu à l'hodime de tevèAf ^ penâée religieuse. Or c'est le propre de l'intelligeûcé humaine d'imposer sa noblesse aux matériaux lè§ plus chétfifB et les plus misérables dont elle est ap^* lée à se servir. Cette noblesse éclate déjà ddns le plus grossier gloussemrat par lequel le Hotteotôt s'efforce de bégayer sa pensée.
Lefe premières croyances , contempôrafinéë des prèmières langues , durent naître de circon&tanced atië^ Ibgues. En raison même des rapports établie eûtk^ rhomme et le monde , tous les sons qu'il profémit sous rimpression des objets extérieure devaient avoir une signification non douteuse. Mais ce n-eist pas seulement avec le mmidë matériel et visible que nous nous trouvons en relation ; Thomiiie , nbuâ dit' rÉvangile , ne se nourrit pas seulement de paiU; Leë lois nécessaires, fondamentales , de son organisation, l'obligent à remonter du fini à l'infitii^ dô l'effet à \à cause, de la terre au ciel, du monctoàDieu. A mêstire que son intelligence se développe^ un plus gi^abduorâ* bre de termes intermédiaires s'établit entre beS tenueé extrômiss 5 mais , resserré moralement ausèi Mén qiié I^ysiqilem^nt, dans un étroit espace, à BOb arrivée sui* la teVre, il ne pouvait faire un pas sans se rencoofti^ avec le ciel, avec Dieu; force lui était dé cbehîhelc^ ineessainment la cause de tout ce qiil frappait ses sens^ et cette cause ^ qu-il ne trouvait pas^danS leê objets^ c'était eu Keu qu'il la cherchait, en Weiï jJar qui tout s'^expliquait, en qui tout se résuniart. Dîèu , qui pour nous est la causé première, était ëhfetlre , pour lés hommes' des teinps pHiakitifr, là <^t[èë se-
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cmà0y immédiate. Os vivaient en préfi^nce perpétuelle de Dieu, ils élaieiit eototirés, enveloppés de Dfeu , en rapport perpétuel avec Keu. Ces rapports , tels qu'ils les eoneevarient, tels qu'ils éù avaient rintuidon, donnoèreut naîssanee aux croyances , au% FBUgi(mâ primitives, qui furent autant de langues appropriées à ce sujet. Ils se formulèrent etf dogmes , car le dogme est, dans la tangue religieuse, ce qu'est la proposition dans le langage , ce qu'est l'organîsfflfe dans le développement d^ êtres vivants, c'est-à-dife un lien destiné à unir sous des formes qui M sont propres les deux termes extrêmes d^la peiH sée, l'infini et le fini. Aussi l'homme par)«t-t-il^ cette langue religieuse avec la même spontanéilé qtie ita km* ga6 anietïlée. Mais là au^si il y eut à la fois unité et variété : car ce mêmfe rapport du ciet et du monde , de l'homifie et de Dieu , qui fàdt ki base de tous les cullesi, peut être envisagé , et par conséquent exprimé^ par dm eônés différents.
Lesî homaseèm trouvaiîent égab^Ëtent pottsi^, par une i9o^te d'âspiralâk>n uiatureUe, à s'élever vers ter (^1 mais ils n'obéirent pas toujours, ils ne pdu^ vaient obéil" toujours à un même mobile. Tantôt ils étaîJBnt'frâppés (ièridèâtitéde la cause C!^éatrice étdë reflet produit^ t^tôt dei t'âfbime qui devait les séparer^ <^^t^à-dir6 ée leur opposition ; tantôt' encore ils^ le fureatdie là nécessitéd'un grand nombrede termes intermédbiifes potir rattaclter Tun à l'autre ces ter^ mes extrtfftiefif. Dès lor&, ite dttrent afvoir reéours k des firmes, à des moyens divers, pour rendre cëS' iln{^ressiOfis difféi'0iitedi Pàt etlè-iâéâie^ dans Bén
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essence propre, l'idée dé Dieu échappait à la débilité, à riosuffisance des langues humaines; elle brisait incessamment toutes les formes où l'on tentait de l'emprisonner; elle ne pouvait, en quelque sorte, se fragmenter assez pour se mettre à la portée de l'humanité. De là, d'un côté, la difiTérence des points de vue fondamentaux de toutes les croyances, considérées dans leurs idées premières ; de là la diversitédes formes dont ces idées se revêtirent; de là enfin cette multitude de dieux secondaires qui firent souvent oublier le Dieu suprême. En raison de ce qu'il y eut de spécial dans le génie des races et des peuples, ils se trouvaient naturellement portés à personnifier la notion de Dieu sous des formes différentes, à se représenter Dieu plutôt sous tel attribut que sous tel autre. La diversité des croyances primitives est, en définitive, chose de même sorte que la diversité des races et des langues, ou, pour mieux dire , cette même chose sous un autre point de vue. Dans cet ordre d'idées, comme dans la création des langues, l'intelligence humaine dut agir sous l'influence des rapports qui s'établirent entre elle et le monde extérieur. Dieu, comme l'univers matériel, se révéla aux hommes par les côtés les plus divers : ici, par le spectacle de la lumière éclatante , splendide ; là , par le combat incessamment renouvelé du jour avec les ténèbres; ailleurs, parles miracles de la parole , où ils virent l'œuvre la plus merveilleuse de la puissance suprême. Ils durent donner dès lors pour attribut essentiel à la divinité, pour expression principale à son pouvoir, la forme sous laquelle elle leur était en quelque sorte apparue, s'était