‹ Essai d'une philosophie de l'histoire, Volume 1Chapitre 33 sur 139 · LIVRE II. — LA SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

LIVRE II. — LA SOCIÉTÉ

manifestée à leur intelligence. Il leur arriva encore, par suite d'influences analogues, de considérer leur propre destinée sous des aspects différents : tantôt ils se regardèrent comme condamnés à ne jamais franchir les limites de la terre ; tantôt cette terre ne leur parut qu'un lieu de repos dans leur route vers le ciel ; tantôt ils se crurent sous le coup d'une terrible déchéance, subissant une fatale expiation ; tantôt enfin se montrant frappés de la misère de leur condition ^ et tantôt de son éclat, abattus sous la réalité ou exaltés par l'espérance. Ainsi s'expliquent peut-être toutes les variétés qui se détachent sur le fond identique des religions primitives.

Nous avons vu comment le principe évolutif de l'intelligence humaine se trouvait compris dans les langues. Or les langues ne sauraient exister qu'au moyen d'une société constituée, dans le sein d'une société constituée. La société est l'expression extérieure et visible de ce qui se passe dans l'intelligence de l'homme ; elle est encore une sorte d'organisme général qui s'ajoute aux organes particuliers de chacun ; elle supplée à leur faiblesse , à leur imperfection. Réduisez-vous l'homme à l'isolement, il devient plus faible et plus incapable de pourvoir à ses besoins que la plupart des créatures qui peuplent la terre , le ciel et l'eau. Réunissez-le à d'autres hommes , il dompte , il asservit la nature ; il s'assujettit les animaux, il en fait comme autant de prolongements, de suppléments à ses propres organes ; il soumet les éléments, il dirige les fleuves, il enferme la mer dans des limites qu'elle se verra obligée de respecter

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