‹ Essai d'une philosophie de l'histoire, Volume 1Chapitre 38 sur 139 · I.ITRB II. — • LA SOGlili · texte numérisé non relu

I.ITRB II. — • LA SOGlili

raient engendrer de nouvelles forces , mais seulement unir et diriger celles qui existent, ils n'ont plus d'autres moyens, pour se conserver, que de former par agrégation une masse de forces qui puisse l'emporter sur la résistance, de les mettre en jeu par un seul mo* bile, et de les faire agir de concert, d Commençons par remarquer qu'il n'est pas aisé d'imaginer comment les hommes rencontrent, à une certaine époque de leur vie , des obstacles qu'ils n'avaient pas rencontrés tout d'abord dans le monde extérieur. Mais que de contradictions ! Suivant Jean-Jacques l'état social ne serait point naturel à l'homme , et il nous montre , dès les premières pages de son livre, les hommes dans l'impossibilité de vivre hors de cet état! Toutes les espèces animées ne sauraient exister qu'à la condition d'obéir aux lois de leur essence, et l'espèce humaine , tout au contraire, serait condamnée à désobéir aux lois de la sienne ! L'état social est opposé à la nature humaine , et les obstacles rencontrés par l'homme hors de cet état le contraignent d'y vivre ! Si l'homme n'était pas sorti de sa nature, il ne vivrait donc pas! D'ailleurs , comme on ne saurait comprendre ce qui a pu altérer les rapports primitifs de l'homme et du monde, il faut admettre que ces obstacles se sont présentés dès l'origine. L'homme aurait donc succombé dès ses premiers pas dans ce monde ! A son égard la Providence aurait agi comme si, plaçant un poisson au milieu de l'atmosphère, elle l'eût condamné à ne vivre qu'à la condition de voler dans les airs.

Bien d'autres objections s'accumulent contre cette thèse célèbre. On ne saurait comprendre que les hom-

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mes soient arrivés d'eux-mêmes à devmer les avantages de l'état social. Qui les aurait mis sur cette voie? Où auraient-ils pris cette idée d'une association dont ils ne voyaient l'image nulle part? A quelle occasion cette idée , que Jean-Jacques prétend antipathique à leurs instincts , contraire à leur nature , se serait-elle tout à coup, dans un moment donné , présentée à l'esprit de tous ou de quelques uns ? Comment en auraient-ils subitement senti , compris , devinéles avantages ? D'après Rousseau , ce serait sous la forme d'un raisonnement, par suite d'un raisonnement , que cette idée serait entrée dans les têtes humaines. Mais en admettant que ce raisonnement eût été le partage de quelques uns , resterait à expliquer qu'ils l'eussent fait goûter à d'autres? A l'aide de quelles idées leur eussent-ils fait adopter cette idée nouvelle, concevoir les avantages de cette vie jusque là inconnue , qu'ils leur proposaient? Toutefois, hors d'une impulsion instinctive à laquelle tous auraient obéi , ce qui est précisément l'opposé de l'hypothèse, ou bien de la persuasion du plus grand nombre par le plus petit , on ne voit pas sur quelle base pourrait porter l'établissement social. Cette base ne peut être l'asservissement du plus faible au plus fort , c'est-à-dire l'esclavage : cet asservissement , qui joue un grand rôle dans les sociétés primitives, suppose déjà un état social , et non cet état d'isolement, de bestialité , qui aurait été d'abord le lot de l'espèce humaine. Le droit du plus fort, dans sa pratique, dans son appréciation , dans la conscience , pour ainsi dire , qu'en a celui qui l'exerce , implique déjà un certain

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