LIVRE IV. -— LE MONDE ORIENTAL
bumam , qui président à toutes les développements de la civilisation, inventant la musique, récriture, les institutions sociales (1;. Les rois du ciel sont au nombre de trois ; ils ont des noms dont la signification , en chinois , est , pour le premier , ciel intelligent , ou intelligence du ciel ; pour le second y le fils , qui nourrit et embellit toutes choses ; pour le troisième , le souverain roi au milieu du ciel (2) : ce dernier est né sur le mont Vou-Vaï , d'où sont sortis les cinq dragons. Or ces trois empereurs , suivant les époques où ils vinrent au monde, imprimèrent une impulsion diverse, firent faire un progrès différent à la civilisation chinoise. Le premier est surtout remarquable comme auteur d'un livre qui aurait été Torigine des lettres. Les empereurs de la terrç ayant succédé à ceux du ciel , en conservèrentles prérogatives ; intermédiaires entre * le ciel et la terre , ils devinrent tout à la fois les organes des volontés du ciel à l'égard des hommes , et les interprètes des hommes vis-à-vis du ciel. Aux yeux de ces derniers ils cachèrent le ciel, l'absorbèrent pour ainsi dire en eux , en devinrent les représentants sur la terre; l'élément de la personnalité humaine, ou du fini, s'abîma dans celui du divin, de l'infini , incarné dans l'empereur. Cette conception devint le germe, le principe générateur de la civihsation chinoise tout entière. C'est ce qui se voit avec plus d'évidence, plus en relief encore, au Japon, ce satellite de la Chine. Là régna d'abord une dynastie de dieux ,
(1) P. Premare.
(2) Tien-ling, Tse-jun , Tschon-Tien-Hoang-Kiun.
qui s'arrôta au septième ; de celui-ci descendirent des dynasties de demi-dieux , qui gouvernèrent pendant des siècles; et de ces derniers, les dynasties humaines y et même les familles nobles de l'empire. Aussi les empereurs, les princes, les seigneurs, sont-ils, dans toute la force du terme, adorés par la multitude.
La Chine se dégagea peu à peu de cette espèce de chaos cosmogonique ; le mythe tendit vers l'histoire, mais n'y arriva que lentement, difficilement. Le premier empereur vraiment historique fut Fohi , qui vécut environ trois mille ans avant Jésus-Christ. Les hommes, à cette époque , d'après les traditions anciennes, ignoraient l'agriculture, s'habillaientde peaux de bétes, se nourrissaient de fruits sauvages. Fohi leur enseigna l'art d'ensemencer la terre , de se tisser des vêtements , de se construire des maisons ; il leur enseigna encore la périodicité des saisons , l'usage des bêtes de somme, le commerce, enfin, suivant l'expression chinoise , les lois de la raison venues du ciel . L'empire chinois , confiné au nord-ouest de Tempire actuel , ne tarda pas à s'étendre dans le midi. Bientôt, trop vaste pour la force centrale qui en maintenait les parties diverses, il se fractionne en états secondaires , qui se heurtent , entrent en rivalité, se font une guerre acharnée, jusqu'au rétablissement de l'unité politique, tour à tour brisée et rétablie , mais qui finit par triompher. Ce sont là, au surplus, des événements étrangers à notre sujet, et dont nous ne devons pas nous occuper. L'auteur de toutes ces choses , l'inventeur des arts, le fondateur du peuple , le civilisateur par excellence ,