LIVRE IV. — LE MONDE ORIENTAL. îli
ne bâtissent pas sur une base identique Tédifice de leur société.
Les peuples de l'Asie n'ont jamais manqué d'entasser les siècles sur les siècles dès l'origine de leurs traditions. La Chine fait précéder son histoire réelle, la plus ancienne du monde , d'une histoire symbolique et mythologique ; elle ouvre ses annales par des souverains dont les années de règne formeraient un total de quatre-vingt millions d'années avant Jésus- Christ. L'Inde se plaît davantage encore aux supputations de temps sans limites, effrayantes, écrasantes pour l'imagination, qui recule épouvantée devant les amas de chiffres qui les expriment. La vie de Brahma, d'après la chronologie indoue, est celle d'un univers. Cette vie se compose de 100 années; chacune de ces années est composée de 360 kalpas ; chacun de ces kalpas ou jour de Brahma est divisé en jour et en nuit; ils sont séparés les uns des autres par une destruction partielle du monde. Pendant la durée d'un jour de Brahma le monde existe; pendant la durée de la nuit , il est dans un état d'absorption. Chaque jour de Brahma est composé de 14 manouantaras, plus un sandhi. Les manouontaras sont séparés les uns des autres par un déluge. Chaque manouontara est composé de 71 âges divins, plus un sandhi ; un âge divin est composé de 1 2 mille années divines formant 4 yougas ou âges humains. Ces âges humains sont inégaux : le premier (satyayouga), est composé de 4,000 années divines, plus deux crépuscules chacun de 400 années divines, dont il est précédé et suivi , ce qui fait une somme de
1,728,000 années humaines. Le second ège (treta-youga) est œmposé de 3,000 années divines, plus deux crépuscules de 300 années divines , ce qui donne 1,296,000 années humaines. Le troisième i^douapara-youga est composé de 2,000 années divines, plus deux crépuscules de 200 années divines , ce qui forme 834,000 années humaines. Le quatrième (caliyouga) est formé de 1000 années divines , plus deux crépuscules de 100 années divines, ce qui forme 432,000 années humaines. La Perse , sans s'élever jusqu'à ces nombres , aime aussi les longues périodes chronologiques. Sans doute il ne faut pas chercher dans ces périodes aux années innombral)les une mesure quelconque de temps; elles ne furent qu'un moyen d'exprimer et les immenses intervalles qui avaient dû séparer les diverses phases de la création et l'ordre dans lequel elles s'étaient succédé. Elles sont encore un témoignage confus de cette aspiration vers l'infini qui n'abandonne jamais l'esprit humain, et de ses efforts pour l'atteindre en entassant les siècles sur les siècles, comme les géants dé la fable les montagnes sur les montagnes pour escalader le ciel. Dès son début dans le temps l'humanité prétendait en toucher les dernières limites , le temps ne lui sufiisait déjà plus, elle s'élançait vers l'éternité.
Les plus anciens peuples connus , ceux qui se montrent les premiers sur le théâtre de l'histoire , sont au nombre de cinq : les Chinois, les Indous, les Perses, les Egyptiens elles Hébreux. L'histoire proprement dite ne saurait assigner à l'un ou à l'autre une priorité d'origine. Toutefois les Egyptiens, sui-