LITRE II. •— LA SOCIÉTÉ
des âges. Aux époques primitives nous apercevons d'abord des sociétés aux formes étranges, colossales, qui ODt nous ne savons quelle analogie avec ces animaux gigantesques qui ont précédé la création actuelle. D'autres leur succèdent qui se rapprochent de jour en jour davantage de celles qui existent aujourd'hui. Sous rinfluence d'une force secrète, cachée dans le mystère même de leur origine , et qui n'est autre que le génie de la réunion d'hommes qui les a constituées , nous les voyons croître , grandir , se développer : elles passent par une série de formes dont aucune ne doit les retenir à toujours, dont chacune résume tout un passé, contient tout un avenir ; qui toutes , filles de cette transformation que nous appelons progrès , doivent périr par le progrès. Le point de départ de l'évolution est le moment même où ces sociétés se trouvent constituées par la mise en jeu spontanée des facultés humaines ; leur terme définitif, celui où , par le fait même de cette évolution , elles auront manifesté tous les éléments de civilisation qu'elles recelaient d'abord en puissance d'être. L'homme collectif sera dès lors parvenu à la pleine possession de lui-même , à la pleine conscience de sa personnalité; il en sera où en est l'homme individuel une fois arrivé au dernier degré de son développement moral et physique. Nous ne pouvons, il est vrai, toucher , saisir , voir face à face cette âme , ce génie d'un peuple sous l'influence duquel s'accomplit ce mouvement. Voulons-nous le surprendre , dans le monde réel , en quelque sorte sur le fait , il nous échappe , il disparait dans la multitude et l'apparente
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confusion de ses actes. Voulons-nous le concevoir dans son essence, il s'évanouit comme un fantôme. Il se cache dans les abîmes de Thistoire à une profondeur où il n'est donné à aucun œil de pénétrer ; mais sa puissance et son énergie ne cessent jamais de se montrer dans cet ordre de phénomènes que nous venons de signaler.
Les peuples y en s'associant à ce mouvement général j manifestent leur activité dans trois sphères. Ils accomplissent trois sortes de fonctions sociales. 1" Les peuples se constituent sous Tinfluence de certaines doctrines dont ils se font les apôtres et les missionnaires; de ces doctrines dérivent les institutions sociales où ils s'enferment au début de leur histoire. Mais , ainsi que nous venons de le dire , ce n'est pas pour y demeurer immobiles , bien qu'ils puissent parfois paraître tels , quand on ne les examine que pendant un court espace de temps. Et en effet , les doctrines primitives ne tardent pas à subir de nombreuses altérations dans les esprits; de nouvelles idées, de nouvelles opinions surgissent ; un antagonisme éclate sous toutes les formes , d'abord dans les intelligences, bientôt dans les faits sociaux. Des rapports nouveaux, et qui peuvent varier presqu'à l'infini, s'établissent entre les diverses classes. De là tantôt des transactions , tantôt des révolutions, qui modifient de plus en plus les anciennes institutions. 2 Les peuples, dès les premiers âges du monde , entrent en relations les uns avec les autres : car les peuples , pas plus que les individus, ne sont prédestinés à l'isolement. Nous savons de plus, d'après les plus anciennes traditions.