LIVRE III. — LB MONDE PRIMITIF
rhumanité se sont toujours et partout trompés. La science, au bout de son développement, nous a con* traints de ne pas traiter , sur bien des points, avec trop de dédain, les croyances spontanées de nos premiers pères. Nous ne pouvons assigner aucune limite rationnelle à notre prescience de l'avenir , à Textension incessante de notre domination sur la nature, à rinfluence que le reste de l'univers peut exer- Cev sur les destinées de Thumanité; par conséquent, même sur celles de l'homme individuel. N'oublions pas non plus que les premiers hommes se trouvaient, avec la nature extérieure, dans des rapports qui devaient leur rendre toutes ces choses plus faciles.
La religion, comme la notion la plus haute à laquelle l'esprit humain pût s'élever , dominait toutes les autres ; Thomme se proposa d'étendre , de faire rayonner en tous sens cette idée , sa préoccupation constante. Les premiers nés de l'humanité se plurent à exprimer sous toutes les formes l'idée fondamentale qu'ils se faisaient de Dieu et de ses rapports avec le monde ; ils l'écrivirent sur le sol en caractères qu'ils supposèrent ineffaçables. Encore tout imprégnés du sentiment de l'infini, c'est surtout ce sentiment qu'ils se proposèrent d'exprimer. Ils couvrirent des espaces immenses de constructions, c'est-à-dire de pierres, de rochers, de troncs d'arbres , disposés de manière à retracer certaines figures symboliques. Des allées bordées d'arbres ou de rochers, des hois sacrés, des espaces laissés en friche , aboutissaient à un sanctuaire qui en était le centre et le but; là se trouvait Tautel , sous la forme d'une pyramide, d'un cône