‹ Essai d'une philosophie de l'histoire, Volume 1Chapitre 60 sur 139 · LIVRE III. «—LE MONDE PRIMITIF. tSi · texte numérisé non relu

LIVRE III. «—LE MONDE PRIMITIF. tSi

purent s^adapter aux différentes cérémonies du culte, à ce qu'on pourrait appeler le drame religieux; ils possédaient dans leur ensemble et dans la diversité de leurs parties un sens symbolique qui se laisse encore apercevoir dans les débris des constructions religieuses les plus primitives. Les autres arts furent d'ailleurs consacrés au culte , au^i bien que Tarchi* tecture. Les temples s'emplirent de statues, de basreliefs , d'ornements ; l'art associa , combina de mille façons les emblèmes , les images visibles. H se proposait de rendre sensibles les différents attributs de Dieu , les divers modes de son activité ou de ses manifestations successives dans le temps et dans l'espace. De là cette confusion , ce mélange de formes , traductions bizarres de conceptions souvent profondes ; de là toutes ces représentations de la divinité sous formes humaines , sous formes animales , sous formes de choses inanimées ; en un mot toutes ces créations fantastiques qui se montrent encore dans les plus anciennes ruines religieuses. La peinture , qui, à xme époque reculée, vint se joindre à l'architecture et à la statuaire, put d'autant mieux parler cette riche langue de la symbolique qu'une multitude de choses qui échappent à la statuaire sont de son domaine. Sachant s'approprier l'étendue par l'art de la perspective , elle s'associait à l'immensité de la nature; elle faisait en quelque sorte tenir dans les limites mêmes du temple de vastes , d'immenses contrées ; elle couvrait les murailles des objets les [plus variés. La musique donnait une voix, un organe aux impressions nées de toutes ces choses; elle ré-

ISS FflitaaopsiB bb i^HisTOiaB.

glait la esideo^pa des diffiérentefi scènes do ce qua n<m veQons d'a^etor te drame religieux. La poésto, &k s8 joi^Aliiit à elte^ achevait d'en rendre l'eisfresaîoo précise , piiîssitnte , intellectueUe. Le temple devenait ainsi une e(»Qplète synthèse de la prisée religiense, soeiale, artistique de toute une époque. Pusanctaair» x)ù résidait le^eu, le t^s^pie , ocfflome d'un oeotrè, ^'épanouis^it dans Tespace; tandis que ses parties diverses s'ordonnaimit; artistement lié^ aitre elles, par rapport à m centre sacré. Ainsi se trouvai} aoe(»n« plia dans Tordre plastique cette unitHi de liii&ii et du fini ^ de Tunité et de la variété, kî suprén^ de Funivers et de rhurnsnité.

La poésie fut l-expresn^on prîxM^ale, jusqu'à ua certain point unique , de la pnemiàro {^ase du déve» kf^meiat intellectuel de l'bumanité. Elle précéda b prose, comme la relig^cm précéda la seiene» » e» l'homme dâ)uta par Tintuition et la M ; ce n'est qu'a* près de longues années qu'il parmt à conquérir ïes f^^ùtéB j inférieures pourtant^ de la réflexic» et du rai^nnemeat . La poésia ne pouvait n^ttaquerd'ét» r^ Ugieuse à une époque oh l'idée de Keu enveloppait , absorbait toutes choses. Elle servit aufX premiers légii^teurs, aux premiers voyants, aux premiers fondateurs des sociétés huitaines , toutes «xfNressions d'abord synonymes, à exj^rimer leurs doctrines^ leurs enseiga^aenlis spontanés. El|e raoontak les génériogieset les règnes des dieux terrestres^, I*histoir#^éd6 dynasties hipiaines qui leur avaient succédé^ elte enseignait les arigînesde l'humanitéi, la mission à elle ÎBctpMée Bw la terre, les toiB ioodamei^lQs des so-

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ciél^) #to^ ËUe raconta plus tard les oHnbate , les 4rH]riï^pbeg popnlairee. Les cbwts nationaux roulant s^r ^ fyv d'idées ddvmrent pour chaque peuple la point 4e départ de aost évolutioi intellei^ueUe. Ra09Wiblés^ ^m tard^ soit en vertu de leur pro* pr^ 9^m^i acàt piur la maia inspirée de qudque ^mà poète y ces Éhants s'unissent ^ se fondent les uns daii» l6fs autres, et deviennent c«t magnifiques épo^ pé^ (pie nous admirerons à des époques postérien-' rei^ f épopée» d'où sortent à leur tour et le drame et d'autres poèmes exclusivement consa^^ à certains p^soimages n'ayant qu'une (rface plus ou moins se<^daire dans les i^pées g^érales. D'un aobre côté j ees traditions primitives , dépôt sacré de» anofyances et des do^SM^s nalkmaux ^ quand le t^^ en est venu j fournissent mati^e à l'emploi des £ku1t^ qiû s'éveîUent 'sucoeasivement dâos l'hcmune. Ùmm»i^ nom venons de le dire, par le coura naturel des chos^ l'analyse succède à la synthèse , la ré^ flexion à l'iittuiticm ; dès lors aussi la prose à la po6sie f l'bi^ii^ à l'épopée f les conoepiions fàitesûfdiiques aù;x prières iâspiratiûQs rehgieufiesi. Les dif^ fermâtes branches des connaissances kmnaines natsr swt chacune à son tour , suivant le tën^s , le besoin , L'occi^îon* Mais tontes ces choses , si diverses qu'elles puisent paraître dans h»rs formes extérieures , n'en ui^wfesC^rcHst pas moins j. sous plusieurs rappcnrts ^ ime cértame analogie, ou, pour mieux dire, une véritable unité ;. dtles ne seront toujoiars, jusqu'à un certain pomt , que févolution progrei^te de^ la coq-* oapikii-foQdamentaia d-où ett^ snit sorties *r dles né

{Bl PHILOtOPHlE DE L'HISTOIEE:

cesseront jamais d'obéir à cette sorte de commotion , d'impulsion initiale , qui , par l'organe de la poésie , a éveillé à la vie sociale le peuple chez qui nous les trouvons. C'est ce qui explique comment la culture intellectuelle d'un peuple , sous quelque façon qu'on la considère , a un caractère particulier , spédal , qui imprime une même physionomie à tous les objets auxquels il s'applique; c'est ce qui expli<|De ce qu'on appelle le génie national* Nous ne parlons , au reste , que des circonstances où le génie d'un peuple se manifeste ^ntanément , de lui-même , où il sort comme d'un seul germe. Nous aurons plus tard occasion de le considérer dans des circonstances différentes j dans celles où plusieurs éléments de culture et dé civilisation viennent se combiner dans un dévelq[>pement complexe.

Nous avons expliqué , au moins dans la mesure de nos forces , l'origine des langues ; nous avons signalé le rôle immense qui leur appartient dans l'histoire de l'humanité. Une nouvelle découverte vint ajouter singulièrement à l'importance de ce rôle. Ces sons , qui semblaient aussi peu susceptibles d'ôtre sai^s que l'élément m^e où ils prenaient naissance j ces sons qui s'évanouissaient dans l'air , on trouva moyen de les fixer, de les condenser; on leur donna consistance et durée. Nous voulons parler de cette merveilleuse invention de l'écriture 9 qui subit des modifications analogues et, pour ainsi dire, parallèles à celles des langues. Les hommes, ainsi que nous avons essayé de le raconter, peignaient dans les mots de leurs languesprimitives l'objet dont ils prétendaient

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