LIVRE m. — LE MONDE PRIMITIF
d'exprimer de façons différentes la grâce et le beau ^ tels qu'ils les conçoivent. Les premiers peuples qui se montrent dans l'histoire ont déjà taillé ^ dans les étoffes tissées, la tunique, la robe , le manteau; les femmes sont déjà couvertes de ce voile sous lequel , tantôt la pudeur, tantôt la jalousie, cachent la beauté. Rébecca , à la vue d'Isaac , se couvre le visage de son voile. Pénélope abaisse le sien pour cacher des yeux qui ne versent point de larmes lorsqu'elle quitte un père pour suivre un époux. Dès les premiers temps les vêtements s'embellissent d'ornements précieux ou se teignent de couleurs éclatantes. Jacob donne à Joseph une tunique où déjà s'associent plusieurs couleurs. Sous les doigts de Pénélope la toile se couvre de broderies délicates. Le manteau royal se trempe dans la pourpre brillante; le vêtement du prêtre attire la vénération par ses ornements symboliques ; celui du guerrier, par son éclat, semble appeler et braver les coups de Teonemi. Les couleurs scmibres se mêlent aux tristesses des funérailles. L'or^ l'argent , la laine colorée , se croisent et se combinent de mille et mille façons. L'antiquité tout entière se prend d'admiration pour ces étoffes éclatantes dont Tyr eut le monopole et a conservé le secret.
La découverte des métaux modifia peut-être plus que tout le reste le sort de Thomme. Les anciens , qui déjà n'étaient plus ces peuples primitifs dont nous nous efforçons d'entrevoir l'histoire, ne manquent jamais de rapporter cette découverte aux dieux. Plus que tout autre peut-être elle trahit la présence chez l'homme de ces sortes de facultés intuitives dont nous
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avons parlé. D'ailleurs, d'après la tradition biblique^ les métaux étaient déjà connus avant le déluge. Les premiers hommes qui entr'ouvrirent le sein de la terre pour i'ensemenser, ou qui abattirent la toison des brebis, devaient se mettre en quête de matières dures pour se fabriquer des outils , des instruments de travail. L'or, l'argent et le cuivre se présentèrent d'abord; leur emploi n'offrit pas de grandes difficultés, du moins en comparaison de celles qui accompagnèrent celui du fer : la tradition grecque sur les différents âges de l'humanité nous le raconte; la nature même des choses nous l'enseigne. Enfin, nous avons pu nous en convaincre , il y a trois siècles, à l'époque de la découverte de l'Amérique. Les habitants du Mexique et du Pérou n'en étaient alors qu'à l'emploi des trois premiers métaux; les Espagnols s'émerveillèrent de les voir prodiguer l'or et l'argent aux usages les plus vulgaires : ils ne se doutaient pas que le fer dont eux-mêmes étaient armés constituait leur propre supériorité. Les inondations, de grandes pluies, d'autres accidents analogues, découvrirent sans doute aux yeux de l'homme les métaux pré^ cieux , l'or, l'argent , le cuivre. Les volcans, les embrasements de forêt, en les lui montrant çà et là en fusion, ou bien en lui en montrant qui avaient déjà subi l'action du feu, purent lui donner l'idée d'imiter artificiellement ce procédé. Il trouva le moyen d'employer le feu pour dégager le métal de Talliage étranger qui s'y trouvait joint. Les découvertes successives de tous ces procédés, qui semblent se toucher dans le temps comme ils se touchent dans la pra*