‹ Essai d'une philosophie de l'histoire, Volume 1Chapitre 36 sur 139 · LIVRE li. — LA SOCIÉTÉ. lîl · texte numérisé non relu

LIVRE li. — LA SOCIÉTÉ. lîl

que ce fut d'abord par la guerre, et parla guerre religieuse, que les peuples entrèrent en rapport. Chaque peuple commence, en effet, par voir dans le dogme social ou religieux , ce qui est tout un , qui l'a constitué, la vérité, toute la vérité ; il n'a qu'horreur , mépris , exécration , pour ceux qui ne le professent pas : à ses yeux ce ne sont pas ses semblables, mais en quelque sorte des animaux à figure humaine ; il s'impose le devoir de les exterminer ou de les soumettre. Dans de telles dispositions , comment les hommes de ces temps se seraient-ils rencontrés autrement que sur le champ de bataille, que les armes à la main? Plus tard ces croyances impitoyables s'adoucissent, la terrible tâche qu'elles imposaient à leurs sectateurs se modifie. Puis un moment vient où c'est principalement sur le commerce , l'industrie , l'échange des idées , que se fondent les relations internationales. 5° Les peuples, à toutes les époques et dans toutes les circonstances de leur histoire, sont tenus de poursuivre leur lutte avec la nature : d'elle dépend la satisfaction de leurs besoins matériels. C'est par elle que l'esprit humain étend de jour en jour son pouvoir sur la nature extérieure , c'est par elle que l'homme marche à la domination du globe ; c'est la tâche principale des peuples à l'origine et à la consommation de leur histoire. — Or les peuples ont vécu d'une vie d'autant plus puissante , qu'ils auront manifesté plus énergiquement leur activité dans ces trois sphères d'action , nous voulons dire qu'ils auront été plus habiles à transformer leurs institutions suivant les temps et les circonstances ; qu'ils auront fait régner leurs dogmes

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nationaux sur de plus vastes espaces; cpi'ils les auront imposés à un plus grand nombre de peuples étrangers ; enfin y qu'ils auront soutenu leur lutte contre la nature avec plus de succès , y auront déployé de plus merveilleuses industries.

La destinée de Thuoianité c'est de ne se manifester, dans tous les ordres de choses et d'idées , que sous les conditions de l'espace et du temps . Dans le monde matériel, si rhonune individuel arrive au développement de ses facultés, c'est seulement en raisoîi d'une harmonie préétablie entre sa propre intelligence et le monde extérieur. Ces ôtres collectifs que nous appelons des peuples sont soumis à des conditions analogues : certains rapports existant nécessairement entre les localités qu'ils habitent et la mission qu'il leur est donné de remplir , entre eux et la contrée qu'ils occupent il y a action et réaction nécessaire et continue. Un peuple se fait-il remarquer par telle faculté plutôt que par telle autre , c'est que des circonstances locales l'ont conduit à se servir surtout de cette faculté. Un peuple se tourne-t-il vers l'agriculture , le commerce , l'industrie , l'élève des troupeaux ; est-il voyageur, pacifique ou conquérant , c'est qu'évidemment certaines circonstances, ou pour mieux dire certaines nécessités géographiques , l'ont poussé dans ces voies , et non pas dans d'autres. Le climat , le sol , mille autres causes du même genre , dont Taction est continue , ont une influence inévitable sur la constitution physique des peuples , de manière à les rendre aptes à telle chose plutôt qu'à telle autre. Toutefois , si l'influence de ces causes réunies est considérable, il

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s*6n faut de beaucoup qu'elle soit exclusive, absolue. Sans doute la belle et molle lonie s*est reflétée dans la poésie d'Homère ; mais sous ce ciel , demeuré le même y un autre Homère ne s'est pas rencontré.

D'un autre côté, les climats tempérés sont les sente <iui jusqu'à présent ont servi de théâtre au développement de la civilisation ; les zones glaciales et tes zones torrides s'y sont toujours refusées. Dans ces dernières contrées , l'homme s'est vu réduit à employer toutes ses forces et toute son intelligence à une lutte acharnée contre la nature , lutte qu'il ne saurait suspendre un seul instant. Or , par cela même que cette lutte a été si terrible et si obstinée , elle est demeurée sans résultat fécond. L'homme , malgré toute l'énergie qu'il a pu déployer , n'a pas obtenu la victoire ; il n'a pas même obtenu un seul instant de trêve. Le grand froid, l'excessive chaleur, sont des ennemis contre lesquels il ne pourrait cesser d'être en garde sans courir risque de la vie. La suspension de la lutte , en la supposant possible , serait d'ailleurs accompagnée d'un épuisement de forces qui l'empêcherait d'en profiter pour sa culture intellectuelle. C'est pour cela que les climats tempérés, qui fournissent facilement aux besoins de l'homme, sont, comme nous venons de le dire , les seuls qui , jusqu'à cette heure, aient complètement permis le progrès social. <f C'est seulement , dit Arislote , lorsque les besoins de la faim et de la soif sont satisfaits , que l'homme se tourne vers quelque chose de plus élevé. >> Et en e£fet , tous les peuples qui ont payé un large tribut à l'histoire générale, tous les peuples qui ont joué un grand rôle historique, ont

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habité des régions tempérées. Nous ne pensons pas toutefois que les rigueurs du climat soient d'insurmontables, d'étemels obstacles au dévelop{)ementde rintelligence humaine dans toutes ses sphères; dans sa lutte avec la nature, l'homme acquiert sans cesse des forces nouvelles cpii l'aident à se soustraire de plus en plus à une influence ennemie; le moment doit venir où , dans toute l'étendue de son domaine, il l'aura vaincue, domptée, asservie. Mais, en attendant ce moment, c'est seulement sous de certains climats qu'il doit essayer ses forces : l'enfant périrait à la tâche qui n*est qu'un jeu pour l'homme dans sa maturité. La civilisation, sortie de l'Orient , a parcouru les régions et les climats les plus variés; et, après avoir faille tour de la terre, la voilà retournée à son point de départ. Or, dans ce trajet, malgré tous les caprices, toutes les inégalités de la marche, nous voyons qu'elle s'est toujours tenue plus ou moins éloignée des glaces du pôle et des sables de l'équateur ; il en est encore ainsi aujourd'hui , qu'elle embrasse le globe d'une étreinte qui va toujours s'élargissant.

Du point où nous sommes parvenus , il est aisé de tracer les limites au dedans desquelles doit s'accomplir le mouvement social. Plusieurs peuplades ou agrégations d'hommes habitentrclles une contrée , de la similitude d'impulsion qui les a réunies en société, et qui se manifeste dans des circom^tances analogues, résulte une certaine force d'affinité qui les rapproche , les fait se toucher par des points de plus en plus nombreux, les pénètre réciproquement, les mêle peu à

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